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Opinions of Monday, 23 October 2017

Journaliste: Michel Biem Tong

Amougou Belinga, le nouveau patron des magistrats camerounais


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Une nouvelle République est née. Ne parlez plus du Cameroun, République au sens juridique du terme avec une constitution, des lois et des conventions internationales garantissant droits et libertés qui sont appliquées et respectées. Celle-là a vécu. Ne parlez plus que d’Amougou Land. Il s’agit là d’une drôle de République bananière, mieux, une « Républiquette » avec à sa tête un certain Jean Pierre Amougou Belinga. Cette Républiquette a pour nom le groupe de presse L’Anecdote auquel appartient la célèbre chaîne de télévision Vision 4 (Canal 304 sur le bouquet Canal +). Ce véritable Etat dans l’Etat (où des journalistes n’hésitent d’ailleurs pas à donner des injonctions aux autorités policières) est régi par des lois bien singulières : un égo surdimensionné, de l’argent en milliard aux origines plus que douteuses, une amitié avec le tout puissant ministre de la Justice, Laurent Esso, des liens de mariage avec une magistrate, avocate générale à la Cour suprême. Des lois Amougou Belinga élaborées, adoptées et promulguées par un seul et même individu.

Au nom des fameuses lois Amougou Belinga, le destin de Patrick Sapack et David Eboutou, deux consultants de Vision 4, a basculé un après-midi du 17 juin 2016. Juste pour avoir réclamé au « président de la République du Amougouland » leur dû après un travail abattu au Congo pour le compte de Vision4. Au nom des lois Amougou Belinga, ils ont été pris à un piège tendu par le « grand patron » au siège du groupe l’Anecdote, la nouvelle République. Au nom des lois Amougou Belinga, ils ont été roués de coups par la garde rapprochée du « président » (non, pas du président directeur général !), menottés, filmés par les caméras d’Amougouland TV et embarqués manu militari non pas dans un véhicule de la police de l’ancienne République du Cameroun mais dans un pick up d’Amougouland TV. Direction, police judiciaire, celle du « président Amougou Belinga », avant d’échouer à la prison centrale de Yaoundé.

En République d’Amougouland, les magistrats sont interdits de rendre justice et de dire le droit au sens de la Respublica. Surtout pas. Ils doivent appliquer les lois Amougou Belinga : Quelques millions de F CFA et un coup de fil à Laurent Esso suffisent pour les mettre au pas. La « Première Dame » d’Amougouland, magistrate, veille au grain. Au nom des lois Amougou Belinga, Patrick Sapack et David Eboutou peuvent rester en détention provisoire sans titre depuis le 23 décembre 2016, et c’est bien. Au nom des lois Amougou Belinga, le plaignant n’est pas fichu de se présenter au box de la partie civile pour défendre son accusation (au fait, n’est-il pas « président de la République » ?), et c’est bien. Au nom des lois Amougou Belinga, le juge peut renvoyer une affaire pour des motifs parfois ridicules, et c’est bien.

L’espoir est permis

En République d’Amougouland, une facture sortie d’un laboratoire de faussaires peut servir de base d’accusation devant le tribunal, et c’est bien. En République d’Amougouland, le tribunal n’est pas obligé de statuer in rem (des faits dont il est saisi par une ordonnance de renvoi). Non. On peut en cours de jugement passer d’une affaire de « faux » et « tentative d’escroquerie » à une histoire bête et idiote de publications prétendument tendancieuses sur les réseaux sociaux, et c’est bien. Voilà donc brossée en quelques lignes la « République d’Amougouland », une République du « pas possible » où des lois scélérates coûtent la liberté et brisent les vies de deux innocents sans histoires.

Mais il y a espoir. Espoir du retour à la République du Cameroun. Une République où un citoyen ne sera pas jeté dans un pénitencier par un richissime chef d’entreprise pour un oui ou pour un non. Une République où la Constitution et les lois seront respectées et les droits humains garantis. Une République où le garant constitutionnel de l’indépendance de la justice ne sera plus cet éternel vacancier enfermé dans sa tour d’ivoire. Oui, il est permis d’espérer. Car la République d’Amougouland est bâti sur du sable mouvant et peut s’effondrer au moindre coup de vent. Un vent du changement qui est imminent.

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