Politique of Tuesday, 27 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Depuis Kondengui, onze prisonniers politiques écrivent à Maurice Kamto

Dans leur courrier daté du 26 octobre 2026, ils saluent son engagement en faveur de la démocratie, de la liberté et de l’alternance politique, tout en rappelant les sacrifices consentis par les militants. Ils affirment que leur reconnaissance ne marque pas la fin du combat et annoncent leur intention de soutenir la candidature de Kamto au prix Nobel de la paix.

Il y a des lettres qui n'ont pas besoin d'être criées pour être entendues. Celle-ci a été écrite derrière les murs de la Prison centrale de Yaoundé-Kondengui et datée du 26 octobre 2026. Elle compte trois pages, et chaque ligne a visiblement été pesée par des hommes qui ont tout le temps de réfléchir à ce qu'ils disent.

Ses auteurs sont onze prisonniers politiques, arrêtés lors des marches pacifiques du 22 septembre 2020 organisées par le MRC. Ils s'adressent au Professeur Maurice Kamto, président national démissionnaire du parti, désormais « Président National Émérite ». Le courrier lui parvient par le régisseur de la prison, ce qui dit déjà beaucoup du pays dans lequel nous vivons.

Des hommes qui savent ce que « sacrifice » veut dire

Ce qui frappe, c'est le ton. Pas d'aigreur ni de règlement de comptes. Les signataires remercient. Ils rappellent que depuis 2012, Kamto a porté le MRC et mobilisé des Camerounais autour de la justice, de la démocratie, de la liberté et de l'alternance. Ils n'oublient pas non plus le prix payé :
- persécutions,
- tortures,
- intimidations,
- incarcérations.

Puis vient la phrase qui change tout. Ils écrivent qu'ils savent « pour en payer eux-mêmes le prix » ce que coûte le combat politique.
Quand elle vient de ceux qui dorment à Kondengui depuis septembre 2020, l'expression n'a plus rien de rhétorique.

Ils évoquent les neuf mois de détention de Kamto, de février à octobre 2019, comme une mesure de ce qu'ils vivent chaque jour, depuis plus longtemps.

Un hommage, pas un adieu

Cette lettre pourrait passer pour une simple politesse d'adieu. Elle ne l'est pas. Les signataires disent clairement que leur reconnaissance ne signifie pas que le combat est achevé. Les responsabilités changent et les équipes se renouvellent, mais les convictions doivent continuer de vivre. Pour eux, l'avenir du Cameroun est une responsabilité collective qui dépasse les personnes et les fonctions.

C'est un message à Kamto, et c'est aussi un rappel adressé à tout le monde, au parti comme à ses militants : ne laissez pas un changement de direction éteindre la flamme.

Ce qu'ils promettent

La lettre se termine sur un engagement. Les prisonniers rappellent qu'ils sont reconnus comme tels par l'Avis n° 63/2022 du 4 novembre 2022 du Groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire, un avis opposable à l'État du Cameroun. Ils expliquent que, pour éviter que le pays ne bascule dans la violence recherchée par le camp d'en face, ils ont fait le choix de la retenue. Et ils promettent de tout mettre en œuvre pour présenter la candidature de Maurice Kamto au prix Nobel de la Paix.

Il faut mesurer la scène. Des hommes privés de liberté, depuis plus de six ans pour certains, veulent faire reconnaître la paix par celui qu'ils appellent leur président. Ils parlent de paix depuis une cellule. Là où d'autres auraient écrit de la colère, ils ont écrit de la gratitude.

Onze noms, une seule signature

En bas de la dernière page figurent onze noms : Djouffo Ngabou Bruce Michael, Fogue Tedom Alain, Zamboue Pascal, Bibou Nissack Olivier, Nounemo Hermann, Kagoh Kana Jacques, Tsi Chia Napoléon, Gahanne Toukam Vidal, Mely Manfo Ghislain, Mbeh Gabriel et Tefobeau Gérard. Un seul a signé, « pour les signataires ». Les dix autres sont là par leur nom, par leur présence derrière ces barreaux.

On peut en penser ce qu'on veut, du MRC, de Maurice Kamto, de sa démission ou de l'avenir du parti. Mais on ne peut pas rester indifférent devant onze hommes qui, privés de liberté depuis plus de six ans, trouvent encore la force de remercier, d'encourager et de promettre.

Derrière les murs d’une cellule de prison ils ont signé : « Pour la liberté, la démocratie et le changement au Cameroun. »

Par
Charles Armel Mbatchou