La montée des tensions entre le PCRN et des militants proches du MRC devient préoccupante. Les désaccords politiques autour des démissions récentes, notamment celle de Nourane Foster, tendent à prendre une dimension communautaire.
Le piège de l'ethno-politique : quand une crise interne devient une guerre de communautés
Dans le Cameroun de l'après-présidentielle 2025, la rivalité entre le PCRN et les militants du MRC vient de franchir un seuil. Ce qui aurait dû rester une recomposition politique ordinaire devient un affrontement identitaire. L'argument communautaire prend la place du débat politique.
Pourtant, on connaît l'origine de la crise. Elle ne tient ni aux relations entre Bassa et Bamiléké, ni à une guerre ethnique au sein de l'opposition. Elle tient à une série de démissions qui fragilisent le parti de Cabral Libii.
UNE QUESTION D'ABORD POLITIQUE
Le 26 septembre 2026, la députée Nourane Foster quitte le PCRN pour le Pacte social pour la gouvernance (PSG). Le même jour, à Douala 5ᵉ, un membre du comité communal démissionne. Une liste de 65 démissionnaires du sous-comité de Sable circule ensuite.
Ces départs posaient une question simple : pourquoi des figures importantes du PCRN s'en vont-elles ? C'était une question de gouvernance, de leadership et d'orientation stratégique.
Le 4 octobre, sur le plateau d'Ernest Obama, Cabral Libii l'écarte. Selon lui, « les démissions ne sont pas des événements ». Le parti accuse réception, dit « bon vent » et tourne la page. Il assure aussi que le PCRN n'a « jamais » connu de problème bamiléké et qu'il a « su échapper » au repli communautaire.
Le lendemain, tout change.
LE GLISSEMENT
Le 5 octobre, le PCRN publie une « Mise en garde ». Il y dénonce des menaces et des intimidations qui viseraient des militants « originaires de l'ouest Bamiléké », à qui l'on reprocherait de soutenir Cabral Libii plutôt que « le Ministre Maurice Kamto ». Le texte va plus loin : il leur serait reproché, « en tant que Bamiléké, de soutenir un Bassa ».
Hier, on se demandait pourquoi des militants partaient. Aujourd'hui, on se demande pourquoi des militants bamiléké fidèles à un leader bassa seraient rejetés.
Ce déplacement n'est pas neutre. Il fait passer l'attention d'une crise interne à une menace extérieure. On ne cherche plus les causes des départs. On examine le comportement supposé du camp d'en face. C'est un procédé classique de communication de crise. Il est d'autant plus frappant que la veille, le président du parti affirmait que le PCRN avait échappé à toute lecture ethnique.
LA CONTRADICTION
Nourane Foster n'a pas rejoint le MRC. Elle a rejoint le PSG, un parti qui, selon des réactions publiées depuis, a été fondé par un dissident du MRC. Quitter le PCRN pour le PSG ne revient donc pas à se rallier à Maurice Kamto.
Logiquement, le PSG devrait être le premier bénéficiaire de ces départs. Le communiqué désigne pourtant l'entourage de Maurice Kamto. Or Kamto a quitté la présidence du MRC le 8 septembre et n'est candidat à rien. La course au présidium du MRC oppose Pierre Emmanuel Binyam et Tiriane Balbine Noah. À quelle candidature des militants auraient-ils donc refusé de se rallier ?
Notre hypothèse est que la réponse est stratégique. Le PSG est une menace locale pour l'organisation du PCRN. Le MRC est une menace nationale pour son leadership dans l'opposition. À l'approche des législatives et des municipales, la question n'est plus seulement de perdre des militants. Il s'agit de savoir qui parlera au nom de l'opposition.
DES MILITANTS DU MRC RÉPONDENT
Le MRC n'a pas réagi officiellement. Ce sont des militants du parti qui ont répondu, à titre personnel. Ils ne nient pas la crise du PCRN. Ils contestent l'explication qu'il en donne.
Leur première objection porte sur les faits. Le communiqué ne cite aucun nom, aucun lieu, aucune date. Qui a menacé qui, où et quand ?
Leur deuxième objection porte sur l'histoire. Des milliers de Bamiléké ont suivi Ruben Um Nyobè, un Bassa, jusqu'au sacrifice suprême. Difficile, dans ces conditions, de soutenir que l'origine bassa de Cabral Libii poserait problème aujourd'hui.
Leur troisième objection porte sur le présent. Pierre Emmanuel Binyam est bassa'a. Selon ses soutiens, une grande partie des militants qui se battent pour lui sont originaires de l'Ouest.
Le silence de la direction du MRC compte aussi. Visé sans être nommé, le parti n'a pas répondu. Ce sont des militants qui ont porté la polémique sur leur terrain. C'est exactement le piège.
LE VRAI DÉBAT N'EST PAS ETHNIQUE
Au fond, le désaccord porte sur la relation avec le régime.
Les détracteurs du PCRN estiment que Cabral Libii a perdu son statut d'opposant de rupture. Sur Obama Time, il a reconnu avoir accepté en 2018 le principe d'une entrée au gouvernement, à condition d'obtenir des garanties du chef de l'État. Il a qualifié la vice-présidence de « bonne intuition ». Il a demandé à Paul Biya de nommer rapidement un proche de confiance, tout en admettant que cela renverrait la présidentielle à 2032.
Le PCRN défend une autre voie : la conquête progressive du pouvoir par les institutions, l'implantation locale et la participation électorale. Il met en avant ses cinq députés, ses sept communes et sa reconnaissance « républicaine » des résultats de 2025.
C'est un conflit de stratégie. On peut défendre cette stratégie ou la combattre. Mais ce n'est pas une affaire d'ethnie.
LE VÉRITABLE PIÈGE
Le danger est que chaque camp s'y enferme. Le PCRN risque d'expliquer ses difficultés par des causes communautaires. Ses adversaires risquent de voir dans chacune de ses prises de position une preuve de connivence avec le pouvoir. Dans les deux cas, le fond disparaît.
Or les vrais chantiers attendent : l'inscription des électeurs, la surveillance des bureaux de vote, la sécurisation des procès-verbaux, la réforme des institutions, la préparation de l'après-Biya et la construction d'une alternative crédible.
Tant que ces questions restent sans réponse, l'espace public s'enlise dans une bataille de récits identitaires.
La véritable fracture ne sépare pas les Bassa des Bamiléké. Elle sépare deux conceptions de l'alternance au Cameroun. Dès que le débat se réduit aux appartenances ethniques, il cesse de porter sur l'avenir du pays.
John Lawson









