Un parallèle est établi entre Célestin Tawamba et Patrice Talon, homme d’affaires devenu président du Bénin en 2016. Fondateur de La Pasta et dirigeant du groupe Cadyst Invest, Tawamba a également présidé le GICAM avant de devenir le premier président du GECAM en 2024. Cette trajectoire lui confère une visibilité nationale et une expérience des relations entre le secteur privé et les pouvoirs publics.
En politique, les ambitions les plus sérieuses ne sont pas toujours celles qui s'annoncent à grand renfort de meetings, de déclarations fracassantes et de proclamations publiques. Certaines se construisent progressivement, dans les conseils d'administration, les réseaux d'influence notamment français, les cercles économiques, les alliances stratégiques et les rapports de force avec les institutions.
L'histoire politique africaine nous a déjà offert un exemple particulièrement intéressant : celui de Patrice Talon, l'homme d'affaires béninois devenu président de la République en 2016.
Aujourd'hui, au Cameroun, le parcours de Célestin Tawamba, industriel et figure majeure et centrale du patronat camerounais, invite à poser une question qui mérite d'être examinée sans naïveté, mais également sans procès d'intention : un homme d'affaires très influent peut-il, à terme, chercher à transformer son influence économique en pouvoir politique ? Le parallèle est intéressant.
1. PATRICE TALON : DE « ROI DU COTON » À PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Avant de devenir le numéro un béninois, Patrice Talon était d'abord un homme d'affaires puissant, solidement implanté dans l'économie de son pays.
Dans les années 1980, il se lance dans le commerce des intrants agricoles. Au cours des années 1990 et 2000, il étend considérablement ses activités dans la filière coton, notamment dans l'égrenage, avant de développer des intérêts dans la logistique, les huileries et les services portuaires.
Sa réussite économique lui vaut le surnom de « Roi du coton ».
Mais l'élément le plus intéressant de son parcours réside dans son rapport au pouvoir politique. Patrice Talon a soutenu les campagnes présidentielles de Thomas Boni Yayi en 2006 et en 2011. Après leur rupture, il connaît une période d'exil en France, avant de revenir dans le jeu politique et de se porter candidat à la présidentielle de 2016.
Le 20 mars 2016, il remporte le second tour avec environ 65 % des suffrages et devient président du Bénin.
Son itinéraire révèle une réalité fondamentale : la puissance économique peut constituer un levier politique considérable, mais elle ne conduit pas automatiquement à la magistrature suprême.
Il faut également des alliances, une stratégie, une organisation politique, une capacité de mobilisation et, surtout, le verdict des urnes.
2. CÉLESTIN TAWAMBA : UN EMPIRE INDUSTRIEL ET UNE INFLUENCE QUI DÉPASSE L'ENTREPRISE
Au Cameroun, Célestin Tawamba au fil des années s'est construit une place importante dans le monde des affaires.
Diplômé en finance, passé par Ernst & Young puis par la direction financière du groupe forestier Hazim, il se lance dans l'entrepreneuriat en créant La Pasta en 2002.
Il développe ensuite ses activités dans l'agroalimentaire et l'industrie pharmaceutique à travers le groupe Cadyst Invest, avec notamment La Pasta, Panzani Cameroun et des entreprises du secteur de la santé.
Mais Tawamba ne s'est pas limité à la gestion de ses entreprises.
En juin 2017, il prend la tête du Groupement interpatronal du Cameroun, le GICAM. En avril 2024, il devient le premier président du Groupement des entreprises du Cameroun, le GECAM, né de la fusion du GICAM et d'Entreprises du Cameroun.
Il occupe ainsi une position centrale dans la représentation des intérêts du secteur privé et dans le dialogue entre les entreprises et les pouvoirs publics.
Cette trajectoire lui donne une visibilité nationale, un réseau économique et une expérience des négociations institutionnelles.
Voilà le véritable point de comparaison avec Patrice Talon : deux entrepreneurs qui ont bâti leur influence dans le monde des affaires avant d'occuper une place importante dans les rapports entre ÉCONOMIE et POUVOIR PUBLIC.
3. LE PATRONAT PEUT-IL DEVENIR UN TREMPLIN POLITIQUE ?
C'est ici que commence la réflexion politique. Diriger une grande organisation patronale qu'il a pris soins de tailler à sa mesure, ne signifie pas nécessairement vouloir devenir président de la République.
Toutefois, une telle fonction permet aussi de se familiariser avec les mécanismes de l'État, les politiques publiques, les contraintes budgétaires et les réseaux de décision.
Diriger une grande organisation patronale, contribue à construire une stature nationale et à donner à son titulaire une audience qui dépasse largement le cercle des entrepreneurs.
Dans le cas de Patrice Talon, la transition vers la politique a finalement été explicite : il a quitté le statut d'homme d'affaires influent pour solliciter directement le suffrage des Béninois.
4. LE CAMEROUN EST-IL PRÊT À VOIR UN GRAND PATRON ENTRER DANS LA COURSE AU POUVOIR ?
Le Cameroun possède ses propres réalités politiques, institutionnelles et économiques. Le parcours béninois ne peut donc pas être transposé mécaniquement à Yaoundé. Tout comme celui du Libéria avec une ancienne star du Ballon, devenue Président de la République.
Un entrepreneur peut disposer d'une fortune, d'un réseau international et d'une influence considérable sans pour autant posséder une base électorale ou un appareil politique capable de soutenir une candidature présidentielle.
Il devrait également répondre à des questions essentielles : quelle vision pour le pays ? Quelle politique industrielle ? Quelle stratégie pour l'emploi des jeunes ? Comment réduire le coût de la vie, améliorer les infrastructures, renforcer la production locale et réconcilier les intérêts des entreprises avec les attentes des citoyens ?
UN DESTIN PRÉSIDENTIEL SE PRÉPARE-T-IL EN SILENCE ?
Patrice Talon a démontré qu'un homme d'affaires pouvait passer du monde industriel au sommet de l'État. Son parcours appartient désormais à l'histoire politique du Bénin.
Célestin Tawamba, de son côté, a construit une trajectoire industrielle et patronale qui lui confère une visibilité importante au Cameroun. Mais entre une influence économique considérable et une ambition présidentielle, il existe encore un pas que rien ne permet de considérer comme franchi.
Lentement, mais sûrement et sournoisement, Son influence grandit. La question est de savoir si elle restera économique ou si elle prendra, dans un futur proche, une dimension politique.
Selon vous, Célestin Tawamba pourrait-il, un jour, suivre une trajectoire comparable à celle de patrice talon et passer du patronat à la politique ?
Leon Voss Shance Premium









