Actualités of Thursday, 26 February 2026
Source: www.camerounweb.com
Changer le pays ou changer de pays, Jean-Pierre Bekolo, l’auteur camerounais, fait une nouvelle sortie. Une opinion dans laquelle il fait savoir que l’élection présidentielle, c’était pour changer le pays, sans violence, sans guerre, sans effusion de sang, changer tout ce qu’on n’aime pas. Lisons !
L’élection de 2018 avait déjà laissé un goût amer. Celle de 2025 a achevé de convaincre les plus lucides : le changement par les urnes au Cameroun est impossible. On vote, on attend, on conteste, on réprime, puis c’est « circulez, il n’y a rien à voir ».
Issa Tchiroma Bakary pensait changer le pays. Finalement, c’est lui qui a changé de pays. C’est peut-être cela, aujourd’hui, la véritable équation camerounaise : soit vous changez le pays, soit le pays vous change, soit vous changez de pays.
Les plus jeunes observent. Ils comprennent vite la leçon : mieux vaut partir avant d’être changé à son tour. Ceux qui ont voulu transformer le Cameroun ont souvent été absorbés par ses « réalités » — pour ne pas dire ses compromissions. Le système use, façonne, avale et refuse de changer. Ainsi, l’exil est devenu l’horizon mental d’une génération.
Car l’alternance est une transformation qui ne se limite pas aux institutions. Elle descend dans la rue. Elle s’infiltre dans les conversations. Elle modèle les comportements. Lorsque l’alternance politique n’est plus envisageable, l’alternance géographique devient la seule option. On ne change plus le pays. On change de pays.
Pour changer de pays, ils passent des tests de langue plutôt que de débattre de programmes. Ils préparent des dossiers d’immigration plutôt que des projets politiques. Ils apprennent les procédures consulaires pour obtenir des visas avec la même rigueur que d’autres apprenaient autrefois le droit constitutionnel.
Ainsi, le Cameroun est en train de devenir une grande puissance d’exportation humaine. Il exporte ses enseignants et ses infirmiers vers le Canada, condamnant le pays à être moins bien éduqué et moins bien soigné. Il exporte ses jeunes comme soldats, à la fois en Russie et en Ukraine et s’entretuent. Il exporte tragiquement certains de ses enfants vers les profondeurs de la Méditerranée.
Tout cela pour une raison simple : au Cameroun, on ne change pas le pays, on change de pays… si on ne veut pas que le pays nous change par sa corruption et sa misère.
Car lorsque le vote ne permet plus le changement, deux options théoriques restent : la destruction ou le départ. La majorité des Camerounais ne veut ni guerre civile, ni coup d’État, ni chaos. Ils ne veulent pas détruire leur pays. Ils veulent le changement, et ils l’ont prouvé avec la victoire de leur candidat lors de la dernière élection.
Dans un pays où l’élection ne produit plus l’alternance, la vie quotidienne se transforme. On intériorise l’impuissance. La politique devient un spectacle dangereux dont il faut se tenir le plus loin possible. On cesse de parler de projet collectif ; on évolue seul, on ne dit plus ce qu’on pense et on ne pense plus ce qu’on dit. On verse dans débrouillardise et on quitte la citoyenneté. On cherche à entrer dans des réseaux qui permettent de violer les règles et contourner les lois.
Parce que la démocratie n’est pas seulement un mécanisme de vote mais un régime de confiance, le peuple cesse de croire que sa voix peut changer le pays et là, ce n’est pas seulement la politique — c’est le lien social lui-même, le vivre ensemble qui s’affaiblit.
Ce qui se joue aujourd’hui est une érosion lente. Silencieuse. Continue. Toute une génération ne rêve plus de transformer le Cameroun, mais plutôt de le quitter.
Ainsi à force de répéter des élections sans alternance, on fabrique une génération qui ne croit plus au changement. Et puisque l’alternance politique n’est donc plus envisageable au Cameroun, l’alternance géographique devient la seule option. On ne change plus le pays, on change de pays.
Et ce choix migratoire est une véritable crise, un vote-sanction, un référendum silencieux contre — non pas seulement le régime en place — mais contre tous les Camerounais qui en paieront le prix.