Actualités of Saturday, 29 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Révélations du Cpt Effoudou : Pourquoi Boris Bertolt et pas les autres

Le capitaine Effoudou du 13 août avait annoncé une liste de blogueurs camerounais qu’il connaissait et qu’il met en cause, mais qui n’a finalement jamais été publiée. Il n’a explicitement cité que Patrice Nouma, Valsero, Rémy Ngono et Junior Zogo. Le Capitaine Effoudou et Bertolt ont, tous les deux, promis des preuves sans encore les produire publiquement. Effoudou épargne systématiquement Paul Biya dans ses critiques.

LA LISTE QUI N'EST JAMAIS VENUE : CE QU'EFFOUDOU A FAIT DE QUATRE ACTIVISTES

Le 13 août, le capitaine Effoudou a prévenu les blogueurs camerounais qu'il les connaissait tous.

Il n'en a nommé qu'un.

« Je voudrais dire à ces lanceurs d'alerte, à ces blogueurs des réseaux sociaux, que je les connais tous. Je les connais tous. Je sais ce qu'ils font. Et c'est un avertissement que je lance. » Puis, quelques minutes plus tard : « Je prendrai un temps pour eux le moment venu. »

Deux semaines ont passé. La liste n'est jamais venue.
Elle n'en avait pas besoin.

Une accusation qui nomme quelqu'un expose celui qui la porte. Elle peut être démentie, elle appelle des pièces, elle peut finir devant un juge. Une accusation qui vise une profession entière n'expose rien, et elle atteint tout le monde. Tant que la liste n'existe pas, personne n'en est sorti.

Sauf quatre.

Patrice Nouma, Valsero, Rémy Ngono, Junior Zogo. Le capitaine les a nommément salués, comparant leur situation à celle des maquisards que Paul Biya a réhabilités. « Toutes ces personnalités méritent d'être saluées. »

Arrêtons-nous sur l'un des quatre.

Junior Christophe Zogo est un ancien commissaire de police, révoqué en 2006 pour corruption — il conteste et se dit victime de sa hiérarchie de l'époque. Après avoir manifesté contre Paul Biya à l'hôtel Le Meurice, il a changé de camp et pris la tête d'un mouvement pro-Biya de la diaspora. En juin 2019, il a appelé publiquement à l'élimination des activistes camerounais opposés au président, proposé de remplacer le patron des renseignements par quelqu'un capable de traquer les militants de la diaspora et leurs familles restées au pays, et offert ses propres services pour ce poste. C'est cet homme qu'un ancien chef du bureau de renseignement de la présidence salue aujourd'hui.

Reste la question que tout le monde pose : pourquoi Boris Bertolt, et pas les autres ?

L'explication qui circule — il aurait épargné les gros — ne tient pas. Bertolt est un poids lourd lui aussi : journaliste passé par Mutations, auteur, doctorant à l'université du Kent. Si le critère était l'audience, il serait sorti du lot comme les quatre autres.

Deux différences résistent, en revanche.

La première est banale. Bertolt avait attaqué le premier, en publiant que le capitaine aurait été entendu par la sécurité militaire dans une affaire d'abus. Les quatre autres ne l'avaient jamais visé. On n'a pas besoin d'une stratégie pour expliquer qu'un homme frappe celui qui l'a frappé.

La seconde est plus parlante. Nouma est un ancien militaire de la sécurité présidentielle. Junior Zogo, un commissaire révoqué. Effoudou, un capitaine du renseignement révoqué. Trois hommes que l'appareil a produits, puis expulsés. Bertolt, lui, n'a jamais été rien d'autre qu'un journaliste.

Ajoutons qu'en le désignant, le capitaine ne prenait aucun risque.

L'accusation de vénalité contre Bertolt circule depuis plus de deux ans. On lui a successivement prêté Motaze, Mvondo Ayolo, la sécurité militaire, le MRC, et maintenant le secrétariat général. Six parrains en trente mois, cinq accusateurs sans lien entre eux, et pas une pièce versée par quiconque. Il rejoignait un chœur, il ne l'ouvrait pas.

Et il y a, dans toute cette séquence, un nom qui ne tombe jamais.
Le capitaine met en cause un secrétaire général, un vice-amiral, un ancien ministre de la Défense, un sénateur, des officiers, des patrons de presse, un blogueur. Jamais Paul Biya. Dans un enregistrement privé diffusé à la mi-août — qu'il a dit avoir subi, et non organisé — on l'entend dire à un parent : « Au grand jamais, je ne dirai quoi que ce soit concernant ce patriarche. »

Devant la caméra et hors caméra, la même règle.

L'épilogue s'est écrit aujourd'hui. Boris Bertolt avait promis sa « valise de preuves » pour le 30 août. Il a tiré quatre jours plus tôt. Trois noms de financiers présumés, aucun document, un numéro WhatsApp pour recueillir des confidences, et un mot pour finir : « Patientez. »
Accusation nominative, absence de pièce, promesse différée. C'est exactement le protocole qu'il reproche à son adversaire.

Le capitaine avait annoncé une liste. Bertolt a annoncé une valise. Ni l'une ni l'autre n'est venue.

Pendant ce temps, le tribunal militaire de Yaoundé reprend le 31 août le contre-interrogatoire du colonel Otoulou. C'est le seul endroit du pays où une parole est prononcée sous serment, soumise aux questions des parties, et confrontée à des pièces.
C'est aussi le seul dont personne ne parle.

John Lawson