Chaque soir, depuis la prestation de serment de Paul Biya pour un nouveau mandat de sept ans, les Cameroun captent la CRTV pour une éventuelle annonce du nouveau gouvernement promis par le locataire du palais d’Étoudi dans son discours de début d’année. Trois hyposes justifient le retard dans la publication du nouveau gouvernement.
Depuis le 31 décembre 2025, nous avons entendu à deux reprises le Chef de l’État annoncer un remaniement ministériel imminent. D’abord dans son allocution de fin d’année. Puis encore le 10 février 2026, lors de son discours à la jeunesse — sans qu’un seul décret ne soit publié à ce jour.
Alors la question mérite d’être posée, calmement : Pourquoi ce remaniement, pourtant annoncé comme imminent, tarde-t-il à venir ? Simple lenteur ? Ou équation politique plus complexe ?
Voici trois hypothèses qu’il ne faut pas écarter.
I - Des négociations politiques et internationales encore en cours
La première hypothèse mérite d’être prise au sérieux. Depuis l’après-élection d’octobre 2025, le paysage politique camerounais est tendu : contestations, revendications politiques et appels au dialogue se multiplient. Il n’est pas exclu que des négociations complexes soient en cours entre le gouvernement en place et certains acteurs de l’opposition — notamment le camp d’Issa Tchiroma Bakary — avec l’implication de médiateurs régionaux ou internationaux. Ce scénario n’est pas inédit : dans de nombreux pays confrontés à une crise post-électorale, l’ouverture d’un dialogue politique avant toute nomination est parfois jugée nécessaire pour préserver la paix sociale.
Dans ce contexte, annoncer un gouvernement « immédiat » sans accord politique global pourrait raviver les tensions. D’où ce temps d’arrêt stratégique, plutôt qu’un simple oubli.
II - L’attente des résultats des prochaines élections législatives et municipales et de la nouvelle configuration politique
La seconde hypothèse est tout aussi plausible. Après des élections présidentielles disputées, et avec un paysage politique encore fluide, les élections législatives et municipales annoncées pour bientôt pourraient redistribuer les cartes politiques. Dans un État normal, on formulerait un gouvernement en fonction d’une configuration politique claire : majorité parlementaire, forces en présence, alliances possibles…
Mais au Cameroun aujourd’hui, la date des prochaines élections législatives et municipales reste en suspens ou en ajustement, et certaines forces politiques attendent encore d’être officiellement comptabilisées avant de s’engager pleinement dans une nouvelle gouvernance.
Ainsi, dans l’esprit de certains stratèges politiques, il serait prématuré de nommer un gouvernement alors que le rapport de force institutionnel n’est pas totalement fixé.
III - Le blocage ou la résistance de barons au sein du régime
La troisième hypothèse est peut-être la plus directe, bien qu’elle soit rarement formulée publiquement. Dans tout appareil politique ancien, il existe des “barons” établis, des acteurs puissants qui ont occupé des postes clés pendant des années. Certains d’entre eux refusent — consciemment ou inconsciemment — de libérer leur position tant que le président Paul Biya est encore en fonction. Ce conservatisme interne peut ralentir une mutation naturelle ou un rééquilibrage générationnel. Et pendant que certaines élites revendiquent légitimement leur temps, d’autres jeunes aspirent à plus de place.
Ce combat de générations, ce tiraillement entre ancien et nouveau, peut aussi expliquer pourquoi la décision tarde : il ne suffit pas d’annoncer un gouvernement. Il faut le construire, le négocier, et parfois… le ménager.
En Conclusion la lenteur du remaniement ministériel n’est pas nécessairement due à une simple inertie administrative. Chaque soir, au journal de 17h, les regards se tournent vers le présentateur.
Les ministres eux-mêmes marchent à pas mesurés. Certains ralentissent les dossiers. D’autres signent sans conviction. Beaucoup attendent. Dans les couloirs feutrés des ministères, une phrase circule à voix basse : “Est-ce que je serai maintenu ?”
Jean Ediegnie









