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Opinions of Wednesday, 27 October 2021

Auteur: BORIS BERTOLT

Colère d'un père après la tragique mort de sa fille à l’Hôpital Central de Yaoundé

'Elle est bombardée d’antibiotiques de tous genres' 'Elle est bombardée d’antibiotiques de tous genres'

C'est avec tristesse et colère que le père de la jeune ABEDENA FOUDA Emmanuelle Scintyche, âgée de 19 ans, revient sur les circonstances du décès de sa fille à l’Hôpital Central de Yaoundé. Dans le témoignage, dont la rédaction de Camerounweb vous propose ci-dessous l'intégralité, le père dénonce les conditions de prise en charge des patients dans cette structure étatique.

En effet, le dimanche 28 juillet 2019, à 13 heures, j’accompagne ma fille ABEDENA FOUDA Emmanuelle Scintyche âgée de 19 ans et élève en classe de Première C au lycée de SOA aux Urgences Médicales de l’Hôpital Central de Yaoundé. Numéro du patient : 00 84D. Depuis deux jours, elle a semblé souffrir d’un paludisme et nous n’avons pas hésité à commencer avec elle un traitement en pharmacopée traditionnelle locale dans ce sens.

Malheureusement, elle vomit tout ce qu’elle mange et ne pouvant arrêter les vomissements, nous la conduisons à l’hôpital. Très précisément l’Hôpital Central de Yaoundé où elle est accueillie aux Urgences et soumise à de nombreux et couteux examens. L’enfant ayant signalé des douleurs pelviennes, le corps médical se lance dans une recherche unilatérale dans ce sens et oublie de s’occuper du paludisme trop apparent dont souffre la petite. Elle est bombardée d’antibiotiques de tous genres et l’échographie que je ramène à 2 heures du matin lundi 29 juillet présente un résultat négatif.

J’ai pu lire en haut de la page « suspicion PID » et en bas « impossibilité de conclure à une PID » à peu près. Il semble que par la suite, secret médical oblige, les médecins ne vont pas s’entendre sur la véracité de PID, anglicisme qui semble renvoyer à une infection dans la zone pelvienne et lorsque le lendemain mardi ils se penchent enfin sur la piste « paludisme » le résultat de la goutte épaisse me parvient à 14heures 40 minutes environ alors que je retourne à mon bureau après la visite de midi. On parle alors de paludisme très grave (les médecins parleront de +3000 trophozoïtes) et l’enfant fait des signes de déshydratation sévère.

Cela est très visible et elle demande à boire ou des fruits à consommer. Nous nous débrouillons tant bien que mal à lui donner quelque jus de fruit malgré les difficultés. Mais l’enfant commence à s’affaiblir. Le mercredi 31 juillet à 2 heures du matin environ, elle est transférée en réanimation et soins intensifs. Le Coût forfaitaire pour dix jours s’y élève à environ Cent quatre-vingt-dix mille francs (190.000) CFA. Nous nous y engageons malgré le cout élevé. Mais curieusement notre fille n’est pas placée sous oxygène (on nous dira plus tard qu’elle n’en avait pas encore besoin) et les produits de base pour l’intervention médicale urgente ne s’y trouvent pas.

Rien et alors rien ne se trouve dans ce pavillon et même pas les gants de soin pour les médecins que nous devons continuellement fournir. Alors que mon enfant souffre déjà apparemment de paludisme, je dois encore la veiller contre les piqures de moustiques présents à l’intérieur du pavillon. D’ailleurs c’était déjà plus grave au pavillon Maternité. Cela nous conduit à une première dispute avec les infirmières dès l’entrée au pavillon Réanimation et Soins intensifs où je trouve des moustiques plein de sang sur les murs de la chambre qui abrite ma fille.

Comment cela s’explique–t-il ? De nuit et de jour nous recherchons les produits devant sauver la vie de notre fille dans les différentes pharmacies de la ville et des produits de haute urgence tels que la DOBUTAMINE ou les lunettes à oxygène que nous passons la nuit à chercher dans les pharmacies de garde manquent dans ce pavillon. Le médecin va me faire comprendre plus tard que c’est exactement cette fameuse DOBUTAMINE qui était en charge de relever la tension basse après l’altération de la fonction rénale par déshydratation (ou overdose d’antibiotiques ?).

Le produit est obtenu assez tard dans la journée de jeudi et l’enfant décède à 16 h 30 min ou sinon bien avant parce que je vois bien que le reste n’était que simagrées et distractions pour nous préparer à recevoir la triste nouvelle.