Le Président de la République Paul Biya a signé ce mardi 2 juin 2026 deux décrets présidentiels — signaux discrets mais réels d'une activité institutionnelle qui se poursuit au sommet de l'État, alors que le pays attend toujours la nomination du Vice-Président et le remaniement gouvernemental promis depuis novembre 2025.
Le premier décret — numéroté N°2026/200 — nomme Madame Ashutantang Gloria Enow, épouse Some, au poste de Pro-Chancelière de l'Université de Buea, à compter de la date de signature. Une nomination notable à plus d'un titre. D'abord parce qu'elle concerne l'une des universités anglophones les plus symboliques du Cameroun — dont la région du Sud-Ouest est depuis 2016 au cœur de la crise anglophone qui a fait plus de 6 000 morts selon les Nations Unies. Ensuite parce que cette nomination d'une femme à la tête d'une institution universitaire dans une zone sous tension envoie un signal de normalisation institutionnelle que les autorités cherchent à promouvoir. Le décret sera publié «suivant la procédure d'urgence, puis inséré au Journal Officiel en français et en anglais» — la double langue officielle reflétant le caractère particulièrement symbolique de cette nomination pour les communautés anglophones.
Le second décret porte nomination des membres du Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) — institution clé de l'architecture judiciaire camerounaise, chargée notamment de la gestion des carrières des magistrats, de leur nomination et de leur discipline. Quatre personnalités sont désignées. Du côté des personnalités désignées par la Cour Suprême : Oumarou Abdou, Sokeng Roger et Madame Ntyam Ondo, épouse Mengue Zomo. Du côté de la personnalité directement désignée par le Président de la République : Monsieur Sali Dahirou.
Ces nominations interviennent dans un contexte judiciaire particulièrement chargé. Le procès Amougou Belinga dans l'affaire Martinez Zogo est en cours au Tribunal Militaire. L'affaire Aba'a Oyono attend son issue. Et les questions soulevées par Simon-Pierre Mahend Essome sur la sélectivité de l'Opération Épervier restent entières. La composition du Conseil Supérieur de la Magistrature — qui oriente les carrières des juges — n'est donc pas une décision anodine dans ce contexte de pression sur l'indépendance judiciaire.
Ces deux décrets signés le même jour répondent indirectement à la question que Souley Onohiolo — dont la barbe n'a pas encore été rasée — posait il y a quelques jours depuis le plateau d'une télévision yaoundéenne : «Paul Biya a été élu, mais est-ce qu'il gouverne ?» La réponse du 2 juin est : oui — des décrets sont signés, des institutions sont pourvues, la machine de l'État tourne. Mais le grand remaniement gouvernemental attendu, la nomination du Vice-Président promise depuis avril, la recomposition de l'équipe autour de lui — tout cela attend toujours.









