Actualités of Monday, 20 July 2026

Source: www.camerounweb.com

SNH : Ferdinand Ngoh Ngoh, l'homme qui joue sur tous les tableaux

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Président du conseil d'administration de la SNH, ennemi déclaré du clan Moudiki, allié circonstanciel de Chantal Biya — mais pas au point de lui sacrifier ses propres intérêts : Jeune Afrique révèle le rôle trouble et stratégique du secrétaire général de la présidence dans la bataille pour le contrôle du pétrole camerounais.


Dans toutes les guerres de palais, il y a toujours un homme qui semble être partout sans jamais être complètement nulle part. Au Cameroun, dans la bataille qui déchire le sommet de l'État autour du contrôle de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), cet homme s'appelle Ferdinand Ngoh Ngoh. Secrétaire général de la présidence de la République, président du conseil d'administration de la SNH, il cumule une puissance institutionnelle sans équivalent dans le dispositif camerounais. Et comme le révèle Jeune Afrique dans son enquête exclusive sur les coulisses de la guerre Biya-Moudiki, il en use avec une habileté qui confine au génie — ou à la duplicité.

L'ennemi historique des Moudiki

Pour comprendre le rôle de Ferdinand Ngoh Ngoh dans ce dossier, il faut d'abord saisir ce qui l'oppose au clan Moudiki. Le bras de fer entre le secrétaire général de la présidence et Adolphe Moudiki — inamovible patron de la SNH depuis plus de trente ans — est ancien, profond et documenté. Deux hommes de pouvoir, deux réseaux, deux visions de qui doit contrôler le premier contributeur au budget de l'État camerounais. Depuis qu'Adolphe Moudiki, 87 ans et affaibli par la maladie, a disparu de la scène publique depuis près de trois ans, c'est son épouse Nathalie qui assure l'intérim — perpétuant une emprise clanique sur la SNH que Ngoh Ngoh, président du conseil d'administration, supporte de plus en plus mal.

Selon les révélations de Jeune Afrique, ce bras de fer semblait pourtant avoir été arbitré par Paul Biya lui-même — en faveur d'un statu quo préservant les Moudiki. Mais l'état de santé du chef de l'État, hospitalisé dans une clinique genevoise, a rouvert une partie que tout le monde croyait jouée.

L'alliance avec Chantal Biya : réelle mais limitée

C'est dans ce contexte que Ferdinand Ngoh Ngoh s'est retrouvé dans le même camp que Chantal Biya — qui cherche à placer son fils Franck Hertz à la tête de la SNH pour évincer le clan Moudiki. Une convergence d'intérêts que Jeune Afrique documente avec précision : la première dame a demandé à Ngoh Ngoh de préparer un décret de nomination de Franck Hertz. Le secrétaire général a obtempéré. Paul Biya a refusé de signer.

Mais Jeune Afrique prend soin de souligner une nuance capitale : Ferdinand Ngoh Ngoh ne soutient pas Franck Hertz par conviction ou par loyauté envers Chantal Biya. Il soutient l'éviction des Moudiki — ce qui n'est pas exactement la même chose. Derrière l'alliance de façade avec la première dame, le secrétaire général avance ses propres pions, dont l'identité n'est pas publiquement connue. En d'autres termes, si Franck Hertz arrivait à la SNH, Ngoh Ngoh ne serait pas pour autant le perdant — car un directeur général redevable à la première dame resterait soumis à un conseil d'administration qu'il préside.


C'est là que réside la subtilité du positionnement de Ferdinand Ngoh Ngoh, que Jeune Afrique met en lumière. Quelle que soit l'issue de la bataille pour la direction générale de la SNH — qu'elle soit remportée par Franck Hertz, par un candidat des Moudiki ou par un troisième larron —, le secrétaire général de la présidence conserve son poste de président du conseil d'administration. Un poste qui lui donne un droit de regard sur la stratégie, les grands contrats et les orientations de l'entreprise. En termes de pouvoir réel sur le pétrole camerounais, c'est une position qui vaut souvent plus que la direction générale elle-même.

Ferdinand Ngoh Ngoh n'a donc pas besoin de gagner la bataille de la direction générale pour en tirer les bénéfices. Il lui suffit que les Moudiki la perdent.


Jeune Afrique rappelle par ailleurs un élément de contexte qui éclaire d'une lumière supplémentaire le poids de Ngoh Ngoh dans le dossier pétrolier : c'est lui qui entretient des liens avec Eran Moas, conseiller israélien influent dont le réseau s'étend à la sécurité des ports et aéroports camerounais via des entreprises privées comme PortSec et Transatlantic. Un réseau qui, dans un pays où le pétrole brut transite par les mêmes infrastructures portuaires que l'or illégal, confère à Ngoh Ngoh une vision transversale de l'ensemble des flux stratégiques du pays.

Contrôler le conseil d'administration de la SNH, présider aux nominations sécuritaires des ports, peser sur la vice-présidence non encore attribuée : Ferdinand Ngoh Ngoh est, selon les révélations de Jeune Afrique, l'homme qui, peut-être mieux que quiconque au Cameroun, a compris que le vrai pouvoir ne réside pas dans un titre — mais dans la capacité à tenir simultanément tous les fils.