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Opinions of Thursday, 23 December 2021

Auteur: BORIS BERTOLT

CONFIDENTIEL: Paul Biya refuse de payer les salaires des employés d'Africa 24

Une situation ayant provoquée une importante tension de trésorerie Une situation ayant provoquée une importante tension de trésorerie

C'est un véritable chemin de croix pour le patron du groupe Africa 24, Constant Nemaleu. Selon les confidences du lanceur d'alertes camerounais Boris Bertolt, la présidence de la République du Cameroun, principal soutien financier de cette chaine africaine basée en France, a décidé de ne plus mettre la main à la poche. Ceci entraine une situation catastrophique pour la chaine qui est à deux doigts de déposer le bilan.

Africa 24 broie du noir. C’est le moins que l’on puisse dire. Pour preuve, depuis hier 17 heures, son personnel est entré en grève. Afin de masquer ce soulèvement au sein de l’entreprise du fait de trois mois d’arriérés de salaires impayés, le patron du groupe, Constant Nemaleu a fait diffuser d’anciens programmes. Mais le malaise est là et perceptible au travers des propos des employés de la chaine. Pourquoi les salaires n’ont pas été payés ? La réponse de Constant Nemaleu est simple : le racheteur de la chaine, à savoir le gouvernement de la République du Cameroun n’a pas sorti le chèque. Une situation ayant provoquée une importante tension de trésorerie qui au final a abouti à des salaires impayés.

Il faut savoir que depuis des années, la chaine qui entretient des liens très étroits avec la présidence de la République du Cameroun traversait des moments difficiles. Au terme de la restructuration d’Africa 24, le groupe a cédé sa filiale française Afrimedia SAS à la République du Cameroun. Un communiqué du groupe soulignait à cette époque : « Le Groupe Africa 24 se réjouit de la décision de justice du 30 avril 2019, qui, au terme d’une procédure de redressement judiciaire initiée volontairement le 30 janvier 2018, attribue par un plan de cession, le diffuseur technique de la chaîne, à son partenaire historique (l’État du Cameroun,). Cette décision de justice permettra à l’ensemble des entités du Groupe Africa 24 de se restructurer en mobilisant des investisseurs pour un déploiement optimal sur l’ensemble du continent africain ».

Cette décision du tribunal de commerce de Nanterre présentait donc des lueurs d’espoirs pour les salariés de l’entreprise qui travaillent désormais sous le joug de l’Etat du Cameroun. Mais les choses semblent ne s’être pas passées comme prévues. Or avant que l’Etat du Cameroun ne reprenne la chaine basée à Paris, il avait investi beaucoup d’argent pour assurer son image à l’échelle internationale afin d’échapper aux critiques de mal gouvernance, du manque de démocratie et de violation des droits de l’homme.

Ainsi, Yaoundé a versé plus de 40 millions d’euros à la chaîne depuis 2010. Soit environ 26 milliards 200 millions fcfa. Cela a principalement pris la forme d’espaces publicitaires. Après sa reprise de la chaîne le gouvernement camerounais s’est engagé en 2019 à acheter des espaces publicitaires à hauteur de 3,2 millions d’euros par an, soit environ 2 milliards Fcfa. Par ailleurs, le Cameroun s’était aussi engagé à subventionner les pertes de la chaîne, et a versé à ce titre 4,9 millions d’euros. Soit environ 3 milliards 200 millions Fcfa.

Le Cameroun a apporté, en deux tranches, 10 millions d’euros ( environ 7 milliards Fcfa) en capitaux à Afrimedia International, une holding luxembourgeoise qui détenait la chaîne jusqu’en 2019. Or cette Holding est en réalité la quasi propriété de Constant Nemaleu qui a conservé 74% de la holding luxembourgeoise, bien que le Cameroun ait apporté la quasi-totalité des capitaux.

Yaoundé ne veut plus saigner. Une situation qui tombe mal dans un contexte où l’opinion publique a récemment critiqué les usages des lignes 94 du ministère de l’Economie et 65 du ministère des Finances régulièrement utilisées pour ce type d’opérations. Le principal leader de l’opposition, Maurice Kamto a d’ailleurs le 16 novembre 2021 demandé un audit de ces deux lignes sur les vingt dernières années.