Actualités of Wednesday, 2 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Interpellation : sale temps pour le DGSN Martin Mbarga Nguélé

Martin Mbarga Nguélé Martin Mbarga Nguélé

Asongwe Christian croyait avoir signé le contrat de sa vie. En janvier 2018, il conclut un partenariat de type BOT avec la Délégation générale à la Sûreté nationale pour construire et exploiter une boulangerie moderne au sein du CIAP de Mutengene, dans la région du Sud-Ouest. Sept ans plus tard, il affirme avoir investi des millions sur fonds propres et par emprunt, avant de voir son contrat résilié et l'accès au site interdit. Il réclame aujourd'hui une indemnisation.

L'histoire d'Asongwe Christian est celle d'un rêve entrepreneurial devenu cauchemar. Le contrat, signé en janvier 2018, devait lui permettre d'exploiter la boulangerie et le restaurant pendant 25 ans. Mais la crise anglophone, le refus des banques de financer le projet, puis un différend avec le commandant du CIAP ont progressivement fragilisé l'accord.

Une autorisation de reprise... puis l'interdiction d'accès
Selon son récit, le Délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguele, lui aurait personnellement autorisé la reprise des travaux en novembre 2024. Asongwe Christian affirme avoir alors installé de nouvelles machines, acquises grâce à un emprunt de 50 millions FCFA auprès de MITANYEN Credit Union .

Mais le 27 décembre, un appel téléphonique d'un responsable de la DGSN lui aurait ordonné d'arrêter ses activités. Le 14 janvier 2025, l'accès au CIAP lui est interdit. Le contrat est finalement résilié le 22 septembre.

Une dette qui menace son patrimoine
Aujourd'hui, l'entrepreneur se retrouve avec un emprunt de 50 millions FCFA à rembourser, des équipements immobilisés à l'intérieur du CIAP et un bien immobilier hypothéqué en garantie. Il réclame une indemnisation pour ses investissements.

La DGSN, de son côté, lui reproche de ne pas avoir respecté les délais contractuels. L'entrepreneur plaide la force majeure : la crise anglophone qui a paralysé la région. La publication du contrat BOT permettrait de clarifier les responsabilités.



UN ENTREPRENEUR RÉCLAME INDEMNISATION À LA DGSN APRÈS LA RÉSILIATION D’UN CONTRAT SIGNÉ EN 2018
Un entrepreneur camerounais, Asongwe Christian, interpelle la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN) au sujet d’un contrat conclu en janvier 2018 pour la construction et l’exploitation d’une boulangerie moderne et d’un restaurant de grande capacité au Centre d’instruction et d’application de la police (CIAP) de Mutengene. Après plusieurs années de difficultés, des investissements qu’il affirme avoir financés sur fonds propres et par emprunt, puis la résiliation du contrat, l’entrepreneur réclame aujourd’hui une indemnisation.
Selon le récit d’Asongwe Christian, le contrat aurait été signé avec la DGSN le 11 janvier 2018, sous la forme d’un partenariat de type Build, Operate and Transfer (BOT). Ce mécanisme prévoit généralement qu’un opérateur privé finance et réalise une infrastructure, l’exploite pendant une durée déterminée afin de rentabiliser son investissement, avant son transfert à l’administration.
Dans le cas d’espèce, l’entrepreneur affirme que le contrat devait courir pendant 25 ans après la construction et l’équipement des installations. Il devait notamment assurer, selon lui, la restauration des élèves policiers pendant cette période.
UNE BOULANGERIE CONSTRUITE DÈS 2018
Asongwe Christian explique avoir commencé l’exécution du projet dès 2018 en construisant, avec ses ressources personnelles, le bâtiment destiné à accueillir la boulangerie à l’intérieur du CIAP de Mutengene.
Le contrat lui aurait initialement accordé une année pour construire et équiper les installations. Mais l’entrepreneur affirme que l’aggravation de la crise anglophone dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest aurait profondément perturbé son plan de financement.
Selon son témoignage, les banques qu’il avait sollicitées auraient refusé de financer la suite du projet en raison du contexte sécuritaire.
Il affirme avoir alors officiellement informé le Délégué général à la Sûreté nationale, Martin Mbarga Nguele, de l’impossibilité de respecter le calendrier initial.
LA PRÉSIDENCE ET LES SERVICES DU PREMIER MINISTRE SAISIS
Face à ses difficultés, Asongwe Christian indique avoir également écrit à la présidence de la République. Il affirme avoir reçu une réponse transmise par les services du Directeur du Cabinet civil de la Présidence.
En 2019, il aurait également saisi le Premier ministre, chef du gouvernement.
Selon l’entrepreneur, les services du Premier ministre auraient réservé une suite favorable à sa requête en demandant au ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (MINEPAT) d’examiner le projet.
Asongwe Christian affirme qu’un financement d’environ 500 millions de FCFA aurait alors été envisagé pour accompagner le projet.
Il soutient cependant que, lorsque le dossier aurait été transmis à la DGSN pour examen, celle-ci aurait émis un avis défavorable. D’après son récit, il lui aurait alors été indiqué que, s’il ne disposait plus des moyens nécessaires à la poursuite des travaux, il pouvait demander la résiliation du contrat.
Ces différents échanges administratifs devraient être confrontés aux correspondances officielles afin d’en établir précisément la teneur et la chronologie.
UN EMPRUNT DE 50 MILLIONS DE FCFA POUR RELANCER LE PROJET
Refusant d’abandonner, l’entrepreneur affirme avoir finalement recherché une autre source de financement.
Il indique avoir obtenu auprès de MITANYEN Credit Union, une institution de microfinance, un prêt de 50 millions de FCFA.
Cette somme aurait notamment servi à l’acquisition de machines neuves, d’équipements et d’accessoires destinés à la boulangerie.
Les équipements auraient ensuite été installés dans le bâtiment construit depuis 2018 à l’intérieur du CIAP de Mutengene.
Mais c’est précisément à ce moment que le différend aurait pris une nouvelle tournure.
NOVEMBRE 2024 : LA DGSN AURAIT AUTORISÉ LA REPRISE DES TRAVAUX
Asongwe Christian affirme avoir été reçu en audience par le Délégué général à la Sûreté nationale en novembre 2024.
Selon sa version, Martin Mbarga Nguele aurait alors personnellement autorisé la reprise des travaux et contacté le commandant du CIAP de Mutengene afin que l’entrepreneur puisse accéder au site et poursuivre l’installation de ses équipements.
Fort de cette autorisation, Asongwe Christian dit avoir acheminé et installé ses nouvelles machines.
La boulangerie était, affirme-t-il, pratiquement prête à commencer la production de pains et de pâtisseries.
27 DÉCEMBRE 2024 : UN APPEL QUI AURAIT TOUT CHANGÉ
L’entrepreneur affirme avoir reçu, le 27 décembre 2024, un appel téléphonique provenant d’un responsable qu’il présente comme le sous-directeur des finances de la DGSN.
Selon Asongwe Christian, ce responsable lui aurait ordonné d’arrêter ses activités au CIAP et lui aurait déclaré que la DGSN ne le paierait pas et que des démarches seraient entreprises pour faire résilier son contrat.
Il s’agit à ce stade des déclarations de l’entrepreneur. Le responsable concerné et la DGSN devraient pouvoir donner leur version des faits.
LE FORAGE AU CŒUR D’UN AUTRE DIFFÉREND ?
Un autre épisode aurait contribué à détériorer les relations entre l’entrepreneur et la direction du CIAP.
Pour assurer l’approvisionnement en eau nécessaire à la fabrication du pain et des pâtisseries, Asongwe Christian explique avoir réalisé un forage à l’intérieur du centre de formation.
Il affirme que cette initiative aurait provoqué un conflit avec le commandant du CIAP. L’entrepreneur soutient que celui-ci commercialisait de l’eau auprès des élèves policiers et aurait considéré le nouveau forage comme contraire à ses intérêts.
Cette accusation est particulièrement sensible et aucun élément fourni dans le récit ne permet, à lui seul, d’en établir la véracité. Le commandant concerné devrait donc être entendu sur ce point.
Asongwe Christian assure pour sa part n’avoir jamais engagé une quelconque « guerre » contre le responsable du centre.
14 JANVIER 2025 : L’ACCÈS AU CIAP LUI EST INTERDIT
Le 14 janvier 2025, l’entrepreneur et son équipe auraient finalement été empêchés d’accéder au CIAP de Mutengene.
Selon son récit, le commandant du centre lui aurait expliqué avoir reçu instruction du Délégué général à la Sûreté nationale de ne plus le laisser entrer sans une autorisation écrite de ce dernier.
Asongwe Christian dit être alors retourné à Yaoundé afin de rencontrer Martin Mbarga Nguele.
Lors de cette audience, le DGSN lui aurait indiqué ne plus être intéressé par le contrat, lui reprochant notamment d’avoir engagé un conflit avec le commandant du CIAP. Une version que l’entrepreneur conteste.
LE CONTRAT FINALEMENT RÉSILIÉ
Après cette rupture, Asongwe Christian affirme avoir multiplié les correspondances à destination de la DGSN pour obtenir l’autorisation de reprendre l’exploitation de sa boulangerie.
Ses démarches seraient restées sans réponse favorable.
Il affirme avoir finalement reçu, le 22 septembre, une notification de résiliation du contrat, la DGSN lui reprochant notamment de ne pas avoir respecté les délais contractuellement prévus.
L’entrepreneur conteste cet argument.
Il rappelle que les difficultés ayant empêché l’exécution du projet dans le délai initial auraient résulté principalement de la crise sécuritaire qui frappait les régions anglophones et affirme avoir informé la DGSN par écrit de cette situation.
QUI EST PROPRIÉTAIRE DES INSTALLATIONS ?
C’est désormais l’une des principales questions du dossier.
Asongwe Christian affirme que le bâtiment de la boulangerie, les machines acquises grâce à son emprunt ainsi que le forage qu’il a financé se trouvent toujours à l’intérieur du CIAP de Mutengene.
Si ces investissements sont effectivement établis par des factures, contrats de prêt, documents douaniers, procès-verbaux d’installation et autres pièces comptables, la résiliation du contrat soulève nécessairement la question de leur sort.
La réponse dépendra notamment des clauses du contrat BOT de 2018 : conditions de résiliation anticipée, propriété des constructions et équipements, mécanisme de transfert à l’État, force majeure, indemnisation des investissements non amortis et éventuelles obligations de chacune des parties.
UN EMPRUNT QUI MENACE DÉSORMAIS SON PATRIMOINE
Pour Asongwe Christian, l’affaire a désormais des conséquences financières personnelles particulièrement lourdes.
Le prêt de 50 millions de FCFA contracté pour acheter les équipements continuerait de produire des intérêts alors que la boulangerie n’a pas pu générer les revenus attendus.
Plus inquiétant encore, l’entrepreneur affirme avoir donné un bien immobilier en garantie du crédit. Face aux impayés, l’établissement prêteur envisagerait désormais de procéder à la réalisation de cette garantie, ce qui pourrait conduire à la vente du bien.
« Je veux qu’ils me compensent pour toutes mes dépenses », réclame en substance Asongwe Christian.
LA DGSN DEVRAIT CLARIFIER LES CONDITIONS DE LA RÉSILIATION
Cette affaire pose plusieurs questions qui nécessitent désormais des réponses documentées.
Pourquoi la reprise des installations aurait-elle été autorisée en novembre 2024 avant que l’entrepreneur ne soit empêché d’accéder au site deux mois plus tard ? Quel montant Asongwe Christian a-t-il effectivement investi depuis 2018 ? Quelle est aujourd’hui la propriété juridique du bâtiment, du forage et des machines installées au CIAP ? Le contrat BOT prévoyait-il une indemnisation en cas de résiliation anticipée ? La crise anglophone pouvait-elle juridiquement justifier une prorogation des délais ?
Enfin, si un accompagnement de 500 millions de FCFA a effectivement été envisagé à la suite de l’intervention des services du Premier ministre, il serait nécessaire de déterminer précisément la nature de cette décision, les conditions auxquelles elle était soumise et les raisons pour lesquelles elle n’a finalement pas abouti.
À ce stade, le témoignage d’Asongwe Christian expose sa version du différend mais ne permet pas de trancher les responsabilités contractuelles. La publication du contrat BOT du 11 janvier 2018, de ses éventuels avenants, des correspondances échangées avec la DGSN, la Présidence, les Services du Premier ministre et le MINEPAT, ainsi que de la décision de résiliation permettrait d’établir beaucoup plus précisément les responsabilités de chacune des parties.
Pour l’entrepreneur, l’urgence est désormais financière : obtenir une solution sur les investissements immobilisés au CIAP avant que la dette contractée pour réaliser le projet ne lui fasse perdre le patrimoine donné en garantie.
Ainsi va la République