Actualités of Thursday, 27 August 2026

Source: www.camerounweb.com

EXPLOSIF : Emile Bamkoui, le nouveau parrain du trafic de carburant au Cameroun

Le problème dépasse le cas de Bamkoui Le problème dépasse le cas de Bamkoui

L’ancien haut responsable du renseignement militaire camerounais Émile Joël Bamkoui s’est reconverti dans le commerce et la distribution de carburant.

La reconversion annoncée d’Émile Joël Bamkoui dans la distribution et le commerce de carburant doit être traitée comme bien plus qu'une simple histoire d'intérêt personnel. C’est l’occasion de poser une question plus vaste sur le système de gouvernement du Cameroun : quand un pouvoir public extraordinaire passe entre des mains privées, qu’est-ce qui empêche les connaissances et les relations privilégiées de se transformer en richesse privilégiée ? Et si cet acteur privé retourne plus tard au gouvernement : qu’est-ce qui empêche la richesse privée de redevenir un pouvoir public privilégié ? Ce sont des questions auxquelles le Cameroun devrait répondre. Ce sont aussi des questions auxquelles l’Ambazonie devrait répondre dès maintenant — avant même d’avoir l’opportunité de reproduire le système qu’elle critique.

La transition annoncée du colonel à la retraite Émile Joël Bamkoui, issu des hautes sphères de l’appareil de renseignement militaire du Cameroun, vers la distribution et le négoce de carburant mérite de l'attention, mais non pas parce qu’elle prouve automatiquement une quelconque malversation.

Selon le rapport d’Africa Intelligence publié le 17 août 2026, Bamkoui — ancienne figure de proue de l'appareil de sécurité de Paul Biya — a largement disparu de la scène publique depuis sa retraite il y a environ un an. Il se serait désormais orienté vers la distribution et le commerce de carburant, tout en laissant apparemment ouverte la possibilité d’un retour aux affaires publiques.

Ces seuls faits ne prouvent ni corruption, ni enrichissement illicite, ni détournement d’informations de renseignement, ni accès indu aux marchés publics. Mais ils soulèvent une question bien plus vaste : que se passe-t-il lorsqu’un pouvoir public extraordinaire s’oriente vers un secteur commercial privé stratégique — avec la possibilité de revenir ensuite à des fonctions publiques ? C’est cela, la véritable histoire.

Le problème dépasse le cas de Bamkoui

Bamkoui ne doit pas être transformé en symbole d’agissements illicites sans preuves. La question la plus importante est d'ordre institutionnel. Un haut responsable du renseignement ne quitte pas le service public comme un citoyen ordinaire au sens pratique de l’expérience et des accès. Un tel responsable peut transporter des années de connaissances accumulées sur la prise de décision de l'État, la logistique militaire, les infrastructures stratégiques, les systèmes de passation des marchés, les relations commerciales, les priorités de sécurité, les réseaux politiques et les vulnérabilités institutionnelles. Rien de tout cela ne rend une entreprise privée ultérieure illégitime. Les anciens agents publics ont le droit de travailler, d’investir, de créer des entreprises et de bâtir de nouvelles carrières après leur service au sein de l'État.

La question est de savoir si l'État dispose de règles suffisamment solides pour distinguer l’initiative privée légitime après le service public de la conversion d'un accès public en avantage privé. La bonne question n'est donc pas : Pourquoi Bamkoui est-il dans les affaires ? Mais plutôt : Quelles garde-fous régissent le passage de hauts responsables de la sécurité de postes étatiques sensibles vers des secteurs commerciaux stratégiques ?

Pourquoi le carburant n’est pas un commerce ordinaire

La distribution et le négoce de carburant sont des activités commerciales légitimes. Mais le carburant n’est pas une marchandise insignifiante. Il est au cœur des transports, de l’agriculture, de la construction, de l’alimentation électrique de secours, de l’administration publique, de l’industrie, de la logistique, des interventions d’urgence et des opérations militaires. Une pénurie peut paralyser des villes. Une perturbation peut faire grimper le prix des denrées alimentaires. Une défaillance dans la distribution peut affecter les hôpitaux, les entreprises, les institutions publiques et les opérations de sécurité. Le carburant se situe donc à la croisée du commerce et des infrastructures nationales stratégiques.

Cela ne signifie pas qu’il faille interdire à un ancien responsable du renseignement d’entrer dans ce secteur. Cela signifie que la transparence devient particulièrement importante lorsqu'un ancien haut responsable de la sécurité intervient sur un marché touchant à des systèmes nationaux critiques. Les citoyens devraient avoir le droit de savoir s’il existe des règles régissant les conflits d'intérêts, la propriété effective, l'accès aux marchés publics, les relations avec les fournisseurs publics, les décisions réglementaires et l'utilisation des informations acquises au service de l'État. Un système mature ne se fie pas aux simples assurances sur l'honneur d'un individu. Il édifie des règles capables de protéger le public, même lorsqu'un individu n'est pas honorable.

La question des informations privilégiées

Les services de renseignement reposent sur des informations privilégiées. Ces informations peuvent concerner les infrastructures, les gouvernements étrangers, les entreprises, les chaînes d’approvisionnement, les besoins militaires, les installations stratégiques, l’activité frontalière, les acteurs politiques, les vulnérabilités nationales et les priorités de l'État. Les anciens responsables ne peuvent pas simplement effacer ces connaissances de leur esprit lorsqu’ils prennent leur retraite. La solution n’est pas de faire comme si le problème n’existait pas. Elle consiste à établir des limites claires régissant la manière dont les connaissances sensibles, les relations et l’influence peuvent être utilisées après le service public.

De nombreux systèmes utilisent des périodes de carence (cooling-off periods), des obligations de déclaration, des règles sur les conflits d’intérêts, des restrictions en matière de marchés publics et un contrôle parlementaire, précisément parce que la circulation entre charges publiques et affaires privées peut créer des opportunités inaccessibles aux concurrents ordinaires. L’objectif n’est pas de dire que chaque ancien responsable abusera de ces opportunités, mais que les institutions publiques ne doivent pas reposer sur la seule vertu personnelle.

À qui appartient l’entreprise ?

Une autre question mérite toute notre attention : qui possède et bénéficie en dernier ressort des entreprises opérant dans des secteurs stratégiques ? La propriété effective est cruciale car la raison sociale d’une entreprise en dit très peu au public si les véritables intérêts économiques dissimulés derrière elle restent cachés. Si un ancien haut responsable public se lance dans le commerce de carburant, la transparence devrait permettre, lorsque la loi l'autorise, de comprendre la structure de propriété, les administrateurs, les partenaires majeurs, les entités liées et les relations matérielles avec le gouvernement. Qui sont les actionnaires ? Qui a fourni le capital ? Des personnes politiquement exposées sont-elles impliquées ? Les entreprises associées reçoivent-elles des marchés publics ? Existe-t-il des licences préférentielles ? Les décisions réglementaires affectent-elles des intérêts liés ? Les relations commerciales se font-elles aux conditions de pleine concurrence ? Ce sont des questions normales de gouvernance. Elles ne devraient pas devenir taboues au seul motif que la personne impliquée a occupé autrefois un poste puissant au sein de l'appareil de sécurité.

Et s’il retournait à la fonction publique ?

Le rapport d’Africa Intelligence ajoute un autre élément important : Bamkoui n’aurait pas exclu un retour à la fonction publique. Cette possibilité rend la transparence encore plus essentielle. Si un homme d’affaires retourne au gouvernement, qu’advient-il des intérêts commerciaux accumulés dans la vie privée ? Sont-ils déclarés ? Cédés ? Placé sous gestion indépendante ? Les décisions impliquant d'anciens partenaires d’affaires sont-elles restreintes ? Le responsable peut-il influencer des ministères, des organismes de réglementation, des agences de sécurité ou des systèmes de passation de marchés affectant des entreprises dans lesquelles il conserve un intérêt ? Ces questions ne devraient pas dépendre de l'identité du responsable qui revient au pouvoir. Les règles devraient s’appliquer de la même manière aux généraux à la retraite, aux chefs du renseignement, aux ministres, aux gouverneurs, aux régulateurs, aux hauts fonctionnaires et aux conseillers présidentiels. Un État devient digne de confiance lorsque les règles s'attachent aux fonctions et non aux personnalités.

Le problème de gouvernance plus profond du Cameroun

La portée du changement de carrière annoncé de Bamkoui réside donc dans la fenêtre qu’il ouvre sur une culture politique plus large. Le Cameroun fonctionne depuis longtemps à travers des cercles chevauchants d’autorité publique, de loyauté politique, d’influence militaire, de privilèges administratifs, de relations d’affaires et de réseaux d’élites. Lorsque ces relations restent opalescentes, les citoyens ne peuvent pas déterminer facilement où s'arrête le service public et où commence l'avantage privé. Cette opacité nuit à la confiance, même là où aucune illégalite n’a eu lieu.

Un ancien responsable du renseignement peut agir en toute légalité. Mais si le public ne peut pas examiner de manière indépendante la propriété, les contrats, les conflits, les licences et les relations avec l'État, la suspicion devient inévitable. La transparence protège l’ancien responsable tout autant qu’elle protège le citoyen. Elle permet de distinguer la réussite légitime du patronage. Elle permet de distinguer l’investissement légitime de l’accès privilégié. Elle remplace la rumeur par des faits vérifiables. C’est pourquoi la réponse n’est pas le commérage politique, mais la clarté institutionnelle.

La leçon pour l’Ambazonie

Les Ambazoniens devraient résister à la tentation d'utiliser cette histoire simplement pour dire : « Regardez, un autre initié de Yaoundé s'est lancé dans les affaires. » Cela peut susciter des applaudissements, mais cela n'apprend que très peu sur la façon de construire quelque chose de meilleur. La question la plus importante est : Que ferait l’Ambazonie différemment ? Si l’Ambazonie cherche à établir une république constitutionnelle régie différemment du système qu’elle critique, elle devrait répondre à ces questions avant l’indépendance plutôt qu’après un scandale.

Les hauts responsables du renseignement, de la défense, de la réglementation, des marchés publics et du cabinet ministériel devraient être soumis à des restrictions claires après leur service lorsque leur ancienne autorité crée un risque sérieux de conflit d’intérêts. Des déclarations de patrimoine devraient être exigées avant la prise de fonction, pendant le mandat et après le départ de postes de haute confiance publique.

La propriété effective des entreprises sollicitant des marchés publics devrait être divulguée. Les personnes politiquement exposées devraient faire l’objet d'un contrôle renforcé. Les responsables issus du secteur privé devraient déclarer leurs intérêts commerciaux substantiels. Les systèmes de passation des marchés devraient identifier les conflits impliquant d'anciens collègues et partenaires d'affaires. Les agences sensibles devraient établir des périodes de carence applicables le cas échéant.

Les commissions parlementaires et les auditeurs indépendants devraient avoir accès aux informations nécessaires pour enquêter sur les conflits sans compromettre les secrets légitimes de la sécurité nationale. Et il devrait y avoir des conséquences lorsque la fonction publique est délibérément convertie en enrichissement personnel. C'est ainsi que la critique du Cameroun évite de devenir de l'hypocrisie dans un futur État ambazonien.

Qui signe ? Qui paie ? Qui en bénéficie ?

Chaque histoire sur le passage du pouvoir public vers les affaires privées devrait finalement revenir aux questions fondamentales de responsabilité. Qui signe la licence ? Qui attribue le contrat ? Qui réglemente l’entreprise ? À qui appartient l’entreprise ? Qui a fourni le capital ? Qui perçoit les bénéfices récurrents ? Qui a accès à des informations dont ne disposent pas ses concurrents ? Qui supporte le risque en cas d'échec de l’arrangement ? Et qui enquête lorsque quelque chose semble suspect ? Ces questions sont plus utiles que les insinuations. Elles ne présument pas de la culpabilité. Elles identifient les domaines dans lesquels des garde-fous sont nécessaires.

Une république bien conçue part du principe que des conflits d'intérêts finiront par se produire parce que ce sont des êtres humains qui occupent les institutions. Elle bâtit donc des systèmes capables de les détecter et de les gérer. Un État mal conçu attend que le scandale éclate pour réaliser que personne ne sait qui était responsable.

Le pantouflage ne doit pas devenir une autoroute privée

Il n'y a rien d'intrinsèquement mauvais à naviguer entre le gouvernement et le monde des affaires. Les gouvernements peuvent bénéficier de l'entrée dans le service public de personnes ayant une expérience du secteur privé. Les entreprises peuvent bénéficier de la discipline, des connaissances institutionnelles et de l'expérience technique que d'anciens serviteurs de l'État apportent dans l'entreprise.

Le danger surgit lorsque la porte giratoire du pantouflage devient une autoroute privée accessible aux seuls initiés, permettant à l'influence, aux informations, aux licences, aux contrats, aux accès et aux relations personnelles acquises dans le service public de devenir des sources d'avantage concurrentiel privé. C’est précisément pourquoi des règles transparentes sont essentielles. La fonction publique n’est pas un capital personnel. Le renseignement d’État n’est pas une base de données commerciale privée. Les relations militaires ne sont pas des actifs de développement commercial. L’autorité réglementaire ne doit pas devenir le fichier client de demain. Et la confiance publique ne devrait jamais devenir une valeur qu’un responsable peut emporter à la retraite et monétiser à l'abri des regards.

Posez les questions avant de lancer l'accusation

L’histoire de Bamkoui doit donc être abordée avec rigueur. Les informations actuellement disponibles ne démontrent ni corruption ni conduite illégale. Ce point doit être énoncé clairement. Mais rejeter des accusations non fondées n'exige pas de renoncer aux questions sérieuses. À quelles entreprises est-il associé ? Quels intérêts possède-t-il ? Ces entreprises traitent-elles avec l’État ? Des licences, des concessions, des accords d’importation, des relations d'approvisionnement ou des marchés publics sont-ils impliqués ? Quelles règles régissent l'entrée d'anciens responsables du renseignement dans des secteurs stratégiquement sensibles ? Quelles restrictions s’appliqueraient s'il retournait au gouvernement ? Les institutions du Cameroun protègent-elles suffisamment contre les conflits entre intérêts privés et autorité publique renouvelée ? Ces questions sont légitimes précisément parce qu'elles ne préjugent pas des réponses.

La véritable mesure d’une république

La véritable mesure de la gouvernance ne réside pas dans l’interdiction faite aux personnes puissantes de devenir riches. Elle consiste à savoir si la richesse et le pouvoir restent soumis à des règles transparentes. Un ancien chef du renseignement peut devenir un entrepreneur prospère. Un entrepreneur prospère peut plus tard retourner au service du public. Ni l'une ni l'autre de ces transitions n'est intrinsèquement impropre. Mais on ne devrait pas simplement demander aux citoyens de croire que les frontières entre renseignement, politique, commerce et autorité publique se réguleront d'elles-mêmes. Les institutions existent parce que la confiance seule ne suffit pas.

La reconversion annoncée d’Émile Joël Bamkoui dans la distribution et le commerce de carburant doit donc être traitée comme bien plus qu'une simple histoire d'intérêt personnel. C’est l’occasion de poser une question plus vaste sur le système de gouvernement du Cameroun : quand un pouvoir public extraordinaire passe entre des mains privées, qu’est-ce qui empêche les connaissances et les relations privilégiées de se transformer en richesse privilégiée ? Et si cet acteur privé retourne plus tard au gouvernement : qu’est-ce qui empêche la richesse privée de redevenir un pouvoir public privilégié ? Ce sont des questions auxquelles le Cameroun devrait répondre.

Ce sont aussi des questions auxquelles l’Ambazonie devrait répondre dès maintenant — avant même d’avoir l’opportunité de reproduire le système qu’elle critique. Parce que l’objectif ne doit jamais être simplement de remplacer les personnes qui contrôlent la porte giratoire. L’objectif doit être de bâtir des institutions suffisamment fortes pour gouverner la porte elle-même.

Ali Dan Ismael, rédacteur en chef de The Independentist News