Certains prédicateurs, proches du camp de Franck Biya, cherchent à légitimer religieusement son accession au pouvoir, en remplacement du débat démocratique et du verdict des urnes. L’influence croissante des églises de réveil dans l’espace public contribue à la dépolitisation de la population et à la légitimation du pouvoir établi.
QUAND LA THÉOCRATIE DE PACOTILLE VOLE AU SECOURS D’UNE TYRANNIE AUX ABOIS
Le Cameroun de 2026 assiste à l'acte le plus grotesque et le plus désespéré de sa longue agonie politique.
QUAND ON NE PEUT PLUS CONVAINCRE UN PEUPLE PAR LES FAITS, ON TENTE DE LE SOUMETTRE PAR LA FOI
Face au bilan proprement désastreux du régime de Paul Biya — qui, installé au pouvoir à 49 ans, laisse aujourd'hui un pays en ruines après plus de quatre décennies de règne —, l'appareil d'État se retrouve à court d'arguments rationnels. Dépourvu de légitimité par les actes, le pouvoir central ne s'appuie plus que sur une rhétorique de l'imposture, orchestrée par des acteurs dénués de toute vertu républicaine, dont la seule fonction est de masquer l'absence de perspectives économiques et sociales.
Pour orchestrer une succession dynastique qui ne dit pas son nom, le cartel de Frank Biya a choisi de troquer la légitimité des urnes contre les incantations de mercenaires de l'Évangile. C’est une véritable multinationale du mensonge spirituel qui a été recrutée pour anesthésier la conscience des Camerounais. L'opinion publique assiste à un défilé de figures extérieures et locales : O. Odibé du Nigéria, P. Georges du Gabon, M. Didier du Bénin, et leur complice local, B. Alain du Cameroun.
Ces quatre « prophètes » de pacotille se succèdent sur les estrades pour oindre le fils du président Biya comme le successeur inéluctable dans ce Cameroun de 30 millions d’âmes.
Ces entrepreneurs du sacré observent un silence complice et criminel sur la malgouvernance systémique, le pillage des caisses de l’État, et la pédophilie industrielle qui ronge le pays. Ils n’ont pas eu un mot pour les enfants récemment découverts dans l'enfer des réseaux clandestins de Yaoundé. Leur unique mission, manifestement motivée par des intérêts financiers occultes déconnectés des réalités du pays, est de sanctifier Frank Biya et de pérenniser un régime prédateur qui retient le peuple camerounais en otage depuis 43 ans.
L'EMPRISE DU SACRÉ SUR L'ESPACE PUBLIC : UNE STRATÉGIE D'ANESTHÉSIE SOCIALE
Cette irruption massive des églises de réveil dans le champ politique camerounais n'a rien d'un phénomène de ferveur spontanée. Elle relève d'une ingénierie de la distraction publique. En capitalisant sur la détresse sociale, la pauvreté endémique et le désespoir d'une jeunesse sans avenir, ces structures confessionnelles se transforment en outils de contrôle de masse. L'espace public, qui devrait être le lieu du débat contradictoire, de l'évaluation des politiques publiques et de l'exigence de comptes, se retrouve saturé par un discours de la fatalité divine et de la soumission au pouvoir établi.
En instrumentalisant le sentiment religieux, le régime tente de dépolitiser les masses. La promesse du salut dans l'au-delà ou l'affirmation que « tout pouvoir vient de Dieu » servent d'exutoires pour désamorcer la contestation légitime. Ces églises de réveil fonctionnent dès lors comme de véritables officines de propagande, où le message biblique est dévoyé pour légitimer la perpétuation des privilèges d'une oligarchie minoritaire au détriment du bien commun.
LE CAMEROUN N’EST PAS UNE MONARCHIE
Disons-le clairement : Frank Biya n’a aucun mérite, aucune trajectoire technocratique ni aucune compétence éprouvée pour diriger une nation aussi puissante, complexe et ambitieuse que le Cameroun. Il n’est que le produit d'un système failli dont il partage l'entière responsabilité morale. Il a pour seul pedigree son statut de fils du président Paul Biya dont la trajectoire politique est connue depuis son retour de France en 1962.
Le projet de le nommer à une vice-présidence de transition — alors que chacun sait que Paul Biya n'est plus en position d'exercer son discernement — est une insulte à l'intelligence des citoyens. C’est une provocation institutionnelle majeure qui expose ses artisans et leurs complices à un retour de bâton historique sans précédent.
Si Frank Biya nourrit l'ambition légitime de diriger ce pays, qu'il affronte donc le verdict transparent des urnes, au risque de mesurer l'ampleur du rejet ou de l’acceptation qu'il inspire auprès de la population.
LE CLAN BIYA JOUE AVEC LE FEU
En s'entêtant à vouloir imposer une transition successorale et familiale par la ruse et la manipulation religieuse, les dirigeants actuels prouvent qu’ils ont perdu toute mesure des réalités du terrain.
Après avoir échoué sur tous les plans — économique, sécuritaire, et social —, ils sous-estiment la colère profonde qui s'accumule au sein de la société civile.
Le mécontentement populaire n'est plus une simple rumeur : c'est une force latente prête à briser les rouages de ce cirque politique.
LES CAMEROUNAIS EN ONT RAS-LE-BOL
À force de pousser un peuple à bout, de confisquer ses droits fondamentaux, et de bafouer sa dignité par des mises en scène mystico-politiques, on ne récolte pas la soumission, mais la révolte.
Le régime devrait se rappeler que l'Histoire ne pardonne pas indéfiniment l'aveuglement des tyrannies.
Loïc Kodjay









