Le ministre de la Communication qualifie de "désinformation totale et honteuse" les allégations circulant sur les réseaux sociaux
Dans un contexte de vives tensions autour du contrat de scanning du Port autonome de Douala, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a été contraint de démentir fermement les rumeurs le présentant comme président du conseil d'administration de SGS Cameroun. Une mise au point qui intervient alors que l'entreprise suisse se trouve au cœur d'un bras de fer entre plusieurs poids lourds du régime.
"Depuis quelques jours, les réseaux sociaux sont inondés par des fausses allégations faisant état de ce que le Ministre de la Communication, Monsieur René Emmanuel SADI, ne serait pas Président du Conseil d'Administration de SGS Cameroun", peut-on lire dans le communiqué officiel publié par le ministre.
Le ton est ferme, presque indigné. René Emmanuel Sadi qualifie ces informations de "désinformation totale et honteuse provenant d'individus sans foi ni loi, dépourvus de la moindre éducation, et qui de surcroît, n'ont plus, ni la moindre honte, ni aucun sens de l'honneur et de la dignité".
Le ministre confirme sans ambages : "Le Ministre René Emmanuel SADI est et demeure le Président du Conseil d'Administration de SGS Cameroun." Une affirmation qui soulève immédiatement la question du lien entre cette position et les récentes turbulences autour du contrat de l'entreprise au port de Douala.
Cette mise au point n'est pas anodine. Elle intervient dans un contexte explosif où SGS se trouve au centre d'un conflit qui oppose plusieurs hauts responsables de l'État. D'un côté, le ministre des Finances Louis-Paul Motaze et le Premier ministre Joseph Dion Ngute plaident pour le maintien du contrat de SGS au Port autonome de Douala. De l'autre, le directeur général du port, Cyrus Ngo'o, milite pour le départ de l'entreprise au profit de Transatlantic D.A.
Ce bras de fer a pris une tournure particulièrement grave lorsqu'une correspondance du général Emmanuel Amougou, chef d'état-major particulier du président Paul Biya, a affirmé transmettre l'aval du chef de l'État pour le départ de SGS. Une note qui a depuis soulevé de vives suspicions et qui fait actuellement l'objet d'une enquête de la Direction de la sécurité présidentielle (DSP).
Lors d'une réunion décisive le 29 janvier, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a tranché en faveur du maintien de SGS, désavouant ainsi la correspondance du général Amougou. Le chef du gouvernement aurait même mis sa démission dans la balance pour faire prévaloir cette décision.
La fonction de René Emmanuel Sadi à la tête du conseil d'administration de SGS Cameroun place le ministre dans une position potentiellement délicate. En tant que membre du gouvernement, il est censé incarner la neutralité de l'administration. En tant que président du CA d'une entreprise privée au cœur d'un conflit impliquant plusieurs ministres et le directeur d'un établissement public, sa position peut soulever des interrogations sur d'éventuels conflits d'intérêts.
C'est probablement ce qui explique la virulence de son démenti. En niant d'abord être président du CA pour ensuite confirmer qu'il l'est bel et bien, le ministre semble avoir voulu couper court à toute polémique en affirmant d'emblée que cette position ne pose aucun problème et qu'il l'assume pleinement.
Le vocabulaire employé par René Emmanuel Sadi pour qualifier ceux qui ont diffusé ces informations mérite qu'on s'y attarde. Traiter ses détracteurs d'"individus sans foi ni loi, dépourvus de la moindre éducation" et "n'ayant plus ni la moindre honte, ni aucun sens de l'honneur et de la dignité" constitue une charge particulièrement violente.
Cette virulence verbale pourrait s'expliquer par la sensibilité du dossier SGS. Dans un contexte où les enjeux financiers sont colossaux et où les positions de chacun sont scrutées, toute information, même erronée, peut avoir des conséquences importantes.
Mais elle soulève également une question : qui a intérêt à faire circuler de telles rumeurs ? S'agit-il d'une simple erreur amplifiée par les réseaux sociaux, ou d'une tentative délibérée de fragiliser la position de René Emmanuel Sadi dans ce dossier sensible ?
Si le ministre a clarifié sa position au sein de SGS Cameroun, plusieurs questions restent en suspens. Quelle est sa position officielle dans le conflit qui oppose les partisans et les détracteurs du maintien de SGS au port de Douala ? A-t-il été consulté avant la décision du Premier ministre ? Son rôle au sein du conseil d'administration de SGS lui confère-t-il une influence particulière dans ce dossier ?
Autant d'interrogations auxquelles le communiqué du ministre ne répond pas. En se contentant de confirmer sa fonction sans évoquer les implications de celle-ci dans le contexte actuel, René Emmanuel Sadi laisse planer un flou qui ne manquera pas d'alimenter les spéculations.
L'affaire SGS continue de secouer les hautes sphères de l'État camerounais. Après l'enquête ouverte sur le général Amougou, la menace de démission du Premier ministre et les tensions entre le ministre des Finances et le directeur du port, voici que le ministre de la Communication entre dans la danse, contraint de clarifier publiquement sa position.
Cette multiplication des acteurs impliqués témoigne de l'ampleur des enjeux autour de ce contrat de scanning. Au-delà des aspects techniques et financiers, c'est toute l'architecture du pouvoir camerounais qui semble mobilisée autour de ce dossier, chacun défendant des intérêts qui dépassent largement le cadre d'un simple contrat commercial.
Pour l'heure, SGS est maintenue au port de Douala, conformément à la décision du Premier ministre. Mais dans un contexte aussi tendu, rien ne garantit que ce statu quo perdurera. D'autant que les rumeurs sur les réseaux sociaux, même démenties, révèlent l'existence d'une bataille de communication dont les contours exacts restent à définir.
Le démenti véhément de René Emmanuel Sadi aura au moins eu le mérite de clarifier un point : il est bien président du conseil d'administration de SGS Cameroun. Reste à savoir quel rôle il entend jouer dans la résolution d'un conflit qui semble loin d'avoir livré tous ses secrets.









