Actualités Régionales of Tuesday, 29 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Sacre du King Akwa : Un arrêt de la cour suprême alimente la contestation sur fond de bras de fer entre gouverneur et préfet

C'est une  controverse autour du sacre de Louis Din Dika Akwa, prévu le 10 octobre 2026 C'est une controverse autour du sacre de Louis Din Dika Akwa, prévu le 10 octobre 2026

Le différend entre le gouverneur du Littoral et le préfet du Wouri concernant les rites à Mbanya. À l’approche de la cérémonie, trois questions restent donc en suspens : la validité administrative de la succession, sa légitimité coutumière et les conditions de déroulement des cérémonies.

À l’approche du sacre de Louis Din Dika Akwa, annoncé pour le 10 octobre 2026, la controverse dépasse le désaccord administratif sur l’accès au sanctuaire de Mbanya. Des contestataires invoquent un arrêt du 9 septembre pour réclamer la suspension des cérémonies. Le document annule un jugement et renvoie le dossier au Tribunal administratif du Littoral, sans ordonner expressément l’arrêt du processus.

À Douala, le sacre du chef supérieur du canton Akwa se prépare dans un climat de tensions administratives et de contestation coutumière. Alors que le gouverneur du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, rappelle la régularité du parcours administratif de Louis Din Dika, les opposants à sa désignation remettent au premier plan une procédure judiciaire toujours ouverte.

Le document est un extrait du plumitif de la Chambre administrative de la Cour suprême. Il porte la référence arrêt n°59/QD/2026 du 9 septembre 2026, dans l’affaire Elame Claude contre l’État du Cameroun, représenté par le préfet du département du Wouri.

La juridiction déclare le pourvoi recevable et fondé, puis annule le jugement n°421/QD/2023 rendu le 7 décembre 2023 par le Tribunal administratif du Littoral. Elle retourne le dossier à cette juridiction pour qu’il soit statué conformément à la loi et met les dépens à la charge du Trésor public.

La distinction est essentielle : l’acte expressément annulé dans cet extrait est le jugement du tribunal administratif. Le dispositif reproduit ne prononce ni l’annulation d’un acte préfectoral de désignation, ni celle de l’arrêté d’homologation de Louis Din Dika, ni la suspension du sacre. L’extrait ne présente pas non plus les motifs détaillés de l’arrêt. Il établit cependant que le contentieux doit revenir devant le tribunal.

Selon le récit des contestataires, celui-ci s’était initialement déclaré incompétent pour examiner leur recours. Ils voient donc dans la décision de la Cour suprême une étape déterminante pour obtenir l’examen de leurs griefs.

Leur contestation remonte au processus de succession. La famille Bona Dika du village Boneleke, qui se présente comme coutumièrement habilitée à désigner le chef supérieur du canton Akwa-Bonambella, affirme avoir choisi Jean Pascal Ngando Ebongue lors d’un conclave tenu le 13 février 2021.

D’après cette version, la réunion organisée le 15 mars 2022 par le préfet de l’époque, Benjamin Mboutou, n’aurait pas permis une consultation régulière de la notabilité compétente. Les contestataires reprochent à l’administration d’avoir présenté Louis Din Dika comme nouveau chef sans respecter leur rôle coutumier. Ces affirmations constituent leur argumentaire ; l’extrait judiciaire fourni ne les consacre pas comme des faits établis.

Ils invoquent notamment les articles 10 et 11 du décret n°77/245 du 15 juillet 1977. Ces dispositions prévoient des consultations lors de la vacance d’une chefferie et rendent obligatoire celle des notabilités coutumières compétentes. La question de savoir quelles notabilités devaient être consultées, et dans quelles conditions elles l’ont été, se trouve ainsi au cœur du différend décrit.

Cette bataille autour de la succession s’ajoute au désaccord entre le gouverneur et le préfet du Wouri, Sylyac-Marie Mvogo, concernant les rites à Mbanya. Le gouverneur s’était montré favorable à leur déroulement, tandis que le préfet s’opposait à la tenue d’une cérémonie sacrée sur ce site. Ce différend renvoie notamment à un autre contentieux, portant sur la création d’une chefferie de troisième degré à Mbanya. Les deux dossiers ne doivent donc pas être confondus.

Dans son communiqué du 28 septembre, déjà rendu public, le gouverneur rappelle les consultations du 15 mars 2022, l’arrêté n°005/PM du 23 janvier 2023 portant homologation de Louis Din Dika et son installation le 15 juillet 2023. Il affirme que la chefferie peut se déployer conformément à la réglementation et à ses coutumes. Ce texte ne cite toutefois pas le préfet et ne tranche pas explicitement le contentieux renvoyé devant le tribunal.

Les adversaires de la désignation demandent désormais que les cérémonies soient suspendues jusqu’à une nouvelle décision judiciaire, au nom de la préservation de l’ordre public. Il s’agit, à ce stade, d’une revendication de prudence qu’ils adressent aux autorités : aucune suspension expresse ne figure dans l’extrait communiqué.

À moins de deux semaines du sacre annoncé, trois questions restent donc imbriquées : la reconnaissance administrative du chef, la légitimité coutumière contestée de sa désignation et les conditions d’accomplissement des rites. Le renvoi judiciaire laisse ouverte la bataille sur la succession, tandis que le désaccord entre autorités entretient l’incertitude sur le déroulement des cérémonies.

Boris Bertolt