Actualités of Thursday, 17 September 2026
Source: www.camerounweb.com
La Cour d'appel du Centre se penche ce jeudi 17 septembre 2026 sur la demande de mise en liberté provisoire de Jean-Pierre Amougou Belinga, détenu depuis plus de trois ans dans le cadre de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo. Une audience qui intervient alors que le procès se poursuit devant le Tribunal militaire de Yaoundé, où le 35e témoin, le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, a livré cette semaine des révélations troublantes sur la disparition d'un téléphone contenant potentiellement la vidéo des tortures.
C'est une nouvelle bataille procédurale qui s'ouvre ce jeudi devant la Cour d'appel du Centre. Les avocats de Jean-Pierre Amougou Belinga, principal accusé dans l'affaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, y défendent une énième demande de mise en liberté provisoire. Le patron du groupe L'Anecdote est incarcéré à la prison de Kondengui depuis son arrestation en février 2023, soit plus de trois ans et demi de détention préventive.
L'examen de cette requête avait initialement été fixé au 20 août 2026, avant d'être reporté au 17 septembre en raison de l'absence du juge assesseur militaire, dont la présence est juridiquement requise pour la tenue de l'audience. Ce n'est pas le premier renvoi dans cette procédure : en juillet 2026, une audience avait déjà été reportée pour une composition jugée irrégulière de la juridiction.
La défense d'Amougou Belinga fonde sa demande sur plusieurs arguments. Me Charles Tchoungang, son conseil, évoque la situation économique de son client, dont les entreprises auraient subi des pertes importantes du fait de sa détention. Il plaide également pour un traitement équitable par rapport à un autre accusé, Bruno Bidjang, qui comparaît libre depuis sa libération en août 2024. La défense invoque enfin une ordonnance de remise en liberté signée en décembre 2023 par l'ancien juge d'instruction Sikati II, document dont l'authenticité est contestée par la justice.
La partie civile fermement opposée
Face à cette nouvelle tentative, la partie civile ne cache pas son opposition. Me Félicité Esther Zeifman, avocate des ayants droit de Martinez Zogo, rappelle que le Code de procédure pénale camerounais interdit toute liberté provisoire pour les infractions punies de la peine de mort ou de l'emprisonnement à vie. Elle met également en garde contre un risque de fuite, soulignant qu'Amougou Belinga disposerait d'un passeport diplomatique centrafricain lui permettant de quitter le pays.
« Qu'est-ce qu'il a de plus que les autres accusés pour être, lui, remis en liberté et pas les autres ? » s'interroge l'avocate, qui dénonce une possible pression de hautes personnalités de l'État pour faciliter cette libération.
Un procès qui se poursuit avec des révélations troublantes
Cette audience à la Cour d'appel intervient alors que les débats au fond se poursuivent au Tribunal militaire. Le 16 septembre, le lieutenant-colonel Dieudonné Bialo, chef du Service central des recherches judiciaires de la gendarmerie nationale et 35e témoin de l'accusation, a poursuivi sa déposition.
Interrogé par Me Félicité Esther Zeifman, le témoin a confirmé que Mélissa Amougou Belinga, épouse de l'accused, avait distrait un iPhone lors du déroulement de l'enquête préliminaire. Selon le lieutenant-colonel Bialo, c'est le tracking des terminaux numériques qui a permis aux enquêteurs de constater l'incorporation du numéro de la puce de cet appareil. Ce téléphone n'a jamais été retrouvé, et son contenu potentiel reste une zone d'ombre majeure du dossier.
Le lieutenant-colonel Justin Danwe avait affirmé avoir transmis une vidéo de la victime à Amougou Belinga via ce téléphone. Mais l'expert Georges Bell Bitjocka avait indiqué que la vidéo avait été extraite du téléphone d'un membre du commando, Vincent Godje. Face à cette contradiction, le lieutenant-colonel Bialo a reconnu devant la cour qu'il s'agissait d'un « ouï-dire ».
Un dossier aux multiples zones d'ombre
Depuis l'ouverture du procès en mars 2024, l'affaire Martinez Zogo est devenue emblématique des lenteurs de la justice camerounaise. Dix-sept accusés comparaissent pour des chefs allant de la torture à la complicité d'assassinat. Parmi eux, outre Amougou Belinga, figurent l'ancien directeur général de la DGRE Léopold Maxime Eko Eko, le lieutenant-colonel Justin Danwe, et le maire de Bibey Stéphane Martin Savom.
Les demandes de liberté provisoire d'Amougou Belinga ont toutes été rejetées jusqu'ici par le Tribunal militaire et confirmées par la Cour d'appel. Cette nouvelle tentative, présentée par certains observateurs comme une stratégie de dilatation du calendrier procédural, a peu de chances d'aboutir en raison de la gravité des faits poursuivis.
L'audience de ce jeudi 17 septembre dira si la Cour d'appel du Centre maintient cette ligne ou si elle ouvre une brèche dans la détention du principal accusé. Pour la famille de Martinez Zogo, qui attend depuis plus de trois ans et demi que justice soit rendue, chaque audience est un nouveau test de patience.