Actualités of Monday, 30 March 2026

Source: www.camerounweb.com

Cléopasse Medoulou Mengolo, l'homme de confiance de Chantal Biya

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Entre protection assumée et influence grandissante, la relation entre la première dame et l'intendant adjoint du palais d'Etoudi intrigue les cercles du pouvoir à Yaoundé. Jeune Afrique a enquêté sur les ressorts d'un lien qui redéfinit certains équilibres au sommet de l'État.



Il y a des présences qui ne s'expliquent pas par les organigrammes. Dans l'entourage immédiat de Chantal Biya, plusieurs visages reviennent avec une régularité que les observateurs de la vie politique camerounaise ont appris à ne pas ignorer. Celui de Cléopasse Medoulou Mengolo en fait désormais partie. Intendant adjoint chargé des Affaires intérieures à la présidence de la République, ce jeune cadre originaire de Meyomessala est progressivement devenu, selon les informations recueillies par Jeune Afrique, l'un des relais les plus actifs — et les moins visibles — de la première dame au sein du palais d'Etoudi.


Quand Cléopasse Medoulou Mengolo est nommé en septembre 2019 à l'intendance du palais, il n'a pas encore terminé sa scolarité à l'Enam. Cette anomalie administrative, relevée à l'époque par plusieurs médias camerounais, est aussi le premier signe visible d'une protection qui dépasse les circuits de nomination habituels. Jeune Afrique a pu établir que sa désignation avait été précédée de plusieurs semaines de consultations discrètes impliquant l'entourage direct de Chantal Biya, bien avant que le décret ne soit officiellement signé.
Ce n'est pas un hasard de parcours. Plusieurs sources convergentes indiquent que la première dame avait pris connaissance du profil de ce jeune homme originaire du Sud — la région natale de Paul Biya — formé en Suisse dans la gestion hôtelière haut de gamme, et aguerri aux codes du service présidentiel lors de ses années à l'InterContinental de Genève. Un profil taillé sur mesure pour les exigences du palais, et pour les siennes propres.


Jeune Afrique révèle que c'est autour d'un événement en apparence privé que la relation entre Chantal Biya et Cléopasse Medoulou Mengolo s'est le plus clairement manifestée aux yeux de l'entourage présidentiel : le mariage du jeune intendant. La présence de la première dame à cette cérémonie, confirmée par plusieurs personnes qui y ont assisté et que notre rédaction a pu joindre, a produit un effet immédiat dans les cercles du palais. « Quand elle apparaît à un mariage, ce n'est pas un geste anodin, confie un haut fonctionnaire camerounais sous couvert d'anonymat. C'est une forme de parrainage public. Tout le monde l'a compris. »

Cette présence a cristallisé ce que beaucoup soupçonnaient déjà : Cléopasse Medoulou Mengolo ne bénéficiait pas seulement d'une bienveillance administrative ordinaire, mais d'une forme de protection personnelle, assumée et visible, de la part de la première dame.


C'est en 2024, dans le cadre de l'affaire qui a opposé Hervé Parfait Mbapou au vice-amiral Joseph Fouda, que cette relation a produit ses effets les plus concrets — et les plus commentés dans les cercles informés de Yaoundé. Judith Marionne Nyandjock, proche parente de Chantal Biya, se retrouve alors interpellée dans le cadre d'une enquête judiciaire à fort retentissement interne. Une situation délicate, potentiellement embarrassante pour la première dame, qui exige une intervention rapide et discrète.
Jeune Afrique a reconstitué le déroulement de cet épisode à partir de plusieurs sources concordantes. C'est vers Cléopasse Medoulou Mengolo que Chantal Biya se tourne pour gérer la situation. L'intendant adjoint mobilise alors ses relais, joue de sa position de proximité avec les rouages administratifs et sécuritaires du palais, et parvient à obtenir la libération de Judith Marionne Nyandjock en court-circuitant les voies hiérarchiques traditionnelles. Une démonstration d'efficacité qui a, selon nos sources, considérablement renforcé la confiance que lui accorde la première dame.

« Il a géré ça sans bruit et sans laisser de traces inutiles, résume une source proche du dossier. C'est exactement ce qu'on attend d'un homme de confiance à ce niveau. »

Cette proximité n'est pas sans susciter des résistances. Jeune Afrique a recueilli les témoignages de plusieurs cadres du palais qui perçoivent la relation entre Chantal Biya et son intendant adjoint comme un facteur de déstabilisation des équilibres internes. La principale critique : l'intendant adjoint disposerait d'un canal d'accès direct à la première dame qui lui permettrait de contourner les hiérarchies établies — notamment celles du cabinet civil dominé par Samuel Mvondo Ayolo et son adjoint Oswald Baboke — pour faire avancer certains dossiers ou bloquer certaines initiatives.
Des accusations de dysfonctionnements dans la gestion administrative, de contestations liées à l'attribution de primes, et de critiques sur ses méthodes de management circulent régulièrement dans les couloirs d'Etoudi. Leurs auteurs ont cependant, jusqu'à présent, systématiquement buté sur le même obstacle : l'évidence de la protection dont bénéficie l'intendant adjoint. « On peut se plaindre, mais à qui ? », résume laconiquement un fonctionnaire de la présidence interrogé par Jeune Afrique.


La question qui agite aujourd'hui les milieux politiques de Yaoundé est celle de la pérennité et de l'évolution de cette relation. Jeune Afrique sait que le nom de Cléopasse Medoulou Mengolo circule depuis le début de l'année 2026 pour une intégration au cabinet civil de la présidence, en cas de recomposition de celui-ci. Une promotion qui le ferait passer du rôle discret de gestionnaire logistique à celui, beaucoup plus exposé, de conseiller politique.

Une telle évolution correspondrait à une logique que plusieurs observateurs de la vie camerounaise décrivent comme caractéristique de la méthode Chantal Biya : adosser progressivement ses hommes de confiance à des fonctions institutionnelles formelles, leur donnant ainsi une légitimité administrative qui s'ajoute à leur loyauté personnelle. « Elle ne met pas tous ses œufs dans le même panier, explique un analyste politique camerounais consulté par notre rédaction. Mais quand elle croit en quelqu'un, elle construit patiemment les conditions de sa montée. »

Pour Cléopasse Medoulou Mengolo, la question n'est peut-être plus de savoir s'il franchira le prochain palier, mais à quelle vitesse — et au prix de quelles nouvelles tensions dans un palais d'Etoudi où chaque promotion est vécue, quelque part, comme une menace.