Actualités of Friday, 11 September 2026

Source: www.camerounweb.com

REVELATION : au « Kosovo » de Kondengui, une économie de la survie où tout, même respirer, a un prix

Dans les quartiers 8 et 9 de la prison centrale de Kondengui, surnommés « Kosovo » et concentrant à eux seuls environ 3 000 détenus, une véritable économie parallèle s'est installée, où chaque geste du quotidien devient une transaction. Une enquête de Jeune Afrique détaille avec précision les mécanismes de ce système marchand qui régit la survie des détenus les plus démunis.



Selon Jeune Afrique, le vocabulaire carcéral donne un nom à la couchette : le « mandat ». Et ce mandat se vend, une place pouvant coûter plusieurs dizaines de milliers de francs CFA selon un ancien détenu cité par l'enquête. Sans argent, il ne reste au prisonnier que le goudron, une natte ou un mince morceau de mousse pour dormir. L'enquête précise également qu'à l'arrivée, les nouveaux détenus sont présentés à un « maire », un prisonnier ancien investi d'une autorité informelle, à qui il faut parfois verser une somme pour échapper aux corvées nocturnes les plus dégradantes, comme le nettoyage des toilettes.

Même la recharge d'un téléphone ou l'accès à l'eau se paient

Jeune Afrique dresse une liste édifiante de ce qui, au sein de ces quartiers, est devenu objet de commerce : la recharge du téléphone, l'eau pour se laver, un repas supplémentaire, un accès plus rapide aux soins de santé. Un ancien détenu cité par l'enquête résume la situation en une formule glaçante : même avec quelques ressources financières, on finit par ne plus rien avoir, tant chaque service a un coût.

Des dons humanitaires qui semblent s'évaporer

L'enquête relève enfin un point particulièrement préoccupant : des dons alimentaires remis par des associations et des ONG parviendraient rarement jusqu'aux détenus eux-mêmes, un ancien prisonnier affirmant avoir vu des sacs de vivres arriver sans que leur contenu ne se traduise jamais par une amélioration des rations distribuées, laissant planer le soupçon d'un détournement par certains responsables pénitentiaires.



Ce que cette économie de la survie, documentée par Jeune Afrique, met en lumière, c'est l'ampleur du basculement subi par les détenus les plus démunis : privés de ressources, de visites et de soutien extérieur, ils se retrouvent totalement exposés à la faim, à la maladie et à la violence, dans un système où, selon les mots d'un détenu cité par l'enquête, l'absence de famille, d'argent ou de visites équivaut, en pratique, à une condamnation à mort silencieuse.