Politique of Thursday, 22 October 2026
Source: www.camerounweb.com
La démission de la députée Nourane Foster du PCRN, le 26 septembre 2026, pour rejoindre le PSG d’Emmanuel Kueka, révèle une crise interne dépassant les rivalités personnelles. Cette rupture met en lumière des divergences sur la cohérence des règles du parti, les investitures électorales et la place des origines communautaires dans la représentation politique à Douala. À l’approche des échéances électorales de 2027, cette séparation pourrait fragiliser le PCRN et redistribuer les rapports de force dans le Wouri-Est.
Le laconique « Bon vent » adressé par le PCRN à sa députée démissionnaire Nourane Foster ne solde rien. Derrière les querelles de préséance et les rancœurs nées d'invitations croisées à Etoudi, la séparation entre Cabral Libii et son égérie parlementaire dépasse la rivalité d'ego.
Elle révèle une difficulté majeure de l'opposition camerounaise : construire une légitimité politique qui dépasse durablement les appartenances communautaires, particulièrement dans les grandes villes.
UNE RUPTURE ANNONCÉE
Le 26 septembre 2026, la députée du Wouri-Est a quitté le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN) pour rejoindre le Pacte social pour la gouvernance (PSG) d'Emmanuel Kueka.
La rupture couvait depuis plusieurs mois.
Selon Jeune Afrique, les premières tensions remonteraient à janvier 2025, lorsque Nourane Foster avait répondu à une invitation de Chantal Biya, alors que son parti boycottait la cérémonie des vœux au chef de l'État.
Son époux, Firmin Bouler Fotsing, a officiellement quitté le PCRN le 21 octobre 2025. En juin 2026, le nom de la députée avait disparu du site internet du parti. Un simple « détail », selon Cabral Libii.
Dans sa lettre de démission, Nourane Foster souligne une contradiction : Cabral Libii se serait lui-même rendu à Etoudi le 8 janvier 2026 pour présenter ses vœux à Paul Biya.
Autrement dit, ce qui lui était reproché aurait été permis au président du parti.
Au-delà de cette divergence, l'épisode soulève une question de cohérence dans l'application des règles internes.
DOUALA, LE PIÈGE DE L’AUTOCHTONIE
Ville d'accueil et capitale économique du Cameroun, Douala concentre depuis plusieurs décennies des tensions liées à la représentation politique, à l'autochtonie et à la place des communautés installées dans la métropole.
Une partie des populations originaires du Littoral exprime des inquiétudes concernant sa représentation sur ses terres ancestrales. Dans le même temps, les communautés venues d'autres régions, notamment de l'Ouest, occupent une place importante dans la vie économique et sociale de la ville.
Originaire du Noun, mais élue députée à Douala en 2020, Nourane Foster incarnait la possibilité d'une représentation politique dépassant les origines régionales.
Cette perspective semble avoir rencontré des résistances.
Selon Jeune Afrique, une tendance interne du PCRN aurait défendu l'idée que les candidats soient investis prioritairement dans leurs circonscriptions d'origine.
Une orientation résumée par une formule particulièrement révélatrice : « Le Littoral aux Littoraliens ».
Dans cette logique, une députée originaire du Noun pouvait être considérée comme une « allogène », malgré son mandat électif à Douala.
Or, le principe de citoyenneté nationale ne saurait être réduit à l'appartenance ancestrale à un territoire.
La question dépasse donc le cas Nourane Foster. Elle concerne la capacité des partis politiques à garantir une représentation ouverte à tous les citoyens, indépendamment de leurs origines.
UNE DOCTRINE RATTRAPÉE PAR SES DÉMONS
Jeune Afrique évoque un « libéralisme communautaire » pour décrire les tensions idéologiques traversant le PCRN.
Cabral Libii avait pourtant développé sa conception institutionnelle dans un ouvrage publié en 2021, intitulé Le fédéralisme communautaire.
La distinction mérite d'être soulignée.
Le fédéralisme communautaire, en tant que proposition d'organisation de l'État, ne signifie pas nécessairement que chaque citoyen devrait exercer ses droits politiques exclusivement dans sa communauté d'origine.
Toutefois, lorsqu'une doctrine accorde une place centrale aux communautés, son interprétation peut devenir problématique si elle sert à justifier des restrictions territoriales dans l'accès aux responsabilités politiques.
C'est précisément le risque révélé par cette controverse.
Selon Jeune Afrique, la direction du PCRN n'aurait pas clairement arbitré les divergences internes sur cette question.
Ce défaut de clarification a pu favoriser des interprétations concurrentes de la doctrine du parti.
La démission de Nourane Foster apparaît ainsi comme l'expression d'une crise qui dépasse les rapports personnels entre deux responsables politiques.
LA TRIBUNE ETHNIQUE COMME PARAVENT
Après le départ annoncé de 65 militants de Douala 5e vers le PSG, le PCRN a dénoncé des intimidations qui auraient visé certains de ses militants « bamiléké », accusés de soutenir un dirigeant « bassa ».
Selon Jeune Afrique, ces accusations n'étaient pas accompagnées d'éléments de preuve permettant de les établir.
Le communiqué du PCRN évoquait également Maurice Kamto, alors que Nourane Foster avait rejoint le PSG et non le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC).
Ce déplacement du débat vers les appartenances communautaires pose problème.
Il détourne l'attention des questions qui devraient être examinées : les raisons des démissions, les procédures d'investiture, le fonctionnement démocratique du parti et la gestion des désaccords internes.
Une contradiction mérite également d'être interrogée.
Comment dénoncer des pressions fondées sur l'origine communautaire tout en laissant prospérer, au sein de sa propre formation, des discours qui associeraient la légitimité électorale à l'autochtonie ?
Les accusations de discrimination doivent naturellement être prises au sérieux lorsqu'elles sont étayées. Elles ne devraient cependant pas servir à remplacer l'examen des responsabilités politiques.
À l'approche des échéances électorales, le risque existe de voir les rivalités partisanes reformulées en affrontements identitaires.
UNE AUBAINE POSSIBLE POUR LE POUVOIR
Le calendrier électoral reste à préciser, mais les formations politiques se préparent à de possibles élections législatives et municipales en 2027.
Dans le Wouri-Est, le PCRN devra trouver une personnalité capable de défendre ses positions électorales face au RDPC, au MRC et au FCC de Jean-Michel Nintcheu.
De son côté, Nourane Foster conserve une notoriété acquise pendant son mandat parlementaire. Elle devra toutefois s'appuyer sur les capacités d'organisation et de mobilisation de sa nouvelle formation politique.
Cette séparation pourrait entraîner une dispersion des voix parmi des électeurs qui avaient précédemment soutenu le PCRN.
Un tel scénario serait susceptible de modifier les rapports de force locaux, notamment au bénéfice de formations concurrentes.
Mais les conséquences électorales de cette rupture dépendront des candidatures, des alliances et des dynamiques politiques à venir.
CONCLUSION : LA CITOYENNETÉ À L’ÉPREUVE DES APPARTENANCES
La séparation entre Cabral Libii et Nourane Foster dépasse une simple querelle entre un président de parti et une députée.
Elle met en lumière les tensions entre les ambitions nationales des formations politiques camerounaises et les logiques communautaires qui continuent d'influencer les investitures et les rapports de pouvoir.
Une organisation politique peut défendre une vision communautaire de l'État tout en garantissant l'égalité des droits politiques. Encore faut-il définir clairement les limites entre reconnaissance des identités et enfermement des citoyens dans leurs origines.
À Douala, cette distinction revêt une importance particulière.
Car une démocratie nationale ne peut durablement fonctionner si l'origine régionale devient un critère de légitimité supérieur au choix des électeurs.
Au fond, la rupture Foster-Libii laisse entière une interrogation fondamentale :
Une citoyenne camerounaise originaire du Noun, installée et élue à Douala, doit-elle encore justifier son droit à représenter les habitants de sa circonscription ?
LA CITOYENNETÉ CAMEROUNAISE NE DEVRAIT PAS AVOIR DE FRONTIÈRES ETHNIQUES
John Lawson