Actualités of Saturday, 10 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Cameroun : Un gel des recrutements publics, une décision nécessaire pour sauver l’avenir

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Face à une masse salariale d’État devenue étouffante, le gouvernement camerounais annonce une mesure forte : la limitation des nouveaux recrutements pour se conformer à la norme régionale de la CEMAC. Cette décision, loin d’être un simple ajustement comptable, constitue un virage stratégique indispensable pour redonner de l’air aux finances publiques et réorienter le pays vers un développement durable. Il s’agit d’un courageux retour à la réalité économique après des décennies de gestion hasardeuse.

Le constat : un État obèse qui étouffe son propre avenir

Les chiffres sont sans appel et témoignent d’une urgence absolue. En 2025, la masse salariale atteindra 1 663 milliards de FCFA, absorbant à elle seule près de 40% des recettes fiscales. Cette courbe ne fléchit pas, avec une projection à 1 771 milliards pour 2026-2027. Comparé à ses voisins comme la Côte d’Ivoire (~25%) ou le Gabon (~30%), le Cameroun dépense de manière disproportionnée pour sa fonction publique, sans que cette dépense ne se traduise par une amélioration tangible des services aux citoyens. L’hôpital manque de matériel, les écoles sont surchargées, les routes se dégradent, tandis que les salaires publics continuent de gonfler, alimentés par des augmentations (5% en 2023 et 2024) et des avantages sociaux revalorisés sans contrepartie de productivité.

Le cercle vicieux des politiques passées : l’emploi public comme anesthésiant social

Cette situation est le fruit d’un cercle vicieux institutionnalisé. Durant des années, face à un environnement des affaires hostile (classé 167ᵉ sur 190 pour la facilité de faire des affaires) et à une corruption systémique drainant les ressources, l’État s’est érigé en « employeur de dernier recours ». Chaque année, près de 15 000 emplois publics étaient créés, souvent sur des bases clientélistes plutôt que méritocratiques, pour absorber artificiellement un chômage endémique – notamment celui des jeunes diplômés, dont le taux réel frôle les 74%. Cette politique a créé une monstrueuse contradiction : un État pléthorique mais inefficace, qui étouffe dans son carcan salarial la capacité d’investir dans les secteurs (infrastructures, énergie, agriculture) qui pourraient justement créer une vraie richesse et des emplois privés durables.

Le gel des recrutements : une cure d’austérité pour une thérapie de choc

Dans ce contexte, la décision de limiter les recrutements n’est pas une punition, mais une thérapie de choc salvatrice. Elle s’inscrit dans la continuité logique, bien que tardive, de l’opération de « toilettage » du fichier solde (COPPE) qui a commencé à éliminer les agents fictifs. Son bien-fondé repose sur trois piliers essentiels :

1. Rétablir l’équilibre financier : En gelant l’hémorragie, l’État préserve des marges de manœuvre budgétaires vitales. Les économies réalisées doivent être impérativement réorientées vers l’investissement productif – les 15% seulement du budget alloués aux infrastructures en 2025 sont une insulte au besoin de développement du pays.

2. Forcer la modernisation du secteur privé : En cessant d’être le débouché facile, l’État envoie un signal fort. Il doit désormais, en parallèle, débloquer les freins à l’initiative privée : simplifier drastiquement la réglementation, lutter sérieusement contre la corruption qui spolie les projets, et faciliter l’accès au crédit pour les PME. C’est là que se trouve le vrai réservoir d’emplois stables.

3. Se conformer aux réalités régionales et aux exigences des partenaires : Aligner la masse salariale sur les normes de la CEMAC est une nécessité de crédibilité. C’est aussi une condition pour une coopération financière saine avec des institutions comme le FMI, qui réclament depuis longtemps ces réformes structurelles.

Au-delà du gel : le chemin étroit de la réforme
Cette mesure, aussi nécessaire soit-elle, ne sera bénéfique que si elle s’inscrit dans un plan plus large et courageux. Elle doit s’accompagner de :

· L’accélération des réformes administratives : Poursuivre impitoyablement le nettoyage du fichier solde et réformer la gestion des carrières.

· Une réallocation radicale des budgets : Chaque franc économisé sur la masse salariale doit être visiblement investi dans un hôpital, une école ou une route.

· Un pacte social de transparence : Les audits doivent être publiés, et la gestion des effectifs, rendue publique pour restaurer la confiance.

Conclusion : Une décision douloureuse, mais un impératif de survie

Oui, cette décision est douloureuse. Elle va mécontenter. Mais elle est le prix à payer pour briser la dangereuse logique qui a consisté à « nourrir » une partie de la population avec des emplois publics fictifs ou non productifs, au détriment de la prospérité collective et de l’avenir des générations futures.

Le Cameroun est à la croisée des chemins. Il peut poursuivre dans la facilité d’un État-Providence clientéliste, au bord de la crise de dette, ou opérer le choix difficile de la rationalisation pour construire les bases d’une économie moderne, compétitive et inclusive. Limiter les recrutements n’est pas la fin du chemin, mais le premier pas courageux – et absolument nécessaire – sur la voie étroite, mais seule viable, du progrès véritable. La résilience de la nation en dépend.

Patrick Duprix Anicet Mani
Patrick Duprix Anicet Mani

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La masse salariale de l'État du Cameroun : un frein structurel au développement

Par: Patrick Duprix Anicet Mani, 📖
Date : 15 juillet 2025

La masse salariale de l’État, qui atteindra 1 663 milliards de FCFA en 2025 (soit 40 % des recettes fiscales), constitue un poids croissant pour les finances publiques . Malgré les efforts de rationalisation, cette dynamique menace la soutenabilité budgétaire et limite les capacités d’investissement dans des secteurs clés comme l’éducation, les infrastructures et la santé.

1. Une masse salariale hors de contrôle : chiffres clés

- 2025: 1 663 milliards de FCFA prévus (+11,8 % vs 2024) .
- 2026-2027: Projection à 1 771 milliards de FCFA, soit une tendance "croissante" selon le ministère des Finances .
- Part des recettes fiscales: Près de 40 %, limitant les marges de manœuvre pour d’autres dépenses prioritaires .

Comparaison régionale :

Le Cameroun dépense proportionnellement plus que ses voisins (Gabon : ~30 %, Côte d’Ivoire : ~25 %), ce qui reflète une gestion peu optimisée des effectifs alors qu’au même moment la qualité des services publics se dégrade

2. Les causes structurelles de cette explosion

a) Des réformes insuffisantes malgré le "toilettage" du fichier solde

- L’opération Coppe (2018)a éliminé 10 000 agents fictifs, économisant 30 milliards de FCFA/an .
- Mais seulement 3 577 radiations effectives depuis, avec 5 000 autres en sursis
– un impact limité face à la croissance globale des effectifs .

b) Les mesures conjoncturelles aggravantes

- Augmentations salariales de 5 % en 2023 et 2024 pour compenser l’inflation, mais sans contrepartie de productivité.
- Allocation familiale revalorisée à 4 500 FCFA/enfant/mois (vs 2 800 FCFA auparavant), alourdissant les charges sociales .

c) L’accumulation des arriérés et leurs coûts cachés

- Enseignants : 200 milliards de FCFA d’arriérés partiellement apurés (164 milliards payés en 2024) .
- Ces retards génèrent des grèves récurrentes (éducation, santé), perturbant les services publics et décourageant les investisseurs.

3. Conséquences sur le développement

a) Étalement des ressources au détriment des investissements

- Seulement 15 % du budget 2025 est alloué aux infrastructures, contre 45 % pour les salaires et dettes.
- Exemple : Le budget des hôpitaux universitaires stagne depuis 2020, alors que les besoins en matériel médical explosent.

b) Un cercle vicieux de la dette

- Pour financer ces dépenses, l’État s’endette : la dette publique dépasse 45 % du PIB en 2025.
- Les créanciers (FMI, Banque mondiale) exigent désormais des réformes structurelles, retardant les projets de développement.

c) Démotivation des fonctionnaires et fuite des compétences

- Les retards de paiement et les carrières bloquées poussent les cadres qualifiés vers le secteur privé ou l’étranger.
- Résultat : Une administration moins efficace, freinant la mise en œuvre des politiques publiques.

4. Solutions potentielles : un équilibre difficile

a) Accélérer les réformes administratives

- Poursuivre le toilettage du fichier solde: Cibler les doublons et les retraités non radiés.
- Geler les recrutements sauf dans les secteurs prioritaires (santé, éducation).

b) Rationaliser les avantages sociaux

- Plafonner les allocations familiales pour les hauts salaires.
- Lier les augmentations salariales à des gains de productivité.

c) Améliorer la transparence budgétaire

- Audits indépendants des effectifs, comme le réclame le FMI .
- Publier les données par ministère pour identifier les gaspillages.

Le Cameroun doit réduire sa dépendance à une Fonction publique pléthorique pour libérer des ressources vers l’industrialisation et l’innovation. Sans cela, la masse salariale continuera à :
➠ Étouffer l’économie via la dette et les impôts.
➠ Creuser les inégalités en privant les secteurs sociaux de financements.

NB: L'absorption du chômage par l'État a un effet pervers des politiques publiques

Le Cameroun fait face à une contradiction majeure : l'État devient l'employeur de dernier recours en absorbant artificiellement le chômage, alors même que sa masse salariale pléthorique (1 663 milliards de FCFA en 2025) étouffe les finances publiques et freine le développement économique . Cette situation paradoxale découle directement de politiques publiques inadaptées et d'une gouvernance déficiente qui découragent l'investissement privé, pourtant essentiel pour créer des emplois durables.

A. Le cercle vicieux des mauvaises politiques publiques

a) Un environnement des affaires hostile

- Réglementation excessive : Le Cameroun se classe 167ᵉ sur 190 pays pour la facilité de faire des affaires (Doing Business 2024), avec des procédures bureaucratiques complexes qui découragent les entrepreneurs car encourageants la corruption par la multiplication d’acteurs dans la chaîne de validation

- Insécurité juridique: Les changements fréquents de lois fiscales (ex. : modifications imprévisibles du code des investissements) augmentent les risques pour les investisseurs privés .

b) Corruption et mauvaise allocation des ressources

- Détournements de fonds publics : 30 % du budget d'investissement serait perdu à cause de la corruption, privant les infrastructures critiques (électricité, routes) de financements .
- Clientélisme: Les emplois publics sont souvent attribués sur des bases politiques ou ethniques plutôt que méritocratiques, gonflant artificiellement les effectifs de la Fonction publique .

c) Dépendance aux secteurs non productifs

- Poids des industries extractives: Le pétrole et le gaz représentent 33 % des exportations mais seulement 4 % du PIB et peu d'emplois (moins de 2 % de la main-d'œuvre) .
- Négligence de l'agriculture: Bien que employant 43 % des actifs, le secteur agricole ne reçoit que 5 % du budget national, limitant sa modernisation et sa capacité à absorber la main-d'œuvre .

B. Conséquences sur l'emploi et l'économie

a) Un secteur privé atrophié

- Faiblesse de l'investissement privé : Seulement 13 % du PIB contre 25 % en Côte d'Ivoire, en raison des risques perçus et du manque d'accès au crédit .
- Économie informelle dominante : 90 % des emplois créés depuis 2020 le sont dans l'informel, sans protection sociale ni productivité élevée .

b) L'État comme seul recours

- Embauches publiques massives : 15 000 postes créés annuellement dans la Fonction publique depuis 2020, souvent pour des raisons politiques, alourdissant la masse salariale (40 % des recettes fiscales) .
- Subventions inefficaces : Les programmes comme l'Agence de Promotion des PME (APME) bénéficient majoritairement aux réseaux de copinage, sans impact sur l'emploi des jeunes .

c) Dynamique perverse

- Compétitivité entravée : Les entreprises formelles paient jusqu'à 54 % de charges sociales, contre 15 % au Rwanda, les incitant à rester informelles .
- Exode des compétences : 60 % des diplômés camerounais envisagent d'émigrer, privant le pays de sa main-d'œuvre qualifiée .

3. Solutions pour rompre le cycle

a) Réformes structurelles urgentes

- Simplification administrative : Réduire de 50 % les délais de création d'entreprise (actuellement 21 jours) et harmoniser la fiscalité .
- Lutte sérieusement contre la corruption : Mise en place d'un système de passation des marchés publics transparent, dématérialisée, comme le réclame le FMI .

b) Redynamisation du secteur privé

- Accès au crédit : Développer des instruments comme les obligations vertes pour financer les PME (potentiel estimé à 300 milliards FCFA/an) .
- Zones économiques spéciales : Étendre le modèle de Douala Business Park avec des exonérations ciblées sur 5 ans .

c) Réorientation des dépenses publiques

- Gel des embauches publiques sauf dans la santé et l'éducation, comme nous l’avons dit plus haut, et réallocation des économies vers les infrastructures .
- Partenariats public-privé (PPP) : Pour les projets énergétiques (barrage de Nachtigal) et routiers, avec des clauses de création d'emplois locaux .

Le Cameroun paie aujourd'hui le prix de décennies de mauvaise gouvernance : un État obèse mais inefficace, un secteur privé étouffé, et des jeunes condamnés au chômage ou à l'exil. Pourtant, des solutions existent, comme le montre le succès relatif des réformes fiscales de 2023-2024 ayant permis de réduire le déficit budgétaire à 0,8 % du PIB . La clé réside dans une triple transition :

1. Politique : En finir avec le clientélisme et la corruption.
2. Économique : Libérer l'initiative privée plutôt que gonfler la Fonction publique.
3. Sociale : Investir dans l'éducation technique, professionnelle et l'agriculture moderne.

Sans cela, le pays risque de voir son taux de chômage des jeunes diplômés (actuellement 18 %, si on ajoute les jeunes qui n’ont jamais connu un emploi formel ce taux passe à 74%) continuer à croître, alimentant instabilité sociale, politique, sécuritaire et fuite des cerveaux .

IL FAUT AVOIR LE CŒUR SOLIDE, LA FORCE PHYSIQUE ET MENTALE POUR VOULOIR DIRIGER CE PAYS DANS LES 10 PROCHAINES ANNÉES.