Actualités of Thursday, 17 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Le Cameroun attend son Vice-Président : un poste taillé pour la continuité

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Depuis la promulgation de la révision constitutionnelle du 14 avril 2026, le Cameroun s'est doté d'un poste de Vice-Président de la République. Mais près de six mois après, la fonction reste vacante. Entre prérogatives floues, attentes politiques et spéculations sur l'identité du futur numéro deux, retour sur les contours d'une institution qui redessine l'architecture du pouvoir.

Le Cameroun a un nouveau cadre constitutionnel, mais pas encore son Vice-Président. Promulguée par le président Paul Biya le 14 avril 2026, la révision constitutionnelle introduisant cette fonction a bouleversé l'architecture institutionnelle du pays. Le texte, adopté à une large majorité par le Parlement réuni en Congrès (200 voix pour, 18 contre, 4 abstentions) , modifie plusieurs articles clés de la Constitution, notamment les articles 5, 6, 7, 10, 53 et 66.

Une fonction taillée sur mesure

Contrairement aux modèles américain ou nigérian, où le Vice-Président est élu sur un « ticket » avec le Président, le Vice-Président camerounais sera directement nommé et révocable par le chef de l'État . Cette singularité lui confère un statut particulier : il n'est pas l'élu du peuple, mais le choix personnel du Président.

Ses attributions seront celles que lui confère le Président « dans le cadre d'une délégation expresse » . Autrement dit, son pouvoir sera à géométrie variable, dépendant entièrement de la volonté du chef de l'État. Il est chargé des relations entre la Présidence et le Gouvernement, et assure la liaison entre l'Exécutif et les institutions républicaines . Dans l'exercice de ses attributions, il reçoit une délégation permanente de signature.

Un « dauphin constitutionnel »

La véritable innovation réside dans le mécanisme de succession. En cas de vacance du pouvoir (décès, démission ou empêchement définitif constaté par le Conseil Constitutionnel), le Vice-Président achève le mandat présidentiel en cours . Il ne s'agit plus d'un simple intérim de 20 à 120 jours confié au président du Sénat, comme le prévoyait la Constitution de 2008 , mais d'une succession pleine et entière.

Le Vice-Président prête alors serment et devient Président de la République, avec les mêmes prérogatives, à une exception près : il ne peut ni modifier la Constitution, ni recourir au référendum . En cas d'empêchement du Vice-Président lui-même, c'est le président du Sénat qui assure l'intérim .

Une attente qui pèse

Six mois après la promulgation, la vacance du poste alimente toutes les spéculations. Les « franckistes », ces partisans de Franck Emmanuel Biya, fils aîné du Président, plaident pour une « continuité biologique » et une « paix durable ». D'autres observateurs évoquent les noms de Ferdinand Ngoh Ngoh, ministre d'État et secrétaire général de la Présidence, qui agit déjà comme un quasi-Vice-Président de fait, ou de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du Cabinet civil .

La question de la légitimité démocratique du futur nommé reste posée. Une partie de l'opposition dénonce une « dérive monarchique » et un « coup d'État constitutionnel », y voyant un moyen de contourner le suffrage universel pour imposer un successeur . L'ancien candidat Issa Tchiroma Bakary a qualifié la réforme de « violation des principes démocratiques » .



Le futur Vice-Président devra faire face à des défis considérables : une crise anglophone qui s'éternise, des contentieux internationaux qui se chiffrent en centaines de milliards de FCFA, et une économie sous pression. Sa légitimité, aux yeux des Camerounais et de la communauté internationale, dépendra largement de la manière dont il exercera ses fonctions et de la transparence du processus de nomination.

Pour l'heure, le pays reste dans l'attente. Et cette attente, dans un contexte de transition générationnelle, dit tout de l'importance que revêt ce choix pour l'avenir institutionnel du Cameroun.