Le retrait de Maurice Kamto de la présidence du MRC, annoncé le 8 septembre 2026, pousse à s’interroger sur le silence relatif de certains acteurs politiques et influenceurs qui faisaient auparavant de sa personne leur principal sujet de critique. Cette situation révèle une dépendance d’une partie du débat politique et numérique à la figure de Kamto et interpelle les autres formations d’opposition sur leurs propres projets, leur capacité à préparer la relève et à pratiquer l’alternance en interne.
MAURICE KAMTO PART, ET SOUDAIN… LE BRUIT POLITIQUE S’ÉTEINT : OÙ SONT PASSÉS LES « VRAIS OPPOSANTS » DU CAMEROUN ?
Il faut parfois couper le courant pour savoir quels appareils fonctionnaient réellement… et lesquels ne faisaient que produire des étincelles.
Pendant des années, Maurice Kamto a été présenté par une partie de l’opinion comme le problème de l’opposition camerounaise : celui qui diviserait, affaiblirait ou empêcherait l’alternance.
On l’a attaqué, caricaturé, insulté. Son nom est devenu un sujet permanent de discussion dans les bars, les studios de radio, les plateaux de télévision et, surtout, sur les réseaux sociaux.
Puis, le 8 septembre 2026, Maurice Kamto annonce sa démission de la présidence du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), avec effet immédiat, tout en restant membre du parti.
Et soudain… le silence. Moins de bruit. Moins de grandes démonstrations. Moins de commentaires enflammés.
Alors posons simplement la question :
Si Kamto était réellement le principal problème de l’opposition camerounaise, pourquoi son retrait donne-t-il aujourd’hui cette impression de panne dans une partie de l’écosystème politique et numérique qui le combattait quotidiennement ? Où sont les débats ?
Où sont les grandes analyses ? Où sont ceux qui expliquaient, matin, midi et soir, que Kamto constituait l’obstacle majeur à l’alternance ? Où sont ceux qui faisaient de son nom leur carburant politique quotidien ? Où sont passés les multiples directs Facebook et TikTok ? Le moteur tourne-t-il encore sans Kamto ?
L’ALTERNANCE QU’ON RÉCLAME AUX AUTRES
On réclame l’alternance au sommet de l’État. Très bien. Mais une question dérangeante mérite d’être posée : où est l’alternance à l’intérieur des partis politiques eux-mêmes ?
Le RDPC est dirigé par Paul Biya depuis sa création, le 24 mars 1985, après la transformation de l’UNC en RDPC. Paul Biya est également président de la République depuis 1982.Ce sont des faits institutionnels.
Mais regardons aussi du côté de l’opposition. Bello Bouba Maïgari dirige l’UNDP depuis le congrès de Garoua des 4 et 5 janvier 1992.
Issa Tchiroma Bakary dirige le FSNC depuis la création de cette formation en 2007. La question devient alors difficile à esquiver : Comment peut-on réclamer l’alternance à l’échelle nationale tout en considérant l’alternance interne comme une menace lorsqu’elle concerne son propre parti ?
MAINTENANT, QUE PROPOSENT LES « VRAIS OPPOSANTS »?
Pendant des années, certains ont répété que Kamto était le problème.
Très bien. Kamto n’est plus président du MRC. Alors, faisons fonctionner la machine. Sans son nom. Sans ses déclarations. Sans ses sorties médiatiques. Sans son visage. Sans cette opposition permanente autour de sa personne. Qu’avez-vous à proposer ? Quel est votre programme ? Quel est votre projet de société ? Quel est votre candidat ? Quelle est votre stratégie ? Quelle nouvelle génération êtes-vous prêts à faire émerger ? Et surtout : quel dirigeant politique est prêt à préparer publiquement sa propre succession ?
Quel président de parti acceptera de dire simplement : « Après moi, un autre. ». C’est pourtant cela aussi, la démocratie.
LA TOILE DOIT AUSSI SE REGARDER DANS LE MIROIR
Il y a un phénomène particulièrement révélateur sur les réseaux sociaux. Maurice Kamto alimentait une grande partie de la conversation politique. Ses prises de position suscitaient des réactions. Ses adversaires lui répondaient. Ses partisans le défendaient. Ses détracteurs l’attaquaient.
Les influenceurs commentaient. Les analystes analysaient. Les internautes s’affrontaient. Le courant passait.
Aujourd’hui, ceux qui avaient fait de Kamto leur sujet politique permanent doivent démontrer qu’ils disposent d’une alimentation autonome.
Sinon, le diagnostic est brutal : ils ne produisaient pas nécessairement le débat ; ils consommaient Kamto.
ALORS, OÙ SONT LES « VRAIS OPPOSANTS » ?
C’est précisément là que se trouve ma question.
Je cherche ceux qui expliquaient hier que Kamto était le problème. Je cherche ceux qui prétendaient détenir la solution. Je cherche ceux qui promettaient l’alternance. Je cherche les jeunes qu’ils sont prêts à laisser prendre les commandes. Je cherche les dirigeants capables de dire : « Mon temps est terminé. Place à la relève. ». Je cherche les partis capables de démontrer que leur démocratie ne s’arrête pas à la porte de leur siège national. Et surtout, je cherche ceux qui, maintenant que Maurice Kamto a quitté la présidence du MRC, vont enfin parler de leurs propres projets plutôt que de lui. Parce qu’une chose mérite désormais d’être vérifiée : si le retrait d’un homme suffit à éteindre une partie du débat politique, alors le problème n’était peut-être pas seulement Kamto.
Peut-être que le problème était le circuit.
Et maintenant que le courant est coupé, il faut inspecter toute l’installation. Où sont donc les vrais opposants du Cameroun ? Où sont-ils ? Je les cherche.
En attendant, peut-être que les maîtres à penser envoient quelques messages WhatsApp groupés, que certains viendront réciter, sans les assumer, sur les panels TikTok et les plateaux du dimanche…
Charles Armel MBATCHOU









