Dans la nuit du 6 au 7 mars 2026 à Bertoua, un gang lourdement armé a orchestré un spectaculaire braquage contre une entreprise de commercialisation d’or. Après avoir séquestré le directeur de la société, sa famille et des agents de sécurité, les malfaiteurs ont forcé l’ouverture d’un coffre-fort et dérobé 250 millions de FCFA ainsi qu’une importante quantité d’or. Grâce à une enquête menée par la Division régionale de la Police judiciaire de l’Est, huit membres du réseau ont été arrêtés et le butin partiellement récupéré.
Il y avait dans cette affaire tous les ingrédients d'un film de gangsters, des hommes lourdement armés débarqués de Yaoundé et de Douala, des travestissements pour tromper la vigilance, un coffre-fort forcé sous la menace, des milliards emportés dans la nuit, et un partage de butin au fond d'un bosquet à Dabadji. Sauf que cette histoire-là n'est pas de la fiction. Elle s'est déroulée dans la nuit du 6 au 7 mars 2026 à Bertoua, et elle s'est terminée non pas par la fuite des malfrats, mais par leur arrestation totale grâce au travail méthodique et déterminé des enquêteurs de la Division Régionale de la Police Judiciaire de l'Est, placée sous le commandement du Commissaire Divisionnaire Hervé Djeumo.
Tout commence dans la soirée du 6 mars. Les membres du gang, renseignés par un informateur infiltré dans l'entourage de la victime, prennent position aux abords du domicile de Monsieur Yacoubou Moussa, Directeur d'une entreprise spécialisée dans l'achat et la commercialisation de l'or, appartenant à l'opérateur économique Alhadji Arouna. Aux alentours de 21 heures, au retour du Directeur, ils franchissent le portail à l'instant où le vigile l'ouvre pour son patron. L'irruption est foudroyante. En quelques secondes, Yacoubou Moussa, son cousin Ismaël et les autres membres du foyer sont maîtrisés, ligotés. Les assaillants, armés de pistolets automatiques et de machettes, passent à tabac le Directeur pour lui arracher l'emplacement d'une éventuelle cachette. Ils ne récoltent d'abord qu'un million de francs. Insuffisant. La décision est prise de passer à la phase suivante.
Changement de tactique, changement de tenue. Les malfrats enfilent des vêtements de femmes un déguisement grossier mais suffisant pour ne pas éveiller les soupçons et conduisent Yacoubou Moussa, toujours sous la menace des armes, jusqu'au siège de l'entreprise à Ndemnam dans l'arrondissement de Bertoua 1er . Le vigile de nuit, reconnaissant son patron, ouvre sans méfiance. Il sera lui aussi ligoté dans les minutes qui suivent. Contraint et forcé, Yacoubou Moussa ouvre le coffre-fort. Les gangsters s'emparent alors de son contenu, 250 millions de francs CFA en espèces et une importante quantité d'or évaluée à plusieurs milliards.
Les complices restés au domicile maintiennent en respect la famille pendant toute la durée de l'opération. Une fois le forfait accompli, le gang se retrouve à Dabadji toujours à Bertoua 1er dans un bosquet, pour le partage du butin sous la houlette du chef de gang.
Ce qui distingue cette affaire de bien d'autres, c'est ce qui s'est passé ensuite. Informée dans les heures suivantes, la Division Régionale de la Police Judiciaire de l'Est ouvre une enquête. Le Commissaire Divisionnaire Hervé Djeumo et ses hommes ne lâchent pas le fil. Croisant les informations de plusieurs indicateurs, les déclarations du requérant et l'appui technique de l'ANTIC, ils remontent méthodiquement la piste du gang jusque dans ses repaires de Douala, Yaoundé et Bertoua. C'est une dépense ostentatoire qui trahit d'abord le chef de gang Atangana Jean Félix, connu sous le sobriquet d'« Atango », est signalé en train de flamber sans retenue.
Les enquêteurs se déploient sur Yaoundé, procèdent à son interpellation, puis démantèlent l'ensemble du réseau. Au total, huit individus tombent : Atangana Jean Félix alias Atango, Mohamadou Aminou alias Aminou Ninja l'homme aux armes, qui reconnaît les avoir achetées à un détenu dans une prison du pays pour 600 000 francs , Danga Dominique alias Ben Laden, Ndongo Moïse, Abdou Mounini alias Mounini, Abdoulaye Ibrahim alias Gadjagadja, Ngouko Djeukam Michel et Hamadou Djibrila. Tous sont des repris de justice. Tous passent aux aveux lors d'exploitations approfondies conduites par les enquêteurs de la PJ Est.
Les révélations qui en découlent sont accablantes. Le commanditaire du braquage n'est autre qu'Abdoul Mounini, le propre frère cadet de la victime celui-là même qui, en 2019, avait déjà fait appel à des braqueurs pour attaquer une escorte d'or au niveau d'Édéa, avant d'être interpellé par la PJ du Littoral et présenté devant le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Douala. Une trahison familiale qui donne à cette affaire une dimension particulièrement sombre.
Mais l'enquête révèle surtout l'ampleur d'un gang qui opère depuis plus d'une décennie sur l'ensemble du territoire national, ciblant hautes personnalités et opérateurs économiques avec une froide méthodologie. En 2012, ils s'en prennent au domicile de l'ancien Secrétaire d'État à la Défense, le regretté Jean Bokam, emportant 100 millions de francs. En 2015, ils braquent Makandop, PDG de la STBK, grand opérateur du secteur forestier dans la région de l'Est, et sont déférés devant le Tribunal Militaire de Bertoua. En 2019, ils s'attaquent au domicile de Ntonga Ntonga Fils Bernard, Directeur Adjoint des Impôts, puis à celui d'Obama Vitaline, officier de police en service à la division du renseignement dans le Mfoundi. En juin 2022, c'est Mvondo Jean Sylvain, Directeur de la Programmation des Investissements au Ministère de l'Économie, qui est séquestré et dévalisé, une affaire qui les conduit une nouvelle fois devant le Tribunal Militaire de Yaoundé. Et malgré tout cela, ils sont là, en mars 2026, à recommencer. Parce qu'à chaque fois, quelque chose dans la chaîne judiciaire s'est grippé.
Le bilan des saisies opérées à l'issue de l'enquête est sans appel , 15 kilogrammes d'or, 300 grammes de poudre de cocaïne évalués à 6,5 millions de francs, 121 millions de francs CFA en espèces, 12 véhicules de luxe, 2 camions semi-remorques, 4 pistolets automatiques avec chargeurs et munitions de calibre 9 mm, une moto de marque Senke ayant servi lors du braquage, et un duplex au quartier Odza Borne 10 à Yaoundé, propriété du chef de gang Atangana Jean Félix, acquis à 270 millions de francs et équipé pour 20 millions supplémentaires.
Le Commissaire Divisionnaire Hervé Djeumo, dont la division a conduit l'ensemble de l'opération, a tenu à prendre la parole sans détour : « Ce gang écume l'ensemble du territoire national. Ils ont été interpellés plusieurs fois pour leurs forfaitures, mais très curieusement ils se retrouvent toujours en liberté. Nous espérons que cette fois, traduits devant Madame le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Bertoua, ils répondront non seulement de l'acte de braquage chez Alhadji Arouna, mais également de tous les nombreux actes qui leur sont reprochés, tous constituant des circonstances aggravantes. » Avant de conclure avec un message adressé à la population : « Je voudrais rassurer les hautes personnalités, les opérateurs économiques, mais aussi tous les habitants de Bertoua, de la région de l'Est et de tout le Cameroun : la Sûreté nationale veille. Collaborez avec les Forces de Défense et de Sécurité. ».
Trois facilitateurs et receleurs présumés demeurent en fuite à Douala et Yaoundé. Leurs identités sont connues des services. Leur arrestation, selon le Commissaire Djeumo, n'est qu'une question de temps.
Ce gang croyait que la nuit de Bertoua lui appartenait. Il avait tort.









