Le retour de Paul Biya à Yaoundé, après plus de deux mois d’absence, n’a pas mis fin aux blocages politiques et administratifs du Cameroun. Le pouvoir s’est surtout attaché à montrer le retour physique du président, sans apporter de réponses aux nombreux dossiers en attente.
PAUL BIYA EST RENTRE. LE CAMEROUN, LUI, RESTE A L'ARRET
Paul Biya est rentré à Yaoundé le 20 août, après avoir quitté le pays le 7 juin pour ce que la présidence annonçait comme un court séjour privé en Europe. Soixante-treize jours selon l'AFP, soixante-quatorze selon Jeune Afrique. Jamais, depuis 1982, une absence d'une telle longueur n'avait été enregistrée. Le pouvoir voudrait que l'on y voie la fin d'une parenthèse. Regardons de plus près.
Une main, et rien d'autre
Ce que le pays a reçu ce soir-là tient en une image. Pas de discours, pas de déclaration à la descente d'avion, pas de marche sur le tarmac. L'AFP rapporte que le chef de l'État a salué la foule d'un geste de la main, à travers la vitre à demi descendue de la voiture qui le conduisait à Etoudi.
Regardez la photographie. La main levée est le seul élément net du cadre. Le visage se réduit à une masse sombre derrière le verre teinté. Le casque du motard d'escorte occupe une surface supérieure à celle du président. Aucune portière ne s'ouvre.
Le pouvoir tenait là le moyen le plus simple de clore le débat de l'été sur la capacité du président à gouverner, en montrant un homme qui descend, qui marche et qui parle. Il ne l'a pas fait. On ne rationne pas une image dont on est fier.
Ce que dit le calendrier
La ligne officielle n'a pas varié. Le 18 juin, le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi démentait toute hospitalisation à Genève.
Jeune Afrique écrit de son côté, sous la signature de Georges Dougueli, que le chef de l'État aurait subi une intervention chirurgicale à un genou. Un médecin camerounais cité anonymement par le journal évoque la pose d'une prothèse, une convalescence de six à douze semaines et une récupération complète comprise entre six mois et un an.
Ces éléments relèvent de l'information de presse, non du fait établi. Mais retenons ceci. Même après une opération réussie sans complication, la pleine capacité présidentielle se situerait entre février et août 2027. Or les dossiers en attente ne se règlent pas par une signature isolée. Ils exigent des semaines d'arbitrage et de dosage clanique.
La paralysie est antérieure à l'absence
La réélection de Paul Biya pour un huitième mandat a été proclamée le 27 octobre 2025, avec 53,66 % des voix. Le gouvernement n'est toujours pas formé. Nous approchons du dixième mois d'attente. L'absence de juin à août n'en explique que deux.
Même chose pour la vice-présidence, créée par la révision constitutionnelle du 4 avril et toujours vacante. Cette vacance n'est pas un retard, c'est une décision. Nommer un vice-président revient à désigner un ordre de succession dans un système qui a survécu quarante-quatre ans en ne le désignant jamais. Tant que le poste reste vide, chaque clan peut croire qu'il en est le destinataire.
Il faut donc renverser la proposition courante. Ce n'est pas l'absence du président qui a empêché la nomination. C'est que cette nomination est insupportable au système, et elle ne le deviendra pas moins du fait que l'avion s'est posé à Nsimalen.
L'État administratif hors délai
La liste des dossiers en souffrance recensée par Jeune Afrique en dit plus long que n'importe quel discours d'opposition. Le conseil supérieur de la magistrature ne s'est pas réuni, si bien que des dizaines de magistrats sont maintenus en fonction au-delà de leur limite d'âge, certains depuis quatre à cinq ans. Le mouvement préfectoral est attendu depuis des mois, alors que les dix gouverneurs de région et plus de la moitié des cinquante-huit préfets ont atteint l'âge de la retraite. La loi de finances rectificative n'est pas prise.
Un magistrat maintenu cinq ans au-delà de sa limite d'âge n'est pas une anomalie de l'été 2026. C'est le produit d'une décennie de gestion par report. L'absence n'a pas créé ce blocage, elle l'a rendu visible.
Ce qui n'est à l'ordre du jour de personne
Le premier rendez-vous annoncé est une remise de médailles aux Lionnes indomptables, victorieuses du Malawi le 16 août, qui patientent depuis des jours dans un hôtel de Yaoundé. Le trophée est mérité et la réception légitime. Mais que le premier acte d'un retour attendu depuis onze semaines soit une cérémonie sportive en dit long sur la hiérarchie des urgences.
Pendant ce temps, aucune échéance publique n'est fixée sur les dossiers qui tuent. L'Extrême-Nord subit les attaques jihadistes depuis 2009. Les régions anglophones sont en conflit armé depuis fin 2016. Près de 40 % de la population vit dans l'extrême pauvreté selon les Nations unies. Les morts des manifestations d'octobre 2025, plusieurs dizaines reconnues par le gouvernement, n'ont jamais fait l'objet d'un bilan précis.
Aucun de ces dossiers n'attendait ce retour. Ce qui n'a pas été fait en quarante-quatre ans de présence ne le sera pas au motif d'un retour.
Conclusion
Le retour change une chose. Le pouvoir peut de nouveau affirmer que le président est en territoire national. Pour le reste, la succession demeure suspendue, l'intérim revenant par défaut au président du Sénat Aboubakary Abdoulaye, et les investisseurs restent sans visibilité. Il ne change ni le gouvernement, ni la vice-présidence, ni la magistrature, ni la préfectorale, ni l'Extrême-Nord, ni le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, ni la pauvreté, ni le décompte des morts d'octobre.
Le Cameroun n'attendait pas un homme. Il attendait des décisions. Le 20 août n'a livré ni l'un ni l'autre. Il a livré une main.
John Lawson









