La stratégie de Willy Mengue, visant à contester la convention extraordinaire du MRC prévue le 17 octobre 2026, a échoué. La bataille doit désormais se poursuivre principalement sur le terrain judiciaire, Mengue annonçant de nouveaux recours pour contester la régularité de la convention et la légitimité de la direction du MRC.
Le 1er octobre, Willy Mengue annonçait que « la phase 3 du levier administratif suit son cours ». Le 5 octobre, il s'engageait par acte d'huissier à ne rien perturber le 17 octobre. Décryptage d'une stratégie défaite par son propre auteur.
Nous décrivions récemment la course contre la montre engagée avant la convention nationale extraordinaire du MRC, prévue le 17 octobre 2026 à Odza. Le 1er octobre, Willy Mengue résumait sa démarche sur Facebook : « La phase 3 du levier administratif suit son cours. » Il s'agissait d'actionner l'administration contre son propre parti, par étapes.
Cinq jours plus tard, les actes qu'il a lui-même fait signifier contredisent cette stratégie.
Deux courriers en trois jours
Le 28 septembre, le sous-préfet de Yaoundé IV, Akondi Elvis Mbahangwen, délivre le récépissé de la convention. Le même jour, Willy Mengue et deux co-appelants saisissent la Cour d'appel du Centre. Le tribunal de première instance de Yaoundé-Ekounou s'était déclaré incompétent le 17 septembre, comme l'a rappelé le MRC.
Le 29 septembre, Willy Mengue écrit au sous-préfet. Sa lettre signale des « tensions internes » et des « risques de troubles à l'ordre public » à l'occasion de la convention.
Le 30 septembre, à la requête du MRC et sur instruction de sa présidente par intérim, Tiriane Balbine Nadège Noah, des huissiers interpellent Willy Mengue et Salomon Beas. Selon Me Hippolyte Meli, pour le Collectif Sylvain Souop, les deux hommes refusent de répondre aux questions posées. Le même jour, Me Emmanuel Simh écrit au sous-préfet au nom du parti.
Le 1er octobre, Willy Mengue écrit une seconde fois au sous-préfet. Il conteste la qualité des organisateurs, qualifie son exclusion de « factice » et juge caduques toutes les instances du MRC.
Le procédé n'est pas nouveau. Fin novembre 2025, le même sous-préfet avait interdit la précédente convention du MRC pour « risque grave de trouble à l'ordre public ». Des cadres frondeurs avaient multiplié les signalements internes. La « phase 3 » cherchait à rejouer ce scénario.
Le piège de l'acte d'huissier
Le 5 octobre, Willy Mengue sort de son silence. Me Micheline Tchimdou Mekiage, huissier de justice, sert au MRC une « réplique à sommation » à sa requête. Son conseil est Me Francis Bipan.
Dans cet acte, il se présente comme un « homme de paix et de droit ». Il affirme n'avoir « ni les moyens, ni l'intention » de troubler la convention. Il s'engage formellement « à ne jamais recourir à la violence, aux voies de fait, ou à tout acte matériel de perturbation de la convention du 17 Octobre 2026 ».
Le silence du 30 septembre a donc précédé l'engagement du 5 octobre. Et cet engagement se retourne contre son propre dessein.
Pour interdire une réunion régulièrement déclarée, l'autorité doit invoquer un risque grave pour l'ordre public. Le 29 septembre, Willy Mengue signalait précisément ce risque. Six jours plus tard, il déclare par acte d'huissier qu'il n'en sera pas l'auteur. Il n'y désigne aucune autre source de danger. Son signalement perd ainsi l'essentiel de sa substance.
Il livre même le vrai motif de sa démarche. Le signalement, écrit-il, visait à « éviter tout fait accompli » tant que son appel reste pendant. Ce n'est plus une question d'ordre public, c'est un litige. Or suspendre une réunion dans l'attente d'une décision de justice relève du juge, pas du sous-préfet.
Double posture : la fermeté en ligne, le pacifisme chez l'huissier
Le même jour, Willy Mengue publie un communiqué pour présenter sa réplique. L'engagement de non-violence n'y figure pas.
Le texte met en avant les actes qu'il exige du MRC : la décision faisant de Tiriane Balbine Nadège Noah la présidente nationale par intérim, les procès-verbaux qui l'ont désignée, et l'acte qui aurait habilité Maurice Kamto, démissionnaire selon lui depuis le 25 juin 2025, à approuver les exclusions de Willy Mengue et de Laure Noutchang. Il annonce aussi se réserver le droit de saisir la justice pour usurpation de fonction, menaces et harcèlement.
Devant l'huissier, il se présente en homme de paix. Devant ses soutiens, il se présente en homme qui somme. Cette omission est révélatrice. Elle permet de maintenir une posture d'intransigeance face à l'opinion, alors que l'acte juridique dit l'inverse sur le point décisif.
Hypothèse d'analyse : l'engagement pris devant l'huissier pourrait aussi viser à se prémunir contre toute mise en cause en cas d'incident le 17 octobre.
Le paradoxe central
Les contestataires affirment que la direction du MRC n'a plus aucune légitimité. Dans sa réplique, Willy Mengue somme le parti de justifier la qualité de sa présidente par intérim.
Admettons. Si la direction était vraiment illégitime, la convention serait précisément le moyen de la renouveler. C'est pourtant elle qu'il cherche à faire interdire.
On ne peut pas dénoncer l'absence de direction légitime et empêcher l'instance qui doit en élire une. À moins que l'objectif ne soit pas le renouvellement, mais le blocage.
L'impasse du recours administratif
La « phase 3 » se heurte désormais à trois obstacles.
-Aucune décision de justice n'interdit la convention. Le tribunal de Yaoundé-Ekounou s'est déclaré incompétent. L'appel du 28 septembre est pendant. En l'état, aucune juridiction n'a ordonné la suspension de la convention.
-L'administration a pris acte de la déclaration. Le récépissé a été délivré à Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint n°1 du MRC. Le sous-préfet n'a relevé aucun défaut dans la déclaration. Trancher la légitimité de la direction d'un parti ne relève pas de sa compétence, mais de celle du juge. Le parti déclare, l'administration enregistre, le juge tranche.
-Le motif sécuritaire s'est effondré de l'intérieur. Le seul contestataire qui avait signalé un risque s'est engagé par acte d'huissier à ne créer aucun incident. Il appartient au sous-préfet d'apprécier l'ensemble de la situation. Mais le principal argument posé sur son bureau vient d'être retiré par son propre auteur.
Ce que la « phase 3 » ne règle pas
Le combat ne s'arrête pas pour autant. La réplique se termine sur un avertissement. Faute de réponse du MRC, « toutes voies de droit seront exercées pour contester la régularité de la convention du 17 Octobre 2026 ».
La bataille change de terrain. Elle quitte la sous-préfecture pour les prétoires. En 2025, le MINAT avait refusé de reconnaître les résolutions de la convention tenue à distance. La prochaine épreuve portera sur la reconnaissance de celle d'Odza.
L'enjeu dépasse les querelles de personnes. Le mandat des députés a été prorogé jusqu'au 20 décembre 2026, et les législatives et municipales approchent. Un MRC sans direction reconnue s'exposerait au rejet de ses listes.
En voulant faire de l'administration un levier de blocage, Willy Mengue s'est enfermé dans une contradiction. En garantissant par acte d'huissier qu'il ne recourra à aucune voie de fait le 17 octobre, il a lui-même désamorcé sa « phase 3 ». La voie est libre pour la convention. Celle du contentieux, elle, reste ouverte.
John Lawson









