Actualités of Thursday, 5 November 2026

Source: www.camerounweb.com

Affaire Liyeplimal : Pierre Blériot Nyemeck livré au procureur de la République

'Rembourser ses propres recrues peut être un acte de réparation' 'Rembourser ses propres recrues peut être un acte de réparation'

Le procureur vient d’être interpelé sur le rôle de Pierre Blériot Nyemeck dans l’affaire Liyeplimal, après que celui-ci ait déclaré avoir été conseiller du promoteur pendant plus de huit mois, investi 15 millions de FCFA et remboursé toutes les personnes qu’il avait orientées vers la plateforme.

AFFAIRE LIYEPLIMAL : AU SECOURS, MONSIEUR LE PROCUREUR !
PEUT-ON SE DÉGAGER DE TOUTE RESPONSABILITÉ EN PRÉTENDANT AVOIR REMBOURSER SES PROPRES RECRUES ?


Monsieur le Procureur,
Il y a des déclarations qui, loin de mettre un terme à une polémique, soulèvent davantage de questions. La récente sortie de Pierre Blériot Nyemeck dans l’émission Obama Time en est une illustration.

Interrogé sur son implication dans l’affaire Liyeplimal, l’intéressé affirme avoir été je crois conseiller du promoteur pendant plus de huit mois. Il explique avoir lui-même investi pour une première fois 15 millions de FCFA, qui se seraient multipliés par 25 au moins. Il soutient également avoir remboursé toutes les personnes qui sont passées par lui pour investir dans cette plateforme.

Prenons acte de ses déclarations. Mais prenons surtout le temps de les examiner.

Première question : que représentent exactement les gains annoncés ?

15 millions multipliés par 25 donnent 375 millions de FCFA.
Il a également été question d’un gain de près d’un milliard de FCFA attribué à cette collaboration. Il convient donc de clarifier la nature de ces montants : s’agit-il de gains personnels, de commissions, de revenus cumulés, de bénéfices issus d'opérations financières ou d'autres rémunérations ?

Un milliard annoncé ou 375 millions résultant du calcul présenté. Les chiffres doivent être expliqués, documentés et rapprochés des opérations qui les auraient générés.

Deuxième question : quelle était précisément la nature de sa collaboration avec Liyeplimal ?

Être conseiller d'un promoteur pendant huit mois n'est pas une simple mention biographique lorsqu'il est question d'une entreprise ayant collecté l'épargne du public et suscité de nombreuses contestations.

Quel était exactement son rôle ? Quelle était l'étendue de ses responsabilités ? Participait-il à la stratégie commerciale ?
Contribuait-il à convaincre de nouveaux souscripteurs ? Percevait-il des commissions sur les investissements réalisés par son intermédiaire ? Avait-il connaissance des mécanismes de rémunération et des difficultés rencontrées par les investisseurs ?

Ce sont des questions légitimes. Elles ne constituent pas une condamnation. Elles appellent des vérifications.

Troisième question : rembourser ses propres recrues suffit-il à écarter toute responsabilité ?

C'est ici que le débat devient essentiel.
Pierre Blériot Nyemeck affirme avoir remboursé toutes les personnes qui sont passées par lui. Si ces remboursements sont réels, vérifiables et intégralement effectués, ils méritent naturellement d'être pris en considération.

Mais cela ne répond pas à toutes les questions.

Le remboursement des personnes recrutées par un intermédiaire ne permet pas, à lui seul, de déterminer si cet intermédiaire a contribué au fonctionnement, à la promotion ou à l'expansion d'un système potentiellement frauduleux.

Il faut distinguer deux choses : réparer un préjudice auprès de certaines personnes et établir les responsabilités éventuelles dans le fonctionnement d'un mécanisme ayant pu causer des préjudices à bien d'autres.

Les deux démarches ne se confondent pas. Et c'est précisément là que l'intervention du procureur devient nécessaire.

Rappelons que, dans son communiqué de mise en garde de 2021, la COSUMAF avait expressément cité Global Investment Trading (Liyeplimal) parmi les structures visées par des opérations de collecte irrégulière de fonds auprès du public, assorties de promesses de rendements de 100 à 500 % dans des délais jugés non raisonnables. L'autorité qualifiait ces campagnes de frauduleuses et dénonçait des placements en violation de la réglementation.

Par ailleurs, dans ses Dossiers du MINFI 2023-2024, le ministère des Finances évoque des entreprises ayant fait faillite après avoir mis en place des mécanismes de type Ponzi, et cite notamment Liyeplimal dans ce contexte.

Dès lors, Monsieur le Procureur, il serait regrettable que l'examen des responsabilités s'arrête aux seuls promoteurs, sans que soient éclairés les rôles des différents acteurs ayant participé à la commercialisation et à la diffusion de cette plateforme.

Nous ne demandons pas que Pierre Blériot Nyemeck soit déclaré coupable sur la place publique. Nous demandons que son rôle soit examiné avec la même rigueur que celui de tout autre acteur dont l'implication pourrait être pertinente pour la manifestation de la vérité.

Nous demandons notamment que soient vérifiés :
- La réalité et la nature de ses fonctions de conseiller pendant les huit mois annoncés ;
- Les montants réellement investis, les gains obtenus et l'origine de ces gains ;
- Les éventuelles commissions, rémunérations ou autres avantages perçus ;
- Le nombre de personnes qu'il a personnellement orientées vers Liyeplimal et les sommes concernées ;
- La réalité des remboursements qu'il affirme avoir effectués, avec les justificatifs correspondants ;
- Son niveau d'information sur les alertes, les difficultés de paiement et le fonctionnement financier de la plateforme.

Et surtout, une question fondamentale doit être posée : les rendements annoncés provenaient-ils réellement d'opérations de trading rentables et vérifiables, ou étaient-ils financés, en tout ou partie, par les apports de nouveaux souscripteurs ?

L'invocation des cryptomonnaies ne saurait, à elle seule, tenir lieu d'explication financière. Il faut des comptes, des transactions traçables et des preuves.

Monsieur le Procureur, les Camerounais qui ont perdu leurs économies dans cette affaire ont droit à mieux que des déclarations médiatiques et des assurances personnelles. Ils ont droit à la vérité.

La justice ne doit ni condamner sur la base d'une polémique ni fermer les yeux devant des questions qui méritent d'être éclaircies. Elle doit établir les faits, identifier les responsabilités et déterminer, pour chaque acteur, ce que son rôle engage réellement.

Rembourser ses propres recrues peut être un acte de réparation. Mais est-ce une réponse suffisante à toutes les questions que soulève une affaire de cette ampleur ?

Monsieur le Procureur, c'est à la justice de nous éclairer.

Le Cameroun d'abord, le Cameroun toujours.

Emmanuel Jérémy