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Opinions of Sunday, 28 October 2018

Journaliste: Brice Cardeau

Chefferies traditionnelles: le 'Roi des Bahams' aurait-il perdu la face ?


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De la définition de la notion de chefferie à l'acception africaine du concept

Claude Rivière dans son texte Anthropologie politique paru à Armand Colin en 2000 et précisément en page 133 définit la chefferie comme une "entité politique et administrative représentant des communautés sur un territoire limité à base régionale, soumise à la domination d'un chef dont l'autorité ne repose plus uniquement sur la parenté (à la différence du clan), mais également sur le prestige, le sacré et une certaine coercition limitée". Sauf qu'à notre sens, on ne peut plus parler de chefferies aujourd'hui en Afrique sans admettre d'abord, d'une part, que cette expression recouvre des réalités sociopolitiques extrêmement diversifiées, et, d'autre part, que les formes du pouvoir politique qu'elles caractérisent sont rarement figées mais, au contraire, subissent des contraintes historiques, démographiques ou simplement écologiques qui font d'elles un centre privilégié du dynamisme social. Si elle est devenue tout à fait commune, cette expression a pour origine une attitude coloniale qui envisageait l'« autre » dans le halo de l'exotisme et qui visait à bâtir l'administration des territoires et des hommes. La formule britannique de l' "indirect rule" (gouvernement indirect) exprime bien le souci qu'avaient les colons de comprendre les institutions politiques africaines traditionnelles (par opposition à celles du monde européen) et de les utiliser, aussi diversifiées fussent-elles, de manière à mettre en place des formes de relais du pouvoir adaptées à chaque situation particulière.

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Les États africains en accédant à l'indépendance ont perpétué cette approche du fait politique traditionnel et son traitement administratif. C'est de là, c'est-à-dire de l'acception africaine nouvelle de l'idée cheffériale, que part tout le problème. Il y a eu, depuis l'arrivée des puissances impérialistes, une sorte de dénaturation du phénomène du pouvoir traditionnel. Aussi convient-il de distinguer, dans la situation actuelle, les chefferies créées et mises en place depuis la colonisation de celles qui conservent une authenticité africaine, quand bien même elles n'ont pu se soustraire aux pressions politiques contemporaines. Du fait de leur caractère très élaboré, de leur cohésion et de leur permanence, les chefferies bamiléké, puisqu'elles nous intéressent dans cet essai d'analyse, sont souvent citées en exemple dans la littérature anthropologique. Chacune d'elles est établie sur un territoire bien délimité, dont les frontières sont parfois matérialisées par des tranchées. Le chef est donc étroitement lié à son territoire mais surtout à ses populations avec lesquelles il entretient non pas une relation de Maitre à esclaves comme cela semble être le cas pour les quelques "ratés" qui veulent en altérer l'esthétique, mais une relation fusionnelle à travers laquelle chaque fils du village se considère comme partie constituante de la chefferie-institution et de la chefferie-personne. Cette fusion est symbolique et allégorique.

Le cas du chef Baham : un dilemme savamment conçu et à lui imposé par le "Ngbem-Ngbem"

La subordination de certaines autorités traditionnelles par des nominations à des postes politiques et par d'autres stratagèmes est, ne serait-ce que sur la forme, un problème. Mais Paul BIYA aime ce type de problème, il sait s'en servir pour créer la confusion et assurer la pérennité de son pouvoir. POKAM MAX II, n'est pas le seul Chef traditionnel nommé sénateur. Seulement, le "NGBEM-NGBEM", en fin stratège et dans sa posture de génie-inspirateur politique, en le nommant savait pertinemment qu'il est le Chef de la communauté à laquelle appartient Maurice KAMTO, le Tireur de Pénalty : BAHAM.

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Que représente Baham ?

Baham c’est le chef-lieu du département des Hauts-plateaux, un village traversé par la Nationale Numéro 5 reliant la ville de Douala à celle de Bafoussam, une route de plus en plus désertée par les transporteurs à cause des "nids de poules", les véhicules préférant la falaise de Santchou. Le taux de couverture en ce qui concerne l’électrification rurale dans cette localité est à peine de 24 % selon l’Agence d’Électrification Rurale pour ne prendre que cet exemple. C'est donc une localité enclavée qui, bien qu'ayant compté parmi ses fils, des personnalités politiques rendues importantes par le régime de Yaoundé, a toujours été un bastion de l'opposition. C'est vérifiable ! C'est un peuple un peu différent qui me semble nettement plus aguerri et mature politiquement, sincèrement amoureux du jeu démocratique. Plus grave, leur fils était alors candidat et c'était l'occasion pour eux de prouver tout leur dynamisme. Cependant, dans une démocratie, aussi farfelue soit-elle, la liberté de choix est le maitre-principe.

Mais comment le Chef pouvait-il aussi facilement choisir ? En fait, les misères du sénateur-roi ont commencé depuis son choix de militer publiquement et ostensiblement pour le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais. Elles se sont accentuées à la veille du scrutin du 7 octobre dernier. Alors que certains pensaient que la validation de la candidature de Maurice KAMTO parmi ceux appelés à challenger le "NGBEM-NGBEM NATIONAL" allait plonger le Chef de son village dans l’embarras, celui-ci a plutôt très facilement fait son choix au profit de la force de l'expérience. Au cours de ses sorties pendant la période pré et post-électorale, il n’a pas manqué d’appeler ouvertement ses "sujets" à le suivre dans la même voix. Depuis quelques jours, le Chef a subi de graves atteintes à son honneur, à son prestige ; il a été ridiculisé et humilié par certains de ses fils. C'est ignominieux ! Une première mort en effet. Le Chef doit comprendre que dans sa posture, il avait raison de choisir, il en a la liberté, mais il n'aurait jamais dû se mêler de politique au point d'inviter son peuple à suive son choix. Choisir sans imposer son choix à ses filles et fils. C'est une erreur et il ne saurait s'en prévaloir. LE ROI EST TOUCHÉ, VIVE LE ROI !!!

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