Les élections s’approchent et il y a des attentes claires et précises des populations camerounaises vis-à-vis de leurs intellectuels : les éclairer sur les principaux défis du Cameroun et guider leurs suffrages de manière pertinente vers les candidats les plus aptes à les surmonter.
Les défis sont extrêmement nombreux et doivent servir d’ossature du débat. On peut citer les crises économiques à répétition, le blocage politique, le communautarisme politique, l’illiquidité du trésor Public, l’extrême polarisation du développement, etc.
Mais loin de ce travail utile, certains intellectuels préfèrent la diversion, à travers cette fameuse idéologie de la Bamiphobie sans aucun fondement.
Tout peuple a parfaitement le droit de se plaindre d’être marginalisé ou proscrit. Mais quand il se plaint, il s’adresse, évidemment soit aux autres peuples de la terre comme témoins, soit aux institutions nationales et internationales.
Cela suppose qu’il dispose des arguments sérieux pour justifier sa plainte, et ces arguments sont de quatre ordres :
1. des indicateurs statistiques qui établissent sa marginalisation, en montrant qu’il est mal représenté par rapport à sa démographie
2. des dispositions institutionnelles qui, de manière claire et ciblée, lui récusent un droit qu’elles donnent aux autres
3. la tolérance, voire l’encouragement par les autorités publiques des discours et publications le stigmatisant comme un peuple indésirable.
4. la violation des droits historiques légitimes
Muni de ces arguments, le peuple en question peut donc aller se présenter aux Nations-Unies ou toute autre instance internationale, et plaider sa cause pour obtenir réparation ou réclamer la protection. IL bénéficie, pour ce faire, de l’accompagnement d’une kyrielle d’ONG dédiées à la défense des droits des peuples.
Voilà ce qu’on attend des théoriciens de la Bamiphobie. Mais qu’est-ce que ces gens peuvent présenter comme arguments aux Nations-Unies, à d’autres instances de protection des peuples ou à la Communauté Internationale ?
Quel dossier technique, étayé par des arguments probants, ces zélés défenseurs de la Communauté Bamiléké peuvent présenter à des juges extérieurs pour justifier leurs thèses ?
Quelle est l’ONG, parmi les milliers dédiés à la défense des peuples, a émis la moindre alerte sur le sort des Bamiléké au Cameroun. ?
Rien du tout, en dehors d’un maigre cafouillis de ragots attribués à deux ou trois individus, des interprétations tendancieuses de quelques personnalités publiques sorties de leur contexte et des renvois à ce qu’aurait dit un colon.
Quelqu’un aurait dit qu’un Bamileke ne peut pas être Président : et alors ? Est-ce que c’est lui qui nomme les Présidents au Cameroun ? C’est lui qui a d’abord nommé les deux seuls Présidents que le Cameroun a eus, à savoir Ahidjo et Biya ?
Ce qui est important ici, c’est la loi ! Il n’existe aucune loi au Cameroun qui exclut une communauté des élections ! Et tous les Bamileke qui ont voulu se présenter aux présidentielles en respectant la loi ont été retenus. Kamto lui-même a été retenu en 2018.
On nous cite une sorte de haine généralisée, en évoquant les sentiments strictement personnels des citoyens. Mais les sentiments n’ont jamais géré un pays ! Ce qui gère un pays, c’est la loi ! Dans notre environnement, le moindre succès vous attire toujours la jalousie et la défiance des autres, mais il n’existe aucune loi qui interdit d’avoir des sentiments ! La seule chose que la loi demande, c’est de respecter le droit des autres !
Dans nos quartiers, il y a des gens détestés par une grande majorité de la population. Ils n’ont jamais porté plainte pour cela, et pour cause, il n’existe aucune loi qui oblige les gens à s’aimer les uns les autres. La loi demande de respecter le droit des autres, un point c’est tout !
On nous cite les pratiques coloniales qui auraient inauguré la Bamiphobie ! Bon Dieu, les Camerounais ne se déterminent pas par rapport aux colons, mais uniquement par rapport au vécu et aux rapports plus concrets qu’ils entretiennent entre eux au quotidien.
Enfin, on nous présente Kamto comme la victime emblématique de la Bamiphobie ! Assez étrangement, les mêmes déclarent partout que la « satrapie » de Biya ne peut pas perdre les élections qu’elle les trafique. Mais justement, est-ce que c’est Kamto et seulement Kamto qui allait empêcher Biya de trafiquer les élections parce qu’il est Bamileke? Avec quels moyens opérationnels ? les aboiements hystériques de Facebook ?
Allons ! Allons ! Outre une incroyable constellation de fautes dont chacune justifiait sa disqualification, Kamto a fait ce qu’il ne faut jamais faire avec le régime de Yaoundé : contester et intimider les institutions !
Au Cameroun, et bien avant l’indépendance, cela ne se fait pas ! Toute contestation se passe à l’intérieur des institutions et dans leur strict respect. Tous ceux qui s’en écartent sont impitoyablement écartés, car le système est totalement allergique aux pressions insurrectionnelles ou révolutionnaires.
Et aujourd’hui plus qu’hier. La bureaucratie centrale est attachée à ses privilèges et ne tolèrera jamais que des initiatives mal contrôlées viennent perturber sa sérénité.
En définitive, la Bamiphobie est une pure diversion qui ne s’appuie sur aucun argument. Et la comparer à la crise anglophone est une fumisterie : les Anglophones ont connu un parcours historique différent, cela n’est contesté par personne, et ils se sont réunis aux Francophones sur la base d’un Etat fédéral qui a été supprimé. Quelle que soit l’opinion qu’on peut avoir, leur cause est argumentée et parfaitement audible. Elle fait l’objet des contentieux officiels auprès des organisations internationales.
La Bamiphobie n’a aucun fondement; c’est une cause qu’on ne peut défendre nulle part, en dehors des réseaux sociaux.
C’est un perd-temps, une diversion stérile qui prolonge l’imbécile débat sur le mandat impératif.
Débattons des programmes : c’est cela que le peuple camerounais attend de nous. Maintenant.