Politique of Monday, 31 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Crise au MRC : Voici comment Maurice Kamto peut encore déjouer le plan d’Atanga Nji

'Ni le vice-président ni le secrétaire général ne peuvent investir seuls les candidats' 'Ni le vice-président ni le secrétaire général ne peuvent investir seuls les candidats'

La crise juridico-politique qui entoure le MRC pourrait constituer un « piège » visant à fragiliser durablement Maurice Kamto et son parti. Maurice Kamto peut faire un repli stratégique, notamment en laissant provisoirement la présidence à Mamadou Mota, afin de préserver le MRC, de reconstruire sa légitimité et de renforcer ses liens avec l’électorat du Septentrion.

Le piège Yebga : comment Atanga Nji pourrait chercher à enfermer le MRC — et comment Maurice Kamto peut encore le déjouer.

Le scénario qui se dessine autour du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) rappelle étrangement l’épisode Yebga : créer une situation juridico-politique suffisamment confuse pour placer le parti devant une alternative impossible, puis exploiter cette impasse pour neutraliser sa direction et, au passage, durablement écarter Maurice Kamto.

Mais ce piège, aussi savamment conçu soit-il, n’est peut-être pas sans issue.

Une porte de sortie existe. Elle pourrait même consister, paradoxalement, pour Maurice Kamto, à accepter un repli stratégique, en laissant provisoirement la présidence disputée du parti à son premier vice-président, Mamadou Mota, afin de préserver l’essentiel : la continuité du mouvement, sa participation à la vie politique et la possibilité de reconstruire ultérieurement une légitimité incontestable.
Ni le vice-président ni le secrétaire général ne peuvent investir seuls les candidats

C’est ici que les textes du MRC prennent toute leur importance.
L’article 18 des statuts prévoit notamment, en son alinéa c, que le Directoire national se réunit sur convocation du président national ou de tout autre membre désigné par lui.

L’alinéa d précise, quant à lui, que le Directoire national investit les candidats du parti aux consultations nationales, à l’exception de l’élection présidentielle.

La conséquence paraît difficile à éluder : ni un vice-président, ni le secrétaire général ne disposent, à eux seuls, du pouvoir statutaire d’investir les candidats du parti aux élections municipales et législatives.

Autrement dit, il ne suffit pas de disposer d’un titre ou d’occuper une fonction au sein de l’appareil du parti pour pouvoir juridiquement convoquer l’organe compétent et engager celui-ci dans le processus d’investiture.

Le problème est ailleurs : qui peut encore convoquer le Directoire ?
C’est ici que se trouve le véritable nœud du problème.

Dans la configuration actuelle, si la qualité de président national est elle-même contestée, la difficulté ne porte plus simplement sur l’identité de celui qui dirige politiquement le parti. Elle touche à la validité des actes des organes dont la compétence découle précisément de cette présidence.

Si l’article 18 subordonne la convocation du Directoire national à une initiative du président national — ou d’un membre expressément désigné par lui —, que devient cette procédure lorsque la qualité juridique du président lui-même est contestée ?

On entre alors dans une véritable impasse institutionnelle.
Et cette impasse est d’autant plus sérieuse que le président national n’est pas élu isolément. Selon les statuts, il est élu au scrutin de liste, aux côtés notamment des vice-présidents, du secrétaire général et du trésorier national.

Dès lors, si l’élection de la tête de liste est juridiquement remise en cause, c’est toute l’architecture issue de cette même élection qui se trouve fragilisée.

Le paradoxe du Directoire national

Un autre élément mérite d’être souligné : c’est précisément le président national dont la convention élective vient d’être contestée par le ministère de l’Administration territoriale (MINAT) qui intervient dans la désignation des membres du Directoire national.
Le paradoxe est donc saisissant.

Si l’autorité du président national est contestée, les organes nationaux dont la composition et le fonctionnement reposent sur cette autorité se trouvent eux-mêmes placés dans une situation pour le moins délicate.

On ne peut pas, d’un côté, contester la source de la légitimité et, de l’autre, continuer à tirer de cette même source tous les actes juridiques nécessaires au fonctionnement du parti comme si rien ne s’était passé.
C’est précisément ce qui pourrait constituer le piège Yebga : placer le MRC dans une situation où chacune des solutions ordinaires devient juridiquement contestable.

L’impasse électorale

La difficulté prend une dimension supplémentaire à l’approche des élections municipales et législatives.

Si le Directoire national est l’organe compétent pour investir les candidats et si, dans le même temps, sa convocation régulière est juridiquement problématique, comment le parti peut-il procéder à des investitures valables ?

Et surtout : qui pourrait légalement prendre cette décision à sa place ?
Certainement pas, en l’état des dispositions invoquées, un vice-président agissant seul.

Pas davantage le secrétaire général, dont les pouvoirs ne sauraient être étendus au-delà de ceux que lui confèrent les statuts.

C’est là que le piège se referme : toute tentative de contourner l’organe statutairement compétent pourrait à son tour fournir matière à contestation.

Maurice Kamto dispose pourtant d’une carte

C’est ici que pourrait se trouver la sortie par le haut.
Si l’objectif véritable est de préserver le MRC plutôt que de s’accrocher coûte que coûte à une présidence devenue le centre d’une bataille juridico-politique, Maurice Kamto pourrait envisager un repli stratégique.

Céder provisoirement la présidence disputée à son premier vice-président, Mamadou Mota, ne signifierait pas nécessairement une capitulation. Cela pourrait au contraire constituer une manœuvre tactique permettant de sortir du face-à-face institutionnel et de replacer le débat sur un terrain où la légitimité du parti pourrait être entièrement reconstruite.

L’objectif ne serait plus de défendre à tout prix une situation contestée, mais de rétablir une base juridique incontestable pour l’ensemble de l’organisation.

Une stratégie qui aurait peut-être pu éviter le piège

Avec le recul, on peut même se demander si cette stratégie n’aurait pas dû être adoptée dès l’élection présidentielle du 12 octobre 2025.
Si Maurice Kamto avait alors choisi une démarche comparable, dans son esprit, à celle adoptée par Ousmane Sonko au Sénégal — tout en reconnaissant que les deux configurations politiques, juridiques et institutionnelles ne sont évidemment pas identiques —, le fameux piège Yebga aurait probablement perdu une grande partie de sa portée.

Une telle approche aurait consisté à privilégier la préservation de l’appareil politique et de la dynamique collective plutôt que l’affrontement frontal autour d’une position institutionnelle devenue hautement contestée.

Dans cette hypothèse, Kamto n’aurait peut-être pas été contraint de quitter le parti pour ensuite le réintégrer dans les conditions que l’on connaît.
Mais surtout, il faut mesurer le coût d’une bataille judiciaire prolongée.

Toute procédure judiciaire engagée dans les circonstances actuelles risque de se retourner d’abord contre la partie saine du MRC. Celle-ci n’a, au fond, rien à gagner à s’enfermer dans un bras de fer institutionnel avec un ministre dont les adversaires dénoncent régulièrement la propension à faire peu de cas des règles de droit.

Il ne s’agit évidemment pas de renoncer au droit. Il s’agit de comprendre que le droit et le rapport de forces ne fonctionnent pas toujours dans la même temporalité et que, lorsqu’une institution politique est fragilisée, la meilleure stratégie peut parfois consister à éviter de lui faire supporter le poids d’un affrontement dont l’issue demeure incertaine.

Faire d’une pierre deux coups : le pari du Septentrion

Mais cette option aurait peut-être une autre vertu, plus politique celle-là : faire d’une pierre deux coups.

La désignation de Mamadou Mota à la tête du MRC pourrait constituer un signal particulièrement fort à l’endroit du Septentrion, dont une partie de l’électorat s’était progressivement éloignée du parti.

Elle offrirait l’occasion de tourner une page et, surtout, de corriger l’image dégradée qu’une partie de l’opinion septentrionale avait pu garder du MRC à la suite des affrontements verbaux, parfois particulièrement malheureux, avec les sympathisants et les soutiens d’Issa Tchiroma Bakary.

Il ne faudrait évidemment pas se raconter d’histoires : la désignation de Mota ne suffirait pas, à elle seule, à reconquérir le Septentrion. Une région aussi vaste, politiquement diverse et historiquement structurée ne se gagne ni par un symbole ni par une nomination.

Mais la politique est aussi affaire de symboles, de signaux et de gestes qui permettent de rétablir progressivement la confiance.

Or Mamadou Mota présente, sur ce terrain, un profil singulier. Originaire du Septentrion et longtemps identifié comme l’un des cadres importants du MRC, il pourrait incarner une volonté de réconciliation politique avec une partie de cet électorat, sans que cette ouverture ne signifie pour autant un reniement des convictions ou du projet du parti.

Ce serait surtout l’occasion de faire passer un message simple : le MRC ne confond pas ses adversaires politiques avec les populations qu’ils représentent.
C’est un point essentiel.

Les échanges acrimonieux qui ont opposé certains militants du MRC aux partisans d’Issa Tchiroma ont pu laisser des traces. Or une formation politique qui aspire à exercer le pouvoir national ne peut durablement se permettre de donner à une partie du pays le sentiment qu’elle lui est hostile ou qu’elle la regarde avec condescendance.

Dans une élection nationale, chaque région compte, chaque communauté compte et, surtout, chaque électeur doit pouvoir se reconnaître dans le projet politique qui lui est proposé.

La présence de Mamadou Mota à la tête du parti pourrait donc être présentée comme davantage qu’un simple arrangement interne destiné à résoudre une difficulté statutaire. Elle pourrait devenir un geste de réconciliation nationale, un message adressé aux électeurs du Nord, de l’Extrême-Nord et de l’Adamaoua : le MRC entend leur parler, les écouter et leur accorder toute leur place dans son projet politique.

Ce serait également une manière intelligente de dissocier le parti des querelles conjoncturelles qui ont pu opposer certains de ses militants à des personnalités politiques du Septentrion.

Car il ne faut jamais confondre la rivalité entre appareils politiques et le sentiment d’appartenance des populations.

Les électeurs du Septentrion ne sont la propriété d’aucun homme politique. Ils ne sont pas davantage condamnés à rester prisonniers des ressentiments nés d’une campagne électorale ou d’échanges verbaux entre militants.

Dans cette perspective, Mamadou Mota pourrait jouer le rôle d’un pont politique plutôt que celui d’un simple remplaçant institutionnel.
Et c’est précisément là que l’opération pourrait devenir particulièrement intéressante pour Maurice Kamto.

En renonçant momentanément à une présidence devenue juridiquement et politiquement encombrante, il ne perdrait pas nécessairement du terrain. Il pourrait au contraire transformer une contrainte en opportunité, en donnant au MRC une nouvelle incarnation, en desserrant l’étau institutionnel et en envoyant simultanément un signal de réconciliation à une partie de l’électorat qui avait pris ses distances.

Autrement dit : sortir par le haut du piège juridique tout en élargissant la base politique du parti.

Ce serait une manière de rappeler une vieille vérité de la politique : lorsqu’un obstacle ne peut être frontalement renversé, il est parfois plus habile de le contourner — et de profiter du mouvement pour gagner du terrain ailleurs.

Dans cette hypothèse, Mamadou Mota ne serait donc pas seulement celui qui permettrait au MRC de sortir d’une impasse statutaire. Il pourrait devenir le visage d’un nouveau départ, notamment vers un Septentrion qu’il faudrait cesser de considérer uniquement comme un réservoir électoral pour commencer à reconquérir par le respect, l’écoute et la considération.

Et si cette manœuvre permettait simultanément de neutraliser le piège Yebga, de préserver l’unité du MRC et de renouer avec une partie de l’électorat septentrional, alors Maurice Kamto aurait effectivement réussi à faire d’une pierre trois coups.

La voie judiciaire reste néanmoins la plus solide sur le plan institutionnel

C’est pourquoi, si l’affrontement judiciaire doit avoir lieu, l’issue la plus cohérente demeure celle que certains avaient anticipée avant même que la situation actuelle ne se cristallise : l’aboutissement de la requête introduite devant le tribunal d’Ékounou, avec la désignation d’un mandataire judiciaire ad hoc chargé d’une mission précise et temporaire : organiser une convention élective conforme aux statuts du MRC et à la réglementation applicable, notamment la loi de 1990 relative aux partis politiques.

Une telle solution aurait le mérite de sortir le parti du face-à-face politique et de replacer la question sur le terrain du droit.
Le mandataire n’aurait pas vocation à gouverner durablement le parti. Sa mission serait au contraire limitée : rétablir le fonctionnement régulier des institutions du MRC en organisant une convention élective incontestable.

Une fois cette convention organisée dans le respect des textes, le parti retrouverait une direction disposant d’une légitimité statutaire et juridique difficilement contestable.

Ne pas confondre recul tactique et défaite

C’est peut-être là que réside toute la subtilité de la situation.
En politique, reculer n’est pas nécessairement renoncer. Il existe des moments où s’accrocher à une position, même légitime politiquement, peut conduire à perdre davantage que ce que l’on espérait préserver.

Maurice Kamto pourrait donc avoir intérêt à ne pas jouer le jeu de ceux qui chercheraient à transformer la bataille autour de sa personne en une crise existentielle du MRC.

Laisser momentanément la présidence disputée, préserver l’organisation, obtenir judiciairement la désignation d’un mandataire ad hoc, organiser une convention élective régulière et repartir ensuite sur des bases juridiquement incontestables : voilà ce qui pourrait transformer un piège en opportunité.

Le véritable enjeu n’est finalement peut-être pas de savoir qui occupera demain le fauteuil présidentiel du MRC, mais de savoir si le parti sera capable de sortir de cette crise avec des institutions suffisamment solides pour que plus personne ne puisse en contester la légitimité.

Et c’est précisément pour cette raison que le piège, aussi habile soit-il, n’est pas forcément fatal.

Encore faut-il accepter de ne pas jouer la partie selon les règles imposées par l’adversaire.

JPD