Actualités of Friday, 23 January 2026

Source: www.camerounweb.com

NOSO : Émouvante lettre de Kristian Ngah aux leaders et combattants ambazoniens

La crise sécuritaire qui secoue les régions anglophones du Cameroun depuis 2017 a fait des milliers de victimes et de déplacés. Cette situation inquiète beaucoup de personnalités originaires de cette partie du pays. Ces derniers ne cessent d’appeler au dialogue et à la paix. La dernière réaction allant dans ce sens est celle du journaliste, directeur de publication du journal « The Guardian Post », Kristian Ngah Christian.

Dans une lettre ouverte adressée aux leaders et aux combattants sécessionnistes d’ambazonie, Kristian Ngah Christian fait le bilan macabre de la crise et les exhorte à déposer les armes afin de permettre aux populations de retrouver une vie normale.

Mes chers frères et sœurs,

Je vous écris à genoux, non pas en tant qu’homme politique ni comme quelqu’un d’aveugle à la douleur qui s’est abattue sur notre peuple depuis le déclenchement de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en octobre 2016, mais comme quelqu’un qui porte également vos chaussures.
Nos revendications légitimes avaient un poids moral et ont attiré l’attention partout.

Mais neuf ans plus tard, j’en appelle à votre conscience : marquez une pause et examinez ce que notre peuple et nos communautés sont devenus.

Notre population est devenue plus pauvre, plus affamée, plus traumatisée et plus perdue. Ceux-là mêmes pour lesquels vous avez dit vous battre sont aujourd’hui des réfugiés et des personnes déplacées internes (PDI), dont beaucoup peinent à survivre.

Est-ce ainsi qu’ils vivaient avant l’éclatement de la crise en 2016, qui s’est transformée en conflit armé en 2017 ? Certainement pas.
Rançonner la population, la mutiler et la tuer au nom de la lutte pour la liberté ne nous a conduits que dans l’abîme. Nous semblons commettre davantage d’erreurs que celles que nous prétendions corriger.

Le bilan de « la lutte » montre que nous sommes perdants sur les plans éducatif, économique et social. À bien des égards, nous sommes dans une situation bien pire qu’avant 2016.

Il est inimaginable que nous, Anglophones autrefois fiers, respectés et civilisés, soyons aujourd’hui en train de nous autodétruire au nom d’une « lutte pour l’indépendance ».

Ne vous y trompez pas ! Les Anglophones paient un lourd tribut pour une cause qu’on leur a fait croire bénéfique pour leur avenir.
Mes chers frères et sœurs,
Nous avons perdu toute une génération à cause des boycotts scolaires. Nous avons paralysé nos entreprises et tout ce qui faisait de nous ce que nous étions censés être.

Les Anglophones ont été privés, en plein jour, de l’éducation, qui était leur pilier et leur fierté.

Des établissements renommés comme le Collège du Sacré-Cœur, Notre-Dame de Lourdes, Saker Baptist College, CPC Bali, Sasse College, CCAS Kumba, CCAST Bambili, Bishop Rogan College, St. Augustine College, Progressive, Nacho et Longla Comprehensive Colleges… ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes.
De plus, nombre des meilleurs enseignants que comptaient ces écoles ont fui le conflit armé vers les régions francophones, où leurs services sont mieux rémunérés.

Les Anglophones n’étaient pas destinés à vivre comme des esclaves ou des fugitifs sur leur propre terre. Laissons notre peuple respirer et prospérer à nouveau.

Se tuer entre nous, traumatiser notre population ou la transformer en instrument de cruauté est-il le prix ultime de l’indépendance ? Certainement pas.
Regardons-nous dans le miroir et demandons-nous honnêtement si c’est bien la liberté qui avait été promise au début de la crise.

En quoi l’enlèvement ou l’assassinat d’enseignants, d’élèves, d’étudiants, de personnels de santé, de parents, de prêtres, de commerçants, de forces de sécurité et d’enfants a-t-il amélioré la situation des Anglophones ?
Mes chers frères et sœurs,
Nous enlevons et massacrons nos propres frères et sœurs au moindre retard dans le paiement d’une rançon ; et pour enterrer leurs dépouilles, les familles endeuillées doivent encore payer une « taxe funéraire » aux combattants !
Je crains qu’au vu de ce que les Anglophones ont subi entre les mains des combattants ambazoniens, 99,9 % d’entre eux voteraient aujourd’hui pour rester dans un Cameroun un et indivisible si un référendum était organisé.

L’histoire nous sourira-t-elle pour le lourd tribut de ce conflit ? Corrigeons nos erreurs dès maintenant et évitons de vivre dans le regret en choisissant la voie de la paix.

Si vous aimez réellement les Anglophones et combattez pour améliorer leur condition, prouvez-le en abandonnant vos stratégies anti-populaires.
Engageons des méthodes pacifiques pour surmonter l’oppression, au lieu de perpétuer la violence.

Je conclus cet appel par cette citation du célèbre avocat et penseur indien Mahatma Gandhi :
« Je m’oppose à la violence, car lorsqu’elle semble produire le bien, ce bien n’est que temporaire ; le mal qu’elle cause est permanent. »
Sincèrement vôtre.