Au-delà du simple contraste entre quartiers VIP et quartiers populaires, une enquête de Jeune Afrique consacrée à la prison centrale de Kondengui révèle l'existence d'un véritable système organisé permettant à certains détenus fortunés d'acheter des conditions de détention radicalement différentes du reste de la population carcérale — un système qui semble bénéficier, à certains niveaux, d'une forme de couverture institutionnelle.
Selon Jeune Afrique, Jean-Pierre Amougou Belinga, magnat de la presse placé en détention provisoire depuis mars 2023 dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, aurait déboursé plusieurs millions de francs CFA pour réaménager sa cellule : carrelage, sanitaires modernes, literie soignée, ventilateurs haut de gamme. L'enquête précise qu'il aurait même étendu ses quartiers à une partie du parloir de la prison, un privilège que Jeune Afrique relie directement à la bienveillance du ministre de la Justice, Laurent Esso.
Un gardien zélé rappelé à l'ordre par le régisseur lui-même
L'élément le plus révélateur de cette enquête concerne un épisode précis rapporté par Jeune Afrique : alors qu'un surveillant avait tenté de surveiller de plus près l'usage, par Jean-Pierre Amougou Belinga, d'un téléphone portable pourtant interdit à la majorité des détenus, ce gardien aurait été rapidement rappelé à l'ordre par Ipuni Max Albert Stéphane, le régisseur de la prison en personne. Un épisode qui, selon l'enquête, illustre la manière dont ce système de privilèges ne reposerait pas seulement sur la corruption ponctuelle de quelques agents isolés, mais bénéficierait d'une tolérance, voire d'une protection, assumée au plus haut niveau de la hiérarchie pénitentiaire locale.
Une exception devenue la norme pour une poignée de détenus
Jeune Afrique illustre également ce phénomène par le cas d'Edgar Alain Mebe Ngo'o, ancien ministre de la Défense purgeant une peine de trente ans pour détournement de fonds publics, photographié en 2022 recevant ses visiteurs coupe de champagne à la main, dans une tenue soignée qui tranche radicalement avec l'univers carcéral. Ce que cette accumulation de privilèges documentée par l'enquête met en lumière, c'est l'existence, au sein même d'une institution censée incarner l'égalité devant la loi, d'un système à deux vitesses où l'argent et les relations continuent de déterminer, jusque derrière les barreaux, la qualité du traitement réservé aux détenus.










