Actualités of Monday, 30 March 2026

Source: www.camerounweb.com

A Etoudi, la génération Biya II prend position

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Trentenaires formés à l'étranger, adossés aux réseaux de Chantal Biya, opposés aux baronnies de l'ancienne garde : Jeune Afrique dresse le portrait d'une nouvelle vague de cadres qui redessine silencieusement les équilibres du palais présidentiel.


Ils n'ont pas fait Sciences Po Paris ni l'ENA française. Ils n'ont pas non plus gravi les échelons de la fonction publique camerounaise pendant trente ans au gré des nominations successives. Ils ont entre 28 et 40 ans, parlent anglais avec fluidité, ont étudié en Suisse, en Belgique ou au Canada, et ont rejoint le palais d'Etoudi par des chemins que l'organigramme officiel ne retrace pas toujours fidèlement.

Jeune Afrique révèle l'existence d'un groupe informel — que certains à Yaoundé désignent sous le terme de « la nouvelle intendance » — composé d'une dizaine de cadres trentenaires ou quadragénaires qui ont progressivement investi les fonctions techniques et logistiques de la présidence depuis 2017. Leur point commun : une proximité revendiquée ou supposée avec l'entourage de Chantal Biya, et une capacité à opérer en dehors des circuits bureaucratiques traditionnels.
La carte de la première dame

L'ascension de Cléopasse Medoulou Mengolo, nommé intendant adjoint en 2019 alors qu'il était encore étudiant à l'Enam, illustre de façon emblématique cette dynamique. Mais Jeune Afrique a identifié au moins quatre autres profils similaires ayant accédé, entre 2018 et 2025, à des fonctions sensibles au sein de la présidence — gestion du patrimoine, protocole, coordination logistique des déplacements — dans des conditions qui ont surpris les observateurs de la vie politique camerounaise.

Ces nominations ont en commun d'intervenir sans cursus honorum apparent dans l'administration, et d'être systématiquement associées, dans les cercles informés de Yaoundé, à la recommandation directe ou indirecte de la première dame. « Chantal Biya a toujours eu ses propres réseaux de fidélité, distincts de ceux de son mari, confie une source proche du palais. Depuis 2018, ces réseaux ont commencé à se matérialiser en nominations concrètes. C'est nouveau. »
Une bataille de générations
L'irruption de ces profils dans le paysage de la présidence ne se fait pas sans frictions. Jeune Afrique a recueilli plusieurs témoignages faisant état de tensions croissantes entre cette nouvelle vague et les représentants de l'ancienne garde administrative — ces hauts fonctionnaires qui ont traversé les gouvernements successifs et considèrent le palais comme leur domaine réservé.
Au cœur de ces frictions : la question du contrôle des flux d'informations autour du président. Les cadres de la « nouvelle intendance » ont su s'imposer dans des rôles de proximité quotidienne avec Paul Biya, gérant des accès et des agendas que les circuits traditionnels avaient jusqu'ici verrouillés. Une recomposition qui n'a pas échappé aux grandes figures du cabinet civil, à commencer par Samuel Mvondo Ayolo, dont Jeune Afrique sait qu'il surveille de près cette évolution sans avoir jusqu'ici cherché à la bloquer ouvertement.

Ce qui se joue à Etoudi ne se réduit pas à une querelle de personnes. Plusieurs analystes camerounais consultés par Jeune Afrique y voient une tentative de positionnement en prévision d'une transition qui, même si personne n'ose en préciser l'échéance, occupe de plus en plus les esprits dans les cercles politiques de Yaoundé.

« Ces jeunes cadres construisent leur légitimité sur la loyauté personnelle au couple présidentiel, pas sur les institutions, résume un universitaire camerounais spécialiste des élites administratives. C'est une stratégie cohérente dans le système actuel. La question est de savoir ce qu'elle vaut dans un système qui, un jour, sera différent. »

Pour l'heure, la « génération Biya II » avance ses pions avec méthode. Et à en croire les informations recueillies par Jeune Afrique, plusieurs de ses représentants figurent déjà sur les listes de noms qui circulent en vue d'une éventuelle recomposition du cabinet civil de la présidence. Un mouvement qui, s'il se confirme, marquerait une étape décisive dans la silencieuse recomposition du pouvoir à Yaoundé.