Six ans. C'est le temps pendant lequel le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) du Cameroun a fonctionné avec des membres dont les mandats étaient expirés — pendant que s'accumulaient sur sa table des dossiers urgents touchant à l'intégration des magistrats, à la gestion de leurs carrières et à la régulation du fonctionnement de la justice camerounaise. Ce 2 juin 2026, Paul Biya a finalement signé un décret de nominations pour recomposer cette instance constitutionnelle. Mais selon les informations recueillies par notre rédaction, «rien n'indique que l'instance va enfin se réunir» — et cette nomination ne préjuge donc pas d'une reprise immédiate des travaux.
Le décret présidentiel du 2 juin est d'abord un acte de reconduction massive. Sur les quatorze membres concernés, dix sont reconduits pour un nouveau mandat de cinq ans — alors même que leurs mandats précédents avaient expiré depuis au moins un an. Un seul changement notable parmi les titulaires : Ali Mamouda cède son siège à Goni Mariam, ancienne membre suppléante qui accède ainsi au rang de titulaire. Parmi les suppléants, la rotation est plus marquée : Abe Mikhael Ndra, Ernest Njumbe et Amadou Ali sont remplacés par Alioum Fadil, Donald Malomba Esembe, Sockeng Roger et Sali Dahirou — ce dernier désigné directement par le Président de la République.
Le chiffre est accablant : six ans d'inactivité — ou presque. Pendant cette période, les magistrats camerounais ont attendu des décisions sur leurs carrières, leurs affectations, leurs avancements, leurs sanctions éventuelles — dans un vide institutionnel que rien ne justifiait sinon l'absence de volonté politique de convoquer l'instance. Dans un pays où la justice est au cœur de toutes les controverses — affaire Martinez Zogo, affaire Aba'a Oyono, procès des séparatistes anglophones devant les tribunaux militaires, Opération Épervier sélective — laisser dormir le Conseil Supérieur de la Magistrature pendant six ans n'est pas qu'une négligence administrative. C'est un signal envoyé à l'ensemble du corps judiciaire sur la priorité réelle accordée à l'indépendance de la justice.
C'est là le point le plus préoccupant de cette séquence, relevé par l'analyste Nana Paul Sabin : «Cette nomination ne préjuge pas forcément d'une reprise immédiate des travaux du CSM, toujours attendu sur les dossiers en souffrance.» En d'autres termes, nommer des membres ne signifie pas convoquer des séances. Le CSM peut avoir de nouveaux membres avec des mandats frais de cinq ans — et ne pas se réunir. Comme il ne s'est pas réuni pendant six ans malgré l'existence de membres dont les mandats n'avaient pas encore expiré.
Cette situation illustre parfaitement ce que les observateurs de la justice camerounaise dénoncent depuis des années : les institutions existent sur le papier — elles sont créées, composées, dotées de textes fondateurs. Mais leur fonctionnement réel dépend d'une convocation que le pouvoir exécutif peut accorder ou retenir à sa convenance. Et quand la magistrature attend, ce sont les justiciables qui paient le prix de cette attente institutionnelle.
Un signal d'activité présidentielle dans l'attente du grand rendez-vous
Cette nomination du CSM s'inscrit dans la même journée que le décret nommant Madame Ashutantang Gloria Enow Pro-Chancelière de l'Université de Buea — deux actes présidentiels signés le même jour, suggérant une reprise partielle de l'activité normative d'Etoudi. Mais pendant que Souley Onohiolo attend toujours de se raser la barbe, pendant que le Vice-Président reste non nommé et que le remaniement gouvernemental promis depuis novembre 2025 se fait attendre — ces deux décrets ressemblent davantage à une gestion administrative courante qu'au grand mouvement de recomposition institutionnelle que le pays attend.









