Politique of Tuesday, 21 July 2026

Source: www.camerounweb.com

Dernière minute - Vice-présidence : Chantal Biya lâche Ngoh Ngoh et Baboké

Ils ont perdu toute crédibilité comme successeurs potentiels Ils ont perdu toute crédibilité comme successeurs potentiels

Le clan dit de la « Nangasphère », articulé autour de Chantal Biya et de Ferdinand Ngoh Ngoh, a compromis ses propres ambitions dans la succession de Paul Biya en raison de rivalités internes et d'erreurs stratégiques. Ferdinand Ngoh Ngoh et Oswald Baboké, présentés comme deux figures clés du clan, a été affaiblis par différentes affaires et ont perdu toute crédibilité comme successeurs potentiels. Les luttes de pouvoir internes ont conduit le clan à abandonner ses ambitions présidentielles pour se concentrer sur le contrôle de postes stratégiques, notamment à la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH).

LA NANGASPHÈRE SE DÉVORE : COMMENT UN CLAN A PERDU LA SUCCESSION SANS ADVERSAIRE

Un clan puissant ne tombe presque jamais sous les coups de son ennemi. Il tombe sous les siens. C'est l'histoire que raconte l'été 2026 au sommet de l'État camerounais. La Nangasphère, cette faction bâtie autour de Chantal Biya et de Ferdinand Ngoh Ngoh, du nom de Nanga-Eboko dont la Première Dame est originaire, n'a pas été renversée par un camp plus fort. Elle s'est défaite seule, par excès, par imprudence, par voracité. Et le plus sûr signe de sa défaite n'est pas un procès. C'est un repli.

I. La chute simultanée de Ngoh Ngoh et de Baboké

Pendant des années, ce clan a cru qu'il pourrait encadrer la succession de Paul Biya, peut-être la verrouiller. Cette ambition reposait sur deux hommes. Ferdinand Ngoh Ngoh d'abord, la voie institutionnelle, secrétaire général de la présidence, l'homme des dossiers sensibles et des nominations. Oswald Baboké ensuite, la voie affective, directeur adjoint du cabinet civil, plumitif des Biya dont il a chanté l'action dans plusieurs ouvrages, porte-parole officieux, l'homme qui murmure à l'oreille du couple présidentiel. Un dauphin administratif et un dauphin de cœur. Sur le papier, une stratégie complète.

Cette stratégie vient de s'effondrer. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de la chute physique des deux hommes. Ngoh Ngoh reste à son poste, et nous verrons qu'il y manœuvre encore. Il s'agit de leur chute comme prétendants à la succession. En quelques semaines, presque en même temps, les deux piliers ont été disqualifiés comme héritiers possibles. Et chacun l'a été par sa propre faute.

Baboké, pris deux fois

Le premier pilier est tombé par l'or, puis par un faux décret. Paul Biya a lui-même ordonné une enquête en février 2026, après que la Sonamines eut constaté des écarts vertigineux entre l'or officiellement exporté et les volumes vendus à Dubaï. Le rapport de l'ITIE donne la mesure du gouffre, 22,3 kilogrammes déclarés en 2023 quand près de quinze tonnes atterrissaient dans les Émirats. Confiée au Tribunal criminel spécial, l'enquête est remontée jusqu'au cabinet civil de la présidence. Oswald Baboké, directeur adjoint de ce cabinet et longtemps donné comme le candidat de Chantal Biya à la vice-présidence, a été entendu à trois reprises. Selon le dossier rapporté par Jeune Afrique, il serait soupçonné d'être mêlé à certains des réseaux du trafic. Le 29 juin, 74 permis miniers ont été annulés.

L'or n'était pas son seul front. Le 12 juin, un homme s'est présenté à la télévision publique pour y faire lire un faux décret présidentiel nommant un vice-président. L'enquête a établi que le document original portait le nom de Baboké. Entendu le 7 juillet par la sécurité présidentielle dans une affaire que les services qualifient de tentative de coup d'État institutionnel, il dénonce, par la voix de ses proches, un montage destiné à l'abattre. Pris par le métal et par le décret, le dauphin de cœur a vu sa piste s'effondrer.

Ngoh Ngoh, ou l'imprudence du dauphin

Le second pilier est tombé autrement, par excès de zèle et par un dossier ancien et sanglant. Ce dossier, c'est l'assassinat de Martinez Zogo, ce journaliste d'investigation enlevé, torturé et tué en janvier 2023. Parmi les dix-sept accusés jugés devant le tribunal militaire de Yaoundé, aux côtés de l'homme d'affaires Jean-Pierre Amougou Belinga et de cadres du renseignement, figure Martin Savom, ancien maire de Bibey, poursuivi pour complicité d'assassinat et complicité de torture. Or Savom est réputé proche du secrétaire général, et Africa Intelligence a accusé ce dernier d'avoir orienté les conclusions de l'enquête. Le fil est ténu, mais dans un procès qui remonte les protections, il suffit à exposer Ngoh Ngoh. L'excès de zèle, lui, est plus révélateur encore. En 2025, Ngoh Ngoh n'a pas préparé la présidentielle en secrétaire général. Il l'a préparée en candidat. Jeune Afrique a résumé la scène d'une formule, avec Ngoh Ngoh, Biya fait campagne par procuration. Le secrétaire général a monté son propre comité stratégique, sillonné les régions, écouté l'élite politique province après province, au point qu'on lui prêtait ouvertement des ambitions présidentielles.

Or dans un régime où le chef n'a jamais adoubé personne, se comporter en dauphin est une faute mortelle. Nul n'a besoin d'abattre celui qui se désigne lui-même, il suffit de le laisser s'exposer. La voie institutionnelle du clan comme chemin vers la succession est donc morte, non parce qu'un rival l'a tuée, mais parce que Ngoh Ngoh a montré sa main trop tôt. L'homme, lui, survit à son fauteuil. Le dauphin qu'il rêvait d'être, non.

Le clan qui se dévore

Reste le plus cruel, et c'est là que la Nangasphère se distingue de tous les autres perdants. Elle ne s'est pas seulement effondrée sous ses ambitions. Elle s'est retournée contre elle-même. L'enquête sur le faux décret qui accable Baboké est coordonnée par Ngoh Ngoh. Autrement dit, la machine qui broie le protégé est tenue par le patron qui l'avait placé. Depuis 2018, c'est bien le tandem Ngoh Ngoh-Chantal Biya qui avait installé Baboké au cabinet civil. Aujourd'hui les proches du même Baboké accusent nommément Ngoh Ngoh d'avoir ourdi sa perte. Au-dessus d'eux, la rivalité entre Ngoh Ngoh et le directeur du cabinet civil Samuel Mvondo Ayolo, ce duel au sommet devenu un secret de polichinelle, paralyse jusqu'à la formation du gouvernement. Le clan ne perd pas une bataille rangée. Il se mange lui-même, l'un livrant l'autre, le sommet se déchirant pendant que les dossiers s'accumulent. Aucun adversaire n'aurait fait mieux.

Jeune Afrique, l'arène du sérail

Comment un clan se dévore-t-il, concrètement ? Par la fuite organisée. Depuis des mois, les dossiers les plus intimes du pouvoir paraissent dans un même journal, Jeune Afrique. Sur ces affaires camerounaises, le titre panafricain n'est pas un observateur extérieur, il est une pièce du jeu, une chambre d'écho où les clans déposent ce qu'ils veulent voir sortir. Ce n'est pas seulement du journalisme, c'est aussi un terrain. Il faut donc lire ses révélations comme des coups autant que comme des informations. Quand un dossier accable Baboké, on peut se demander quelle main l'a nourri. Quand, quelques jours plus tard, une enquête rattache Ngoh Ngoh au circuit de l'or et au Bataillon d'intervention rapide, la question se pose en sens inverse. Le camp Ngoh Ngoh sort des pièces contre le camp Baboké. Le camp Baboké réplique en livrant des pièces contre Ngoh Ngoh. Et le lecteur croit suivre une enquête là où se joue une guerre. La Nangasphère ne se déchire pas seulement dans les couloirs d'Etoudi. Elle publie sa propre autodestruction, colonne après colonne.

II. Le repli stratégique de Chantal Biya

Voici alors le geste qui dit tout. Il faut suivre non pas un échec, mais le déplacement d'une ambition.

La vice-présidence abandonnée

Reconstituons la trajectoire des paris de la Première Dame. D'abord Ngoh Ngoh, soutenu pour la vice-présidence. Puis, un moment, son propre fils Franck Hertz, évoqué dans son entourage comme dauphin possible. Puis Oswald Baboké, présenté au printemps comme sa carte pour ce même fauteuil. Trois paris, tous pour la vice-présidence, c'est-à-dire pour la succession elle-même. La paralysie du régime, l'effondrement de Ngoh Ngoh et de Baboké, la fermeture des portes une à une, ont rendu ce rêve impossible. Le clan sait désormais que la succession ne passera pas par lui.

La SNH, un bunker et non un tremplin

Alors, le 18 juillet, la bascule. Ce n'est plus la vice-présidence que l'on brigue pour Franck Hertz, c'est la direction de la Société Nationale des Hydrocarbures. On quitte le fauteuil pour le coffre-fort. Or la SNH n'est pas un poste de succession. C'est un poste de ressources, de rente, de protection. Y placer son fils, ce n'est plus viser la présidence, c'est chercher un refuge, sécuriser le clan avant la tempête. La SNH est un bunker, pas un tremplin. On y reconnaît la marque de cette élite, cette boulimie qui la caractérise, où plus on possède, plus on veut posséder, où l'on ne gouverne plus l'État mais où l'on s'en approprie les organes vitaux. Et selon Jeune Afrique, même ce repli lui a été refusé. Chantal Biya aurait fait préparer le décret par Ngoh Ngoh, Paul Biya aurait refusé de le signer. La caisse elle-même s'est fermée d'un trait de plume.

L'aveu

Le clan qui rêvait de contrôler la transition se rabat désormais sur des positions économiques, des réseaux de rente, des bastions administratifs de second rang. C'est un aveu silencieux mais massif. La succession se fera sans lui. Il ne sera pas l'héritier. Il sera, au mieux, un survivant. On ne se replie pas vers un coffre quand on croit encore pouvoir prendre le trône. On s'y replie quand on a compris qu'on ne le prendra pas.

Conclusion éditoriale

La Nangasphère n'a pas été vaincue. Elle s'est vaincue. L'or, le faux décret, Zogo, la campagne menée comme la sienne, la guerre fratricide au sommet, la voracité qui pousse à tout rafler jusqu'à trébucher, voilà les vraies causes de sa chute. Le camp d'en face, celui qui entoure le fils du président, n'a presque rien eu à faire, sinon rester propre et attendre. Dans un régime où la seule légitimité reconnue est celle du sang, il suffit parfois de ne pas se salir pendant que les autres s'effondrent. Un clan qui range ses meubles a cessé de croire qu'il gardera la maison. Et il l'a perdue tout seul.

John Lawson