Politique of Thursday, 3 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Crise au MRC : Qui finance les agissements d’Okala Ebode, un enseignant qui gagne 405 000 FCFA par mois ?

Okala Ebode ne défend pas les textes du MRC. Il défend sa version de l'histoire Okala Ebode ne défend pas les textes du MRC. Il défend sa version de l'histoire

Au MRC, il est reproché à Thierry Okala Ebode notamment une gestion financière jugée irrégulière en 2019, des manquements disciplinaires et une instrumentalisation du MINAT contre son propre parti. Le témoignage de Me Emmanuel Simh vient réfuter les accusations d’intimidation visant Maurice Kamto.

OKALA EBODE : QUAND LE RÉCIT SE HEURTE AUX FAITS

Depuis plusieurs semaines, Thierry Okala Ebode multiplie les apparitions médiatiques. Sur le plateau d'Obama Time, comme sur d'autres supports, il développe un récit cohérent et soigneusement construit : celui d'un légaliste persécuté, d'un militant loyal qui n'a voulu que défendre les textes de son parti, et qui se retrouve aujourd'hui sanctionné pour avoir dit la vérité. C'est un récit séduisant. C'est aussi un récit que les faits, les témoignages et les documents internes contredisent à chaque étape.

La fausse posture du légaliste

Sur les plateaux, Okala Ebode se présente comme le défenseur intransigeant des statuts du MRC. Il affirme avoir été sanctionné pour avoir voulu faire respecter les textes. Mais son propre parcours dit l'inverse.

En 2019, il accepte de gérer les prisonniers politiques et les finances associées pendant neuf mois — sans aucun fondement statutaire. "Aucun texte ne prévoyait qu'il gère les prisonniers politiques", dit Engelbert Lebon Datchoua, cadre du MRC, dans un live public. Okala exerce cette fonction sans rendre compte au Directoire, au trésorier national, ni aux vice-présidents. Il viole ensuite la ligne politique du parti en soutenant un autre candidat lors des débats internes. Il commet des violations disciplinaires graves, notamment des insultes envers une cadre du Directoire, ce qui entraîne sa suspension.

Un homme qui a géré sans texte, géré sans rendre compte, et violé la discipline interne ne peut se présenter comme le gardien des textes. Sa posture de légaliste est une reconstruction tardive — destinée à masquer un passé de gestion irrégulière et à transformer une exclusion méritée en combat de principe.

Le récit victimologique contredit par un témoin oculaire

Sur les plateaux, Okala décrit une réunion avec Maurice Kamto comme un moment d'intimidation et de menace. Il se présente comme un homme seul face à un leader autoritaire. C'est un récit qui produit son effet sur une audience qui n'y était pas.

Sauf qu'un homme y était. Me Emmanuel Simh — avocat, cadre du MRC, membre du Collectif Sylvain Souop qui défend le parti au tribunal depuis le 9 juillet — apporte un démenti catégorique. Il était présent. Il était assis à côté d'Okala. Et voici ce qu'il dit : "Je me trouvais avec toi chez lui quand il nous a reçus. Nous étions cinq, il nous a donné la parole à tour de rôle, et chacun, y compris toi, s'est exprimé librement. À quel moment a-t-il menacé ? Tu as oublié qu'à la fin de cette longue réunion nous avons partagé, ensemble, un repas dans la bonne humeur ?"

Me Simh n'est pas un militant ordinaire. C'est un avocat — et son témoignage a le poids d'un homme qui sait ce que signifie témoigner sous sa propre responsabilité. Il parle de "grossiers mensonges." Le récit d'Okala est une fabrication a posteriori — destinée à diaboliser la direction du parti et à s'attribuer le rôle du dissident héroïque.

Le point aveugle : la gestion financière

Dans toutes ses interviews, Okala Ebode ne parle jamais de la période 2019. Il ne parle jamais des fonds des prisonniers politiques. Il ne parle jamais des numéros personnels Orange Money et Mobile Money sur lesquels des centaines de millions ont transité sans traçabilité. Il ne parle jamais des 15 000 dollars révélés par un donateur américain sur les réseaux sociaux. Il ne parle jamais de l'audit interne ordonné par le Directoire — dont les résultats, selon Datchoua, ont été "catastrophiques." Il ne parle jamais du refus de rendre des comptes pendant un an et demi.

Ce silence n'est pas un oubli. C'est une stratégie. Car c'est précisément dans cet épisode que se trouve la clé de tout ce qui vient ensuite. La mise à l'écart financière, la nomination de trésoriers intérimaires pour remplacer son rôle, la demande de comptes qu'il a refusé de donner — c'est là que la rancœur a pris racine. Et c'est cette rancœur, accumulée depuis 2019, qui s'est transformée en dissidence politique en 2025.
Son silence sur cet épisode est l'aveu le plus révélateur de tout son discours.

La contradiction ultime : sauver le parti en le livrant à ses ennemis

Okala Ebode dit agir en militant loyal, cherchant à sauver le MRC par des recours juridiques. Il brandit la lettre du MINAT comme un trophée de légalité. Mais voici ce que les faits disent : au moment où il saisit le MINAT, il est déjà exclu du parti. Il demande à l'État — l'adversaire historique du MRC, celui qui a emprisonné ses cadres, interdit ses conventions, bloqué son siège — de bloquer les activités du parti, d'invalider sa Convention, et d'empêcher son fonctionnement.

Me Simh résume cette incohérence avec une formule qui dit tout : "Tu prétends vouloir le sauver, en le livrant à ses pires ennemis."

Un militant ne saisit pas l'État pour détruire son propre parti. Un légaliste n'invoque pas une loi inapplicable — la loi 90/055 sur les réunions publiques — pour contester une Convention interne. Et un homme qui prétend défendre les textes ne demande pas au MINAT, qui n'a aucune compétence sur les conventions internes des partis, de valider sa contestation.

Une question de cohérence : qui finance cette campagne ?

Il y a une dernière question que les faits disponibles autorisent à poser — sans y répondre, mais sans l'esquiver non plus.

Sur un plateau de télévision, Okala Ebode a lui-même déclaré gagner 405 000 FCFA par mois en tant qu'enseignant à l'université de Douala. C'est un salaire de fonctionnaire modeste — celui d'un cadre académique moyen. Or depuis plusieurs semaines, Okala multiplie les apparitions médiatiques, se déplace, coordonne avec un cabinet d'avocats, participe à des émissions sur plusieurs chaînes, et soutient physiquement la procédure judiciaire de Mengue au tribunal d'Ekounou. Une campagne médiatique de cette ampleur et de cette durée a un coût réel — en temps, en déplacements, en honoraires, en coordination.

La question est simple : qui finance ?

Elle devient plus précise quand on observe deux faits simultanés. La lettre du MINAT adressée à Okala a été produite le 18 août — le jour même du délibéré judiciaire attendu dans l'affaire Mengue. Et Okala s'est rendu physiquement au tribunal pour soutenir Mengue lors des audiences. Ce ne sont pas deux militants partageant les mêmes griefs de manière indépendante. Ce sont deux acteurs dont les actions sont coordonnées dans le temps et dans l'espace — l'un fournissant la munition administrative, l'autre fournissant la munition judiciaire, au même moment, contre la même cible.

Nous n'affirmons pas que cette coordination est financée par le régime. Nous n'avons pas cette preuve. Mais nous observons que la question existe — et qu'un enseignant à 405 000 FCFA par mois ne finance pas seul une campagne de cette nature et de cette durée.
Les faits sont là. Les conclusions appartiennent au lecteur.

Ce que ce récit révèle

Le discours d'Okala Ebode repose sur une stratégie claire : se présenter comme un légaliste persécuté, effacer son rôle dans la gestion opaque de 2019, transformer une exclusion disciplinaire en martyr politique, instrumentaliser le MINAT pour régler des comptes internes, et réécrire l'histoire pour se repositionner médiatiquement.

Mais les faits, les témoignages et les documents internes disent autre chose. Un homme dont le parcours est marqué par des manquements graves, des violations statutaires, des récits fabriqués et une rancœur profonde. Un dissident qui tente de reconstruire son image en inversant les rôles : le fautif devient le légaliste, le sanctionné devient la victime.

Okala Ebode ne défend pas les textes du MRC. Il défend sa version de l'histoire. Et sa version, confrontée aux faits, ne tient pas.

John Lawson