La proposition de Cabral Libii visant à instaurer un vice-président au Cameroun est vivement critiquée par certains Camerounais qui estiment qu’elle pourrait favoriser une succession présidentielle par désignation plutôt que par suffrage populaire. Ils s’interrogent notamment sur la légitimité d’un vice-président nommé par le chef de l’État et sur la possibilité qu’il achève un mandat puis se représente à l’élection suivante.
Cabral Libii et le « vice-président » : une proposition au parfum de monarchie constitutionnelle
La proposition de Cabral Libii appelant Paul Biya à nommer un vice-président après l’adoption d’une nouvelle Constitution soulève de graves interrogations politiques et juridiques. Derrière cette demande présentée comme une mesure de continuité institutionnelle, certains observateurs voient une forme de banditisme politique, voire une tentative de légitimation d’une succession organisée au sommet de l’État.
Le problème fondamental est simple : comment un président qui n’aurait pas été directement élu par le peuple camerounais pourrait-il prêter serment devant ce même peuple et exercer ensuite les fonctions présidentielles au titre d’un mécanisme constitutionnel de remplacement ? Une telle situation poserait une question essentielle de légitimité démocratique.
La modification constitutionnelle prévoit qu’en cas de vacance de la présidence, le vice-président achève le mandat du président de la République. Il dispose notamment :
« En cas de vacance de la Présidence de la République pour quelque cause que ce soit, le vice-Président achève le mandat du Président de la République. »
Le texte précise également que le vice-président entre en fonction après avoir prêté serment devant le peuple camerounais, en présence des membres du Parlement, du Conseil constitutionnel et de la Cour suprême. Il devrait alors s’engager à exercer loyalement les fonctions de président et à défendre la Constitution, l’unité, l’intégrité et l’indépendance du Cameroun.
Mais cette procédure ne règle pas la question de la légitimité politique. Le vice-président serait-il élu au suffrage universel direct ? Serait-il élu en même temps que le président ? Serait-il nommé par le chef de l’État ? Dans ce dernier cas, le président pourrait choisir lui-même son éventuel successeur, sans consultation populaire. On passerait alors d’une République fondée sur l’élection à un système de transmission du pouvoir par désignation.
Plus préoccupant encore, rien ne semble interdire au président ayant achevé le mandat de son prédécesseur de se présenter à l’élection suivante. Un tel mécanisme pourrait permettre à un chef de l’État de se maintenir au pouvoir en deux temps : d’abord comme successeur constitutionnel, ensuite comme candidat à part entière. La Constitution deviendrait alors non plus une garantie contre la confiscation du pouvoir, mais l’instrument de sa prolongation.
C’est précisément ce qui nourrit l’accusation d’anticonstitutionnalité et de monarchisation du régime. Dans une démocratie véritable, la succession présidentielle doit procéder d’une volonté clairement exprimée par le peuple, et non d’un arrangement institutionnel conclu au sommet de l’État. La fonction présidentielle ne saurait être assimilée à un héritage politique transmis d’un homme à un autre.
Quant à Cabral Libii, sa position mérite d’être examinée avec sérieux. En demandant la nomination d’un vice-président sans exiger au préalable des garanties fortes sur son mode d’élection, ses pouvoirs, sa responsabilité et les limites de son mandat, il risque de cautionner un mécanisme qui pourrait renforcer la présidentialisation du régime au lieu de la corriger.
Le Cameroun n’a pas besoin d’un système permettant de contourner le suffrage universel. Il a besoin d’institutions transparentes, de règles stables et d’une succession présidentielle soumise au vote populaire. Toute réforme constitutionnelle devrait donc préciser clairement que le vice-président est élu par le peuple, que son mandat est strictement encadré et que nul ne peut utiliser la vacance présidentielle pour prolonger indéfiniment son pouvoir.
Sans ces garanties, la création d’un poste de vice-président pourrait apparaître non comme une avancée démocratique, mais comme une nouvelle étape dans la confiscation institutionnelle de la République.
Daniel Essissima









