Infos Business of Tuesday, 8 September 2026
Source: www.camerounweb.com
Une forte divergence existe entre les volumes d’or officiellement déclarés par le Cameroun et ceux apparaissant dans les statistiques commerciales internationales.
OR CAMEROUNAIS : EN 2023, DUBAÏ A DÉCLARÉ PRÈS DE 700 FOIS PLUS D’OR CAMEROUNAIS QUE LE CAMEROUN LUI-MÊME
C’est probablement l’un des écarts statistiques les plus spectaculaires jamais documentés dans le secteur minier en Afrique. En 2023, les Douanes camerounaises n’ont officiellement enregistré que 22,31 kg d’or exporté, pour une valeur déclarée de 904 millions de FCFA.
Pourtant, les statistiques internationales utilisées par l’ITIE font apparaître 15,2 tonnes d’or importées depuis le Cameroun, dont plus de 90 % à destination des Émirats arabes unis. Soit près de 700 fois le volume enregistré par les Douanes camerounaises.
Cette anomalie n’est plus seulement une estimation journalistique. Elle figure dans le Rapport ITIE Cameroun 2023, qui alerte sur une traçabilité insuffisante de la production et des exportations aurifères. Pour cette seule année, l’ITIE estime les pertes potentielles de recettes publiques à environ 165 milliards de FCFA, sur la base des prélèvements applicables.
Mais le problème dépasse largement 2023.
Les données rendues publiques en 2026 par les autorités minières indiquent qu’entre 2021 et 2025, seulement 1,897 tonne d’or apparaît dans les données consolidées de la Douane et de la SONAMINES, alors que les volumes estimés comme ayant été exportés atteignent 46,219 tonnes.
La différence est vertigineuse : 44,322 tonnes d’or auraient ainsi échappé aux déclarations officielles. Leur valeur a été évaluée par le gouvernement à 1 941,19 milliards de FCFA, soit près de 2 000 milliards. Le manque à gagner fiscal correspondant est estimé à 577,51 milliards de FCFA sur cinq ans.
Le ministère des Mines publie de son côté une estimation légèrement différente, évoquant environ 557 milliards de FCFA de pertes fiscales pour 44 tonnes. Cette divergence entre chiffres officiels mérite elle-même clarification.
La situation pose une question fondamentale : comment des dizaines de tonnes d’or attribuées au Cameroun dans les statistiques du commerce international peuvent-elles apparaître à l’étranger sans correspondance équivalente dans les déclarations nationales ?
L’ITIE identifie plusieurs faiblesses : frontières poreuses, insuffisance du suivi en temps réel sur les sites miniers, difficultés de traçabilité et application insuffisante de certaines obligations fiscales et réglementaires.
Face à l’ampleur du phénomène, le gouvernement annonce désormais des procédures de redressement fiscal et douanier au Cameroun et à l’étranger. La Direction générale des Impôts et la Direction générale des Douanes doivent également participer directement à la collecte sur les sites miniers aux côtés de la SONAMINES.
Derrière les tonnes d’or disparues des statistiques nationales se trouve donc un enjeu budgétaire considérable : 577,51 milliards de FCFA de recettes fiscales potentiellement perdues en cinq ans, selon l’estimation gouvernementale publiée en 2026.
Boris Bertolt