Actualités of Thursday, 29 January 2026
Source: www.camerounweb.com
Rebondissement spectaculaire au procès de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo. Devant le Tribunal militaire de Yaoundé, Mme Dang Engoulou, ancienne directrice des affaires générales de la DGRE (2020-2024), a pointé du doigt le colonel Danwe, principal accusateur de Léopold Maxime Eko Eko, toujours détenu malgré l'absence de preuves.
Lors de son témoignage devant le Tribunal militaire, Mme Dang Engoulou, qui a occupé le poste stratégique de directrice des affaires générales de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) entre 2020 et 2024, n'a pas mâché ses mots. "Que le colonel Danwe dise pourquoi et pour qui il a tué Martinez Zogo", a-t-elle déclaré, provoquant une vive émotion dans la salle d'audience.
Cette sortie frontale de l'ancienne responsable de la DGRE marque un tournant dans ce procès qui dure depuis près de trois ans. Elle déplace directement le projecteur sur le Lieutenant-Colonel Justin Danwe, qui a jusqu'ici été le principal accusateur de l'ex-Directeur général Eko Eko.
Rappel des faits : le 17 janvier 2023, Martinez Zogo, animateur et directeur de la radio Amplitude FM, a été enlevé à Yaoundé par des hommes cagoulés. Quelques jours plus tard, son corps était découvert, déclenchant une vague d'indignation nationale et internationale.
Dès le 31 janvier 2023, Léopold Maxime Eko Eko, alors Directeur général de la DGRE, a été convoqué pour un entretien officiel qui s'est transformé en arrestation inattendue. Il a été gardé en détention sans notification préalable ni possibilité de se faire assister par un avocat. Trois ans après, il demeure toujours derrière les barreaux.
Au fil de l'instruction, plusieurs cadres de la DGRE ont déclaré qu'aucune directive officielle n'avait été donnée par Eko Eko concernant l'opération ayant conduit à l'enlèvement et à la mort de Martinez Zogo. Plus troublant encore, le dossier ne contient aucune preuve directe de sa participation aux crimes reprochés.
L'instruction a révélé que l'opération ayant coûté la vie au journaliste aurait été menée sans autorisation officielle et en dehors des procédures de la DGRE. Certains éléments indiquent que le colonel Danwe aurait agi de manière autonome, avec des participants non mandatés par le service.
Le Lieutenant-Colonel Justin Danwe, principal accusateur d'Eko Eko, a produit des déclarations contradictoires au cours des auditions. Il a notamment reconnu à un moment ne disposer d'aucun élément formel contre l'ancien directeur général, avant de revenir sur sa version. Ces contradictions fragilisent sérieusement la thèse d'une implication directe d'Eko Eko.
C'est dans ce contexte que la déclaration de Mme Dang Engoulou prend tout son poids. En tant qu'ancienne directrice des affaires générales de la DGRE pendant la période cruciale (2020-2024), elle dispose d'une connaissance approfondie des procédures internes et des chaînes de commandement au sein du service.
Les documents et témoignages recueillis confirment que Maxime Eko Eko n'a jamais ordonné ni supervisé l'opération fatale. Plus troublant encore, une ordonnance de décembre 2023 aurait dû ordonner sa libération, mais celle-ci n'a jamais été appliquée.
Sa détention continue alimente l'incompréhension des défenseurs des droits de l'homme et de l'opinion publique. Ses conditions de détention ont été critiquées par ses avocats, notamment l'absence de visites de la famille et la cohabitation avec des détenus d'autres affaires sensibles.
Le procès, tenu devant le Tribunal militaire de Yaoundé, attire l'attention des organisations internationales de défense des journalistes et des droits humains. Elles soulignent l'importance de respecter la présomption d'innocence et de garantir une procédure transparente, notamment pour les hauts responsables de la sécurité nationale.
La déclaration de Mme Dang Engoulou soulève de nouvelles interrogations : si le colonel Danwe a effectivement agi de manière autonome, qui a commandité cette opération ? Pour qui travaillait-il réellement ? Quels étaient les véritables commanditaires de l'assassinat de Martinez Zogo ?
Malgré la gravité des faits, les auditions et témoignages montrent clairement que Maxime Eko Eko n'a pas pris part à l'enlèvement ni aux actes criminels. Trois ans après, la question de sa détention continue de susciter débats et inquiétudes.
La communauté nationale et internationale appelle à ce que justice soit rendue dans le respect des droits fondamentaux et de la présomption d'innocence. Le témoignage de Mme Dang Engoulou pourrait marquer un tournant décisif dans cette affaire qui a endeuillé le journalisme camerounais et secoué l'opinion publique.