Actualités of Saturday, 10 January 2026

Source: www.camerounweb.com

NECROLOGIE: Nelly Chatue-Diop, pionnière de la crypto pour tous en Afrique, n'est plus

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La cofondatrice d'Ejara, plateforme qui démocratise l'accès aux cryptomonnaies en Afrique, est décédée le 8 janvier en France des suites d'une maladie foudroyante. Disparition d'une visionnaire qui voulait réconcilier le continent avec la finance numérique.


Le monde de la fintech africaine a perdu l'une de ses figures les plus prometteuses. Nelly Chatue-Diop, cofondatrice de la start-up Ejara, est décédée mercredi 8 janvier en France, emportée par une maladie foudroyante. Elle avait fait de l'inclusion financière par les cryptomonnaies son combat, avec l'ambition de transformer l'accès à l'épargne et à l'investissement pour des millions d'Africains non bancarisés.

Éduquer les Africains et leurs différentes diasporas à la finance en utilisant la cryptomonnaie : c'était l'ambitieux pari que s'était fixé la Franco-Camerounaise dès 2019. Avec Ejara, plateforme qui permet d'épargner et d'investir en actions, matières premières ou cryptomonnaies via un portefeuille mobile money, elle avait ouvert une voie inédite sur le continent.
L'information de son décès a été relayée par un communiqué conjoint d'Ejara et de Makeda Asset Management, autre société financière qu'elle avait fondée, plongeant l'écosystème entrepreneurial africain dans la consternation.


Avant de regagner le Cameroun en 2020, cette ingénieure en informatique et télécommunications, formée en France, avait construit l'essentiel de sa carrière en Europe. Experte en analyse de données, elle avait occupé des postes de conseil, de management et de direction au sein de grands groupes comme Darty, Casino ou encore Betclic.


Mais c'est l'observation de la pénétration progressive du bitcoin et de ses dérivés dans le monde qui a déclenché son retour aux sources. Nelly Chatue-Diop avait eu l'intuition de rapprocher l'environnement des cryptomonnaies des populations non bancarisées, transformant une technologie souvent perçue comme élitiste en outil d'inclusion financière.

Sur un continent où 80% de la population n'est pas bancarisée, mais où l'adoption du mobile money connaît une croissance annuelle à deux chiffres, son pari pouvait sembler audacieux. Nombreux sont ceux qui voient dans cette alternative au secteur financier traditionnel une menace. Ils sont tout aussi nombreux à considérer qu'elle peut contribuer à l'intégration économique du continent.


Avec la création d'Ejara, Nelly Chatue-Diop a permis aux utilisateurs de créer un portefeuille crypto décentralisé accessible depuis leur téléphone, sans passer par une banque traditionnelle. Une révolution silencieuse pour des millions d'Africains exclus du système financier classique.

Le succès ne s'est pas fait attendre. Forte de sa vision et de la rencontre avec son associé Baptiste Andrieux, Ejara avait levé 2 millions de dollars en 2021 et obtenu une licence de prestataire de services sur actifs numériques auprès de l'Autorité française des marchés financiers, gage de crédibilité et de sérieux dans un secteur souvent décrié.


En octobre 2022, la jeune pousse avait conclu un deuxième tour de table à 8 millions de dollars, attirant des investisseurs de référence comme Bpifrance ou le leader américain des stablecoins, Circle. Grâce à ce dernier partenariat, Ejara a récemment intégré la possibilité d'acquérir des stablecoins via son application, élargissant encore son offre.


La start-up compte de nombreux spécialistes des cryptomonnaies parmi ses investisseurs, dont les londoniens Anthemis Group et CoinShares, ainsi que Pascal Gauthier, fondateur de la start-up française Ledger, leader mondial de la conservation et de la protection des cryptoactifs. Un écosystème de soutien qui témoignait de la confiance placée dans sa vision.
Un héritage à poursuivre
Au total, Ejara aura levé 10 millions de dollars, preuve que le modèle économique de Nelly Chatue-Diop séduisait bien au-delà des frontières africaines. Mais plus que les chiffres, c'est sa capacité à imaginer un autre rapport à la finance pour le continent qui marquera son héritage.
Dans un secteur dominé par les hommes et les acteurs occidentaux, cette femme camerounaise avait su imposer sa voix et sa vision. Elle avait démontré qu'il était possible de réconcilier innovation technologique et inclusion sociale, ambition entrepreneuriale et impact collectif.


Sa disparition brutale laisse un vide dans l'écosystème de la fintech africaine, mais aussi des questions sur l'avenir d'Ejara et de Makeda Asset Management. Ses équipes et ses associés devront poursuivre le chemin tracé, armés de la vision qu'elle leur a léguée.


Nelly Chatue-Diop laisse derrière elle une génération d'entrepreneurs africains inspirés par son audace et sa détermination. Elle aura prouvé qu'avec du talent, de la vision et du travail, il était possible de transformer des millions de vies en démocratisant l'accès à des outils financiers autrefois réservés à une élite.


Dans un continent où les jeunes entrepreneurs cherchent encore leurs modèles, elle restera comme une pionnière qui a osé croire que la technologie pouvait être au service du plus grand nombre.