Actualités of Tuesday, 13 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Budget 2026 : Passeport et carte grise désormais liés à la conformité fiscale

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Fini le temps où l'on pouvait obtenir un passeport ou immatriculer son véhicule sans être en règle avec le fisc. Depuis le 1er janvier 2026, l'État camerounais impose la présentation d'une attestation de conformité fiscale (ACF) pour toutes ces démarches administratives. Une mesure radicale qui vise à forcer les Camerounais à entrer dans le circuit formel de l'impôt et à élargir considérablement l'assiette fiscale nationale.



Le gouvernement camerounais frappe un grand coup dans sa guerre contre l'incivisme fiscal. Discrètement glissée dans la circulaire d'exécution du budget 2026, signée le 31 décembre 2025 par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, une disposition pourrait bouleverser le quotidien de millions de Camerounais : désormais, impossible d'obtenir un passeport, une carte grise ou même d'effectuer certaines importations sans présenter une attestation de conformité fiscale.
Une révolution administrative silencieuse
La mesure, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, marque un tournant radical dans la politique fiscale camerounaise. En conditionnant l'accès à des services administratifs essentiels à la régularité fiscale, l'État crée de fait une obligation indirecte de déclaration et de paiement des impôts pour tous les citoyens, y compris ceux qui évoluent dans le secteur informel.
Concrètement, tout Camerounais souhaitant renouveler ou obtenir un passeport devra désormais prouver qu'il est en règle avec l'administration fiscale. Même exigence pour l'immatriculation d'un véhicule ou l'obtention d'une carte grise. Les importations effectuées par des particuliers sont également concernées par cette nouvelle contrainte administrative.



Cette disposition s'inscrit dans une stratégie plus large visant à élargir l'assiette fiscale camerounaise et à mieux capter les ressources générées par le secteur informel, véritable angle mort de la fiscalité nationale.
Les chiffres officiels du ministère des Finances sont éloquents et révèlent l'ampleur du défi : le secteur informel pèserait près de 45% du produit intérieur brut (PIB) camerounais, mais ne contribuerait qu'à hauteur de 5% aux recettes fiscales nationales. Un déséquilibre colossal que le gouvernement entend corriger progressivement.

« C'est une anomalie qu'on ne peut plus tolérer », explique un cadre du ministère des Finances sous couvert d'anonymat. « Comment accepter qu'une si grande partie de l'économie échappe totalement à l'impôt ? Cette mesure vise à forcer tout le monde à entrer dans le circuit formel. »

Le gouvernement mise sur le succès d'expériences précédentes pour justifier cette nouvelle approche contraignante. Le mécanisme de retenue à la source, mis en place ces dernières années, aurait ainsi permis de mobiliser plus de 50 milliards de francs CFA par an, selon les données officielles.

Fort de ce premier succès, l'exécutif espère que le conditionnement de services administratifs essentiels à la conformité fiscale permettra de franchir un nouveau palier dans la mobilisation des ressources internes, réduisant ainsi la dépendance du pays aux financements extérieurs et à l'aide internationale.

Si l'objectif affiché – améliorer les recettes fiscales pour financer le développement – semble louable, la mise en œuvre de cette réforme risque de susciter des tensions et des frustrations dans la population.
De nombreux Camerounais, notamment ceux qui exercent dans le secteur informel par nécessité plus que par choix, pourraient se retrouver dans l'incapacité d'obtenir des documents administratifs essentiels faute de pouvoir justifier de revenus déclarés ou payer des impôts sur des activités parfois précaires.
La question de l'équité se pose également : comment traiter le cas des personnes sans revenus réguliers ? Quid des jeunes diplômés au chômage qui souhaiteraient obtenir un passeport pour tenter leur chance à l'étranger ? L'administration fiscale devra clarifier ces zones d'ombre pour éviter que cette mesure ne devienne un nouvel obstacle bureaucratique.
L'enjeu de la pédagogie et de l'accompagnement
« Une réforme qui, si elle est appliquée avec rigueur et pédagogie, pourrait marquer un tournant dans la mobilisation des ressources internes », note un observateur des finances publiques. Le conditionnel est de mise, car tout dépendra de la manière dont cette mesure sera mise en œuvre sur le terrain.
L'administration fiscale camerounaise devra faire preuve de pédagogie pour expliquer aux citoyens les modalités pratiques d'obtention de cette attestation de conformité fiscale. Combien cela coûtera-t-il ? Quels documents fournir ? Quel sera le délai de traitement ? Autant de questions qui attendent encore des réponses claires.

Un accompagnement sera également nécessaire pour faciliter la transition de milliers d'acteurs économiques du secteur informel vers le formel, notamment en simplifiant les procédures de déclaration et en adaptant les montants d'imposition aux capacités contributives réelles de chacun.


Les services administratifs en charge de la délivrance des passeports et des cartes grises se retrouvent en première ligne de cette réforme fiscale. Ils devront désormais vérifier la conformité fiscale de chaque demandeur, ce qui risque d'allonger considérablement les délais de traitement des dossiers, déjà souvent critiqués pour leur lenteur.

La question de la coordination entre les différentes administrations (impôts, immigration, transports) se posera également. Des systèmes informatiques interconnectés devront être mis en place pour permettre une vérification rapide et fiable de la situation fiscale de chaque citoyen.