Dans sa communication autour de la procédure judiciaire qui l’oppose au MRC, Willy Mengue cherche à transformer chaque difficulté procédurale en victoire politique. Le retournement du discours sur le ministère public, auparavant présenté comme un allié potentiel, en est un exemple.
LE CONTRE-RÉCIT JUDICIAIRE : MINIMISER LE PARQUET, SURINVESTIR LE SIÈGE
Il y a une constante dans la communication de Willy Mengue depuis le 9 juillet : chaque développement procédural défavorable est immédiatement requalifié en opportunité. Chaque renvoi devient une victoire tactique. Chaque obstacle devient un tremplin. Et maintenant, les réquisitions du Ministère Public qui requièrent l'incompétence du tribunal — la claque procédurale la plus lourde depuis le début de cette affaire — deviennent un simple avis secondaire dont le juge n'est "pas lié a priori."
Pour comprendre l'ampleur du retournement, il faut revenir au 29 juillet.
Quand Mengue encensait le Ministère Public
Le 29 juillet, lors de l'audience où la juge en suppléance avait déclaré "si vous insistez je communique l'affaire au Ministère Public maintenant", Mengue s'était emparé de cette phrase pour en faire une arme. Dans son récit, la communication au MP devenait une menace brandie contre les avocats du MRC, un signe que le Parquet était prêt à "entrer dans l'arène", une preuve que la procédure penchait en sa faveur. Il construisait un imaginaire où le Parquet était l'arbitre ultime, l'ange exterminateur du MRC. Il citait Jonas sorti du ventre du poisson, Daniel sorti de la fosse aux lions, Lazare sorti de la tombe. Il annonçait que "le MRC sortira de la clandestinité par la force de la loi."
Le Ministère Public était encensé, magnifié, instrumentalisé comme levier de légitimation.
Six semaines plus tard, le MP a rendu ses réquisitions. Elles concluent à l'incompétence ratione materiae du juge des référés, constatent l'existence d'une contestation sérieuse au sens de l'article 185 du Code de Procédure Civile et Commerciale, affirment que la juridiction ne saurait se prononcer sans porter atteinte au principe de la libre administration des partis politiques consacré par l'article 2 de la loi 90/056, et renvoient les demandeurs à mieux se pourvoir.
La menace brandie contre le MRC est devenue l'argument du MRC. L'ange exterminateur a changé de camp. Ce n'est pas Jonas qui est sorti du ventre du poisson. C'est Mengue qui y est entré — sans s'en rendre compte.
L'esquive de la claque procédurale
Face à ce retournement, Mengue a immédiatement entrepris de réécrire le rapport de force judiciaire. Ce qui constitue juridiquement une claque procédurale — l'affirmation claire et motivée de l'incompétence du juge des référés par une autorité neutre — est requalifié en son discours en avis décoratif, en murmure secondaire que le juge souverain peut librement ignorer.
Il affirme que le juge n'est "pas lié" par les réquisitions du MP — ce qui est techniquement exact, mais trompeur dans ses effets. Le juge doit examiner les réquisitions. Elles structurent son appréciation de la compétence. Elles lui indiquent qu'une autorité indépendante estime que sa juridiction n'est pas la bonne. Dans n'importe quel dossier, un tel alignement entre le Parquet et la défense constitue un signal fort que les praticiens du droit lisent immédiatement.
Mais dans le récit de Mengue, ce signal devient un bruit de fond. Cette minimisation est une stratégie de survie narrative — elle permet de masquer que le cœur juridique de sa démarche vient d'être fragilisé par une autorité qu'il avait lui-même encensée.
Surinvestir le Siège pour sauver le récit
Face à un Parquet défavorable, Mengue déplace le centre de gravité du dossier vers le juge lui-même. Il insiste sur la souveraineté du Siège, sur sa liberté d'appréciation, sur sa capacité à "entendre l'affaire dans sa globalité." Ce déplacement sert à reconstruire une marge d'espoir là où le droit en laisse peu.
Le renvoi au 15 septembre — demandé par son propre avocat pour raison de santé, parce qu'il n'avait pas encore lu les réquisitions du MP — devient dans son récit une victoire tactique, une opportunité stratégique, un signe que le juge veut aller au fond. Un incident humanitaire est requalifié en triomphe procédural. Cette transformation révèle la nature réelle de sa démarche : le récit de Mengue ne repose pas sur la procédure. Il repose sur la capacité à réenchanter chaque épisode pour maintenir l'illusion d'une dynamique favorable.
Le contre-récit comme outil politique
Ce double mouvement — minimiser le Parquet, surinvestir le Siège — n'est pas seulement une technique de communication. C'est une manière de protéger son initiative judiciaire contre la réalité du droit. En réduisant le Parquet à un avis secondaire, Mengue évite d'admettre que sa demande est juridiquement fragile. En magnifiant le juge, il crée un espace imaginaire où tout reste possible — même lorsque les fondements procéduraux se dérobent.
Ce contre-récit lui permet de maintenir la mobilisation de ses soutiens, de préserver une posture de triomphalisme, et surtout de préparer une justification en cas d'échec : "le juge est souverain, il n'a pas suivi le Parquet." La responsabilité de l'issue sera déplacée sur le juge — jamais sur la fragilité du dossier.
Ce que cette affaire révèle en dernière analyse
Le contraste est saisissant entre le droit, qui suit son cours avec ses exigences de compétence et de contestation sérieuse, et le récit, qui tente de transformer chaque revers en victoire symbolique. Depuis le 9 juillet, Mengue ne cherche pas à convaincre le juge. Il cherche à garder son public dans l'illusion d'une victoire imminente. La procédure judiciaire est devenue un théâtre de communication politique — un espace où ce qui compte n'est pas le droit dit, mais le récit produit.
Mais la procédure, elle, ne se laisse pas réécrire. Et c'est précisément ce décalage — entre la dramaturgie médiatique et la réalité judiciaire — qui déterminera l'issue de ce dossier le 15 septembre.
John Lawson









