Politique of Tuesday, 14 April 2026

Source: www.camerounweb.com

Nomadisme politique : Mamadou Mota recadre sèchement Gregoir Owona

'Le propre des systèmes sclérosés est de s’accrocher à une méthode de 1982' 'Le propre des systèmes sclérosés est de s’accrocher à une méthode de 1982'

La récente sortie du ministre du travail, Grégoire Owona sur le parcours du président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), suscite encore des réactions au sein de l’opinion publique camerounaise. La dernière en date est celle du vice-président de cette même formation politique : Mamadou Mota.

Dans sa réponse critique adressée à Grégoire Owona, Mamadou Mota dénonce le discours du pouvoir, qu’il juge marqué par la mauvaise foi et un attachement dépassé à des pratiques anciennes. Il rejette l’argument historique de 1982 et critique le projet de vice-présidence désignée, qu’il assimile à une dérive antidémocratique, insistant sur la nécessité du suffrage universel pour légitimer le pouvoir.

Mamadou Mota défend également Maurice Kamto face aux accusations de « nomadisme politique », tout en dénonçant l’absence de démocratie interne au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais.

« Monsieur Grégoire Owona,

J’ai lu votre bafouille, et je dois dire que j’y ai retrouvé tout le charme suranné de la rhétorique « RDPCienne » : ce mélange de paternalisme onctueux et de mauvaise foi carabinée qui fait le sel de la vie politique camerounaise depuis quarante ans. Vous nous parlez de « sérénité » comme d’autres parlent de tranquillisants, avec cette idée très particulière que la démocratie est un long fleuve tranquille où le peuple n’a d’autre rôle que de regarder passer les décrets.

Une mémoire à géométrie variable car, vous nous rappelez 1982 avec une nostalgie touchante. À vous écouter, la désignation par décret serait l’alpha et l’oméga de la légitimité. Certes, Maurice Kamto et d’autres étaient enthousiastes à l’époque. Mais enfin, cher Monsieur, c’était il y a quarante-quatre ans !

Il est important de savoir que le propre des grands esprits est de savoir évoluer quand le monde change. Le propre des systèmes sclérosés est de s’accrocher à une méthode de 1982 comme si c’était une vérité biblique.

Vouloir aujourd'hui instaurer une vice-présidence nommée pour terminer un mandat de sept ans, ce n'est pas de la « sérénité », c'est de la monarchie élective au petit pied. Vous demandez de la loyauté et de la confiance ? Mais on ne choisit pas son héritier comme on choisit son majordome ! Dans une République, le seul critère qui vaille pour succéder au sommet de l'État, c'est l'onction du suffrage universel, pas le tampon d'un secrétariat général.

Le procès en « nomadisme » : l'hôpital qui se moque de la charité
Vous raillez le « nomadisme politique » de Monsieur Kamto avec une gourmandise de procureur. C'est savoureux venant d'un pilier d'un parti qui a absorbé, digéré et parfois recraché tant de courants au nom de la « mangeoire » nationale.

Sur la légitimité : Vous lui demandez trois ans de militantisme au MRC ? Grand Dieu, laissez donc les militants de ce parti juger leur chef ! On ne reçoit pas de leçons de démocratie interne de la part d'une formation où le débat consiste souvent à applaudir debout avant même que le premier mot ne soit prononcé.

Sur l'expertise : Vous reconnaissez ses qualités de juriste tout en lui demandant de se taire. C'est la vieille technique du compliment-guillotine. On encense le professeur pour mieux enterrer le politique.

Le changement, ce n'est pas pour demain ?
Votre conclusion sur les « polémiques stériles » est un chef-d'œuvre de condescendance. Selon vous, critiquer une réforme constitutionnelle qui verrouille la succession serait une « désinformation ». En réalité, vous craignez le débat parce qu'il expose la fragilité d'un système qui ne sait plus se régénérer qu'en changeant les virgules de la Loi Fondamentale.

Monsieur Owona, enseigner aux jeunes comment changer de parti sans gagner d'élection est peut-être un sport difficile. Mais leur enseigner comment rester au pouvoir pendant près d'un demi-siècle en expliquant que c'est cela la modernité, c'est un art dans lequel vous n'avez, hélas, aucun rival.

Puisse le débat, non pas rester « serein » au sens où vous l'entendez (c'est-à-dire silencieux), mais devenir enfin démocratique.

Baba bikkoy
Très fraternellement »