Actualités of Friday, 4 September 2026

Source: www.camerounweb.com

PROPHÉTIE : Tôt ou tard, Maurice Kamto sera président du Cameroun

Le Prof Maurice Kamto peut, à terme, devenir président du Cameroun, en raison notamment de sa place centrale dans le débat sur l’alternance et de la forte mobilisation, favorable ou hostile, qu’il suscite. L’auteur estime que les tentatives de ses adversaires pour limiter son influence pourraient paradoxalement renforcer son statut de figure de référence de l’opposition.

Pourquoi, tôt ou tard, Maurice Kamto sera président du Cameroun.
Voici pourquoi, tôt ou tard, Maurice Kamto, s’il est encore de ce monde, sera président du Cameroun.

Il y a d’abord une raison simple : pour de bonnes ou de mauvaises raisons, son nom est aujourd’hui celui qui suscite le plus de réactions et, paradoxalement, le plus de consensus autour de la question de l’alternance.

Il y a ceux qui font presque une crise de nerfs à la seule évocation de son nom. D’autres semblent entrer en transe dès qu’ils l’aperçoivent. Entre rejet viscéral et fascination assumée, rarement un homme politique camerounais aura suscité autant de passions contradictoires.
Et c’est précisément là que réside une partie de sa singularité.

Car en politique, l’indifférence est souvent plus dangereuse que l’hostilité. On peut combattre un adversaire, le caricaturer, chercher à l’affaiblir ; mais lorsqu’on consacre autant d’énergie à empêcher quelqu’un d’exister politiquement, on finit paradoxalement par contribuer à faire de lui l’adversaire de référence.

Paul Biya et Atanga Nji l’ont, chacun à leur manière, parfaitement compris. Comme au football ou au rugby, tout semble parfois être fait pour obstruer la trajectoire, fermer les espaces et empêcher celui qui avance de montrer jusqu’où il pourrait aller dans un jeu véritablement libre.

Mais il y a une difficulté : on peut fermer un espace politique ; on ne peut pas indéfiniment empêcher une idée de circuler.

Le paradoxe Kamto

Dans l’imaginaire politique camerounais, y compris chez ceux qui le détestent profondément, Maurice Kamto occupe une place particulière.

Pour ses adversaires comme pour ses partisans, il est devenu, à tort ou à raison, la figure de l’opposition capable de mettre fin à la longue domination de Paul Biya dans une compétition véritablement transparente, libre et ouverte.

C’est un phénomène que l’Histoire politique connaît bien.
Nelson Mandela fut longtemps présenté par le pouvoir sud-africain comme un adversaire dangereux. Mais plus le régime tentait de réduire son influence, plus son nom dépassait les murs de sa prison.

Vaclav Havel n’était, au départ, qu’un dissident parmi d’autres. Le pouvoir communiste tchécoslovaque contribua pourtant, en le surveillant et en le réprimant, à faire de lui une figure nationale puis internationale.

Et même dans des contextes radicalement différents, l'Histoire montre souvent ce paradoxe : plus un pouvoir cherche à enfermer son adversaire dans une identité de menace, plus il peut contribuer à transformer celui-ci en symbole.
Le pouvoir peut empêcher un homme de parler. Il lui est beaucoup plus difficile d’empêcher les autres de parler de lui.

La longue patience des opposants

C’est pourquoi, s’il fallait donner un conseil à Maurice Kamto, ce serait probablement celui-ci : la patience, la maîtrise de soi et une certaine débauche de force tranquille.

La politique n’est pas toujours une course de vitesse. Elle ressemble parfois davantage à une course de fond. Les régimes politiques donnent souvent l'impression d'être éternels lorsqu'on les regarde de l'intérieur. Pourtant, l'Histoire est pleine de pouvoirs qui paraissaient indestructibles et qui se sont finalement effondrés, parfois beaucoup plus rapidement que leurs contemporains ne l'imaginaient.
L'Union soviétique semblait appartenir à un ordre politique permanent. Le mur de Berlin paraissait destiné à durer. L'apartheid sud-africain semblait profondément enraciné.
Et pourtant, les murs tombent. Les systèmes changent. Les certitudes vieillissent.

C'est pourquoi l'opposant qui veut durer doit parfois savoir attendre le moment plutôt que forcer l'Histoire.

Le pouvoir de la force tranquille

À Maurice Kamto, il faudrait donc recommander de ne pas céder à la précipitation.
Ne pas répondre à toutes les provocations. Ne pas courir derrière chaque polémique. Ne pas se laisser enfermer dans le rôle que ses adversaires voudraient lui assigner. Car il existe une forme de puissance politique qui ne s’exprime ni dans le bruit ni dans l’agitation.

C’est celle de l’homme qui sait où il va et qui n’a pas besoin de le rappeler chaque matin.
La force tranquille est parfois plus redoutable que la colère.
Elle laisse à l'adversaire le soin de s'épuiser. Elle permet au temps de faire son œuvre. Elle transforme progressivement une candidature en destin politique.

La banane et le soleil

À l’Ouest, on possède pour cela une sagesse populaire dont la simplicité vaut parfois tous les traités de science politique : la banane qui doit mûrir finit toujours par mûrir.

Même profondément immergée dans l’océan, elle finira, d’une manière ou d’une autre, par arriver à maturité. L’image est belle parce qu’elle dit quelque chose de la patience historique.
On peut retarder une échéance. On peut contrarier un processus. On peut tenter d’empêcher un fruit de mûrir.

Mais on ne commande pas indéfiniment au temps. Il en va de même du soleil. La nuit peut être longue ; elle ne peut pas empêcher le jour d’arriver. Et lorsque le soleil se lève, il ne demande à personne la permission d’éclairer.

Une victoire qui reste à construire

C’est pourquoi je ne dirais pas que la question est désormais de savoir si Maurice Kamto peut gagner.

La véritable question est plutôt de savoir comment une éventuelle victoire pourrait être transformée en réalité politique. Car une victoire électorale ne suffit pas à elle seule. Il faut pouvoir la rendre incontestable, l'inscrire dans un processus institutionnel crédible, rassembler au-delà de son propre camp et convaincre ceux qui ne l'aiment pas que l'alternance ne signifiera ni revanche ni exclusion.
C'est là que se joue la véritable maturité d'un homme politique.
Gagner contre ses adversaires est une chose. Gouverner après avoir gagné en est une autre.

L'Histoire nous l'enseigne : les grands changements politiques ne deviennent durables que lorsqu'ils dépassent la personne qui les a incarnés.

Mandela ne fut pas seulement celui qui vainquit l'apartheid ; il fut aussi celui qui comprit que la victoire devait être suivie d'une réconciliation.

Havel ne fut pas seulement le dissident qui arriva au pouvoir ; il devint le symbole d'une transition politique.

Le véritable défi, pour Kamto comme pour toute figure appelée à incarner une alternance, serait donc de transformer la victoire d'un homme en victoire d'une institution, d'une génération et d'un peuple.

La patience est une stratégie

Il existe un proverbe turc qui dit : « La patience est la clé du paradis. »
En politique, elle pourrait être reformulée ainsi : la patience est parfois la clé du pouvoir.

La résilience, elle, est la vertu de ceux qui continuent d'avancer lorsqu'ils ont la conviction de défendre une cause juste.
Mais la résilience ne doit jamais devenir de l'aveuglement.
Elle doit s'accompagner de lucidité, de discipline, de stratégie et surtout d'une capacité à apprendre des épreuves.
Car le temps ne suffit pas. Il faut savoir attendre sans rester immobile. Il faut préparer l'avenir pendant que le présent résiste. Il faut construire lorsque les autres s'épuisent à détruire. Et surtout, il faut garder suffisamment de sérénité pour ne pas devenir prisonnier de la haine de ses adversaires.

Le soleil finit toujours par apparaître

Alors, Maurice Kamto sera-t-il un jour président du Cameroun ?
L'Histoire ne signe jamais de contrat avec l'avenir. Mais une chose est certaine : plus on tente durablement d'empêcher un homme politique de se mesurer librement à ses adversaires, plus on nourrit la question de savoir ce qu'il pourrait réellement accomplir si on lui donnait enfin cette possibilité.

Le reste appartient au temps, aux urnes, au peuple camerounais et aux circonstances. Pour ceux qui croient en cette perspective, la conviction peut tenir en quelques mots : la victoire est peut-être acquise dans les esprits ; reste à trouver la méthode pour la transformer en réalité. Car la nuit peut durer. Les nuages peuvent cacher le ciel. On peut même tenter de fermer toutes les fenêtres. Mais le soleil, lui, n'a jamais eu besoin de la permission des hommes pour se lever. Et nul ne peut durablement cacher la lumière.

JPD