Vous-êtes ici: AccueilInfosCrime & Punishment2018 03 15Article 435177

Crime & Punishment of Thursday, 15 March 2018

Source: Kalahara N° 241

Affaire des enfants sodomisés à mort à Yaoundé: le récit des faits

En dépit de nombreuses procédures judiciaires engagées leur père, les enfants retrouvés mort et enterrés précipitamment à Efoulan il y a un mois, n’ont pas été éloignés du danger.

Après le retour en prison de la mère sur instruction du ministre de la Justice, Kalara revient sur l’origine d’un double drame qui aurait pu être évité. Deux rebondissements spectaculaires

Lundi, 5 mars 2018, Mme Zoua Suzanne Elvire, la mère des deux enfants retrouvés morts dans des circonstances non encore élucidées, a été placée en détention provisoire à la prison centrale de Kondengui. Trois semaines à peine après le déclenchement du scandale populaire dit des enfants d’Efoulan, la mise aux arrêts de cette dame marque un rebondissement dans cette affaire. Mère des deux enfants décédés le même jour avec des traces visibles de violence, la mère, l’un des principaux suspects de ce qui ressemble à un assassinat, se retrouve enfin incarcérée.

Elle avait bénéficié de la gentillesse du juge d’instruction du Tribunal e grande instance (TGI) du Mfoundi, M. Moussa Emmanuel, chargé de l’enquête. Et s’était retrouvée en liberté sous caution contrairement à son compagnon de misère, M. Atangana André Guy, qui croupit depuis en prison. Selon les informations de Kalara, c’est une instruction personnelle du ministre de la Justice qui a permis cette évolution du dossier. Madeleine Jade Léa-Audra Nszié Bengono, 2 ans et demi, s’était éteinte apparemment aux premières heures du 15 février dernier.

Le même jour, son corps avait été enterré au domicile de M. Messi Atangana Luc, son «grand-père». Quelques heures plus tard, la dépouille de Luc Bradley Rayan Messi, 6 ans et demi, l’un des aînés de Madeleine, était aussi retrouvée dans la maison de leur mère. Sur le corps de cet enfant apparaissaient des traces visibles de la violence, dont les photos mises en circulation dans les réseaux sociaux avaient suscité un émoi sans égal auprès de l’opinion.

Alertée, la police avait ouvert une enquête suite à ce double décès Le corps de Madeleine était exhumé et placé sous séquestre judiciaire avec celui de son frère. Deux des principaux suspects du crime étaient interpellés, puis inculpés pour coups mortels, avec les développements que l’on connaît. L’un des deux enfants a été enterré vendredi, 9 mars dernier, dans la famille de M. Messi Atangana Luc, à Effoulan.

Les obsèques se sont déroulées en dépit de l’opposition de M. Bengono Christophe Désiré, cadre financier en service à Kribi, qui se présente comme le père des deux enfants décédés. La «demande en apposition des scellés sur la dépouille mortuaire de feu Messi» introduite mardi dernier par Me Bipan Francis, l’avocat de M. Bengono, n’a pas connue une issue heureuse auprès du président du TGI du Mfoundi.

Cependant, une démarche similaire initiée auprès du président du Tribunal de première instance de Yaoundé TPI) – centre administratif concernant Madeleine Jade a produit des effets. Sa dépouille reste à la morgue de l’Hôpital central de Yaoundé, en attendant la suite de l’affaire. Cette évolution des choses, à travers deux rebondissements de la semaine dernière, met en lumière une bataille démarrée depuis plus d’un an entre, d’une part, le géniteur des enfants décédés, et d’autre part, leur «grand-père» et leur mère, d’autre part, pour la survie des enfants. Le géniteur avait découvert il y a de longs mois que sa progéniture était en danger. Malgré des actions menées auprès de la justice et de la police, il n’a pas pu la mettre hors de danger, comme si une main noire veillait pour qu’il en soit ainsi.

Aux sources d’un danger qui plane encore…

M. Bengono Christophe Désiré vit avec Mme Zoua Suzanne Elvire depuis environ 13 ans, sans être liés par un acte de mariage. De cette vie commune sont nés trois enfants, dont un seul, la regrettée Madeleine Jade, avait été reconnue par son géniteur. Les deux autres, dont l’aînée encore en vie, 12 ans, n’ont pas connu le même bonheur. Il y a environ un an, de graves divergences apparaissent au sein de ce couple. L’homme, M. Bengono, qui vient de trouver un emploi à Kribi, s’y rend et laisse sa famille dans un appartement situé au quartier Ekié de Yaoundé, lieudit Complexe Béac dans un immeuble dénommé «The state Pentogon».

La relation va connaître une détérioration rapide lorsque M. Bengono se rend compte que son ex-compagne s’adonne à un culte qu’il croit dangereux pour leurs enfants. En fait, début avril 2017, le cadre financier arrive à Yaoundé sans se faire annoncer. Ce qu’il découvre dans le luxueux appartement d’un salon et trois chambres le pousse à se rendre chez Me Tchimdou Mekiage Micheline, huissier de justice : «une forte odeur d’encens se dégage de cet appartement ; […] les pièces internes […] ont des schémas sur le sol faits de sel teinté en vert représentant des figures en formes de croix, triangles, des épées et de pentacles sur lesquels sont visibles des restes de bougies consommées», écrit l’officier ministériel, avant de poursuivre sa description.

«Sur la table du salon se trouve une bible, un crucifix fait en métal, deux statuettes de Marie, deux plats avec des restes de bougies consommées et deux fléchettes en plastique ; sur une chaise se trouve une serviette de couleur noire contenant des documents d’exorcisme». Le constat de l’huissier ne s’arrête pas là. Et M. Bengono prend la peine de faire des photos de tout ce qui lui paraît bizarre dans l’appartement. Des photos que Kalara a observées. Dès ce moment, la relation entre M. Bengono et Mme Zoua se détériore davantage. Le cadre commercial veut comprendre dans cet appartement qu’il loue. Il est informé qu’un pasteur dénommé Charles Atangana, mais qui s’appelle en réalité André Guy Atangana s’adonne à un culte cabalistique dans ce domicile.

Que ce dernier «fait boire des potions dont lui seul connaît la composition ainsi que les effets» à la fille de M. Bengono alors âgée de 18 mois. Considérant que toutes les constations faites renvoient pour lui à des pratiques de sorcellerie, M. Bengono dépose une plainte le 11 avril 2017 à la division régionale de la police judiciaire du Centre contre son ex-compagne et son pasteur. Cette plainte ne connaitra aucune suite dans l’immédiat à l’égard des suspects. Entre-temps, le plaignant cherche en vain à revoir ses enfants. Las d’essayer d’entrer en contact avec eux, il introduit, le 17 avril 2017, une «citation directe» au tribunal de première instance (TPI) d’Ekounou contre leur mère et leur grand-mère, Mme Manga Agnès. Il reproche à Mme Zoua des faits «d’atteinte à la filiation» (article 341 du code pénal). Elle doit en outre répondre avec sa mère de l’infraction de diffamation.

M. Bengono s’appuie sur des messages reçus via son téléphone en mars 2017, c’est-à-dire avant la découverte des objets curieux dans l’appartement, pour appuyer sa plainte. Dans le constat d’huissier qui a été fait sur la base desdits messages, le plaignant est notamment traité de «fou». Dès le lendemain de sa plainte, le 18 avril, M. Bengono est sommé d’ouvrir la porte de l’appartement où logeaient ses enfants jusqu’à la découverte des traces des pratiques mystico-religieuses.

Mme Zoua, qui reconnaît explicitement dans l’exploit d’huissier avoir fait trois enfants avec son ex-compagnon, lui donne 24 heures pour «ouvrir les serrures et les portes de l’appartement […] pour lui permettre de retirer tous ses effets mobiliers et personnels et continuer en location ailleurs». Elle accuse en outre son ex-compagnon de préjudicier «à la vie et à la sécurité tant de la requérante que de ses trois enfants qui se retrouvent dans la rue», en précisant que les enfants sont privés de scolarité à la rentrée du 3ème trimestre.

Dans cette sommation, Mme Zoua accuse M. Bengono des actes de violence qui seraient à l’origine de leur relation. Elle le qualifie «d’irresponsable», en précisant que ce dernier «n’a jamais daigné reconnaître [leurs] deux premiers enfants, ni pris la résolution de rencontrer [ses parents] pour un engagement sérieux de mariage». A la lecture de ce document, M. Bengono va répliquer par le même procédé, expliquant au passage que la reconnaissance de ses enfants a toujours buté à l’opposition des parents de Mme Zoua. Ses enfants étant nés, l’un, à l’Hôpital de la caisse, l’autre, à l’Hôpital général de Yaoundé, il dit que ses «beaux-parents» ont à chaque fois «récupéré frauduleusement» les déclarations de naissance pour faire établir les actes de naissance à la mairie d’Efoulan (Yaoundé III) au lieu que cela se fasse à la mairie de Yaoundé V, lieu de naissance des enfants.

Le 22 juin 2017, M. Bengono décide de saisir le président du TGI du Mfoundi pour reconnaître ses deux premiers enfants, la dernière-née ayant fait l’objet d’une reconnaissance à la mairie. La procédure qu’il introduit (assignation en reconnaissance d’enfant) n’a pas abouti à ce jour, comme, du reste, la plainte déposée au tribunal d’Ekounou depuis avril 2017, notamment pour «atteinte à la filiation».

De même, la plainte déposée au service provincial de la police judiciaire du Centre pour «pratique de sorcellerie et complicité» reste, elle aussi, dormante, jusqu’au 15 février 2018, lorsque le géniteur des trois enfants apprend que l’un est décédé et a été rapidement enterré. C’est la plus jeune, celle déjà reconnue par son géniteur, dont le corps a été ainsi enseveli à Efoulan en l’absence de son père. Le second mourra à la suite, mettant à nu un énorme scandale dont il convient de cerner les mobiles.

Les différents couacs de la justice

Les images des deux enfants morts vraisemblablement le 15 février 2018, qui ont été diffusées sur les réseaux sociaux, ne laissent guère planer le doute sur les violences qu’ils auraient subies avant de rendre l’âme. Ces images choquantes, que la décence empêche de publier ici, amènent à soupçonner, à vue d’œil, des actes de sodomies et de lacération des enfants.

Des parties du corps de l’un semblent avoir été brûlées, poussant à s’interroger sur le pourquoi de l’enterrement rapide de la plus jeune dans la famille de leurs grands-parents. Pourquoi l’aspect extérieur de ce corps n’a jamais poussé la famille d’Efoulan à alerter la justice pour l’ouverture d’une enquête ?

Pourquoi cet enfant a été enterré si vite, sans la permission de son père et en l’absence de ce dernier, qui n’aurait jamais été informé du sort de sa fille par sa belle-famille ? Y avait-il quelque chose à cacher au père des enfants pour agir avec une telle rapidité ? Jusqu’ici, la justice s’est focalisée sur le «pasteur» André Guy Atangana et sur la mère des enfants, Mme Zoua Suzanne Elvire.

Selon les informations de Kalara, ces derniers auraient été inculpés de «coups mortels» et de «pratique d’homosexualité». Si le pasteur avait tout de suite été placé en détention provisoire à la prison de Kondengui, la mère des enfants a d’abord bénéficié d’une remise en liberté conditionnelle, avant d’être reprise sur instruction du garde des sceaux. La souplesse du juge d’instruction et la relative protection dont jouit la famille de Mme Zoua ne rassure guère les proches de M. Bengono, qui estiment que certains suspects sont épargnés par la justice. Le premier de ces suspects est M. Atangana Luc, chargé de mission dans les services du Premier ministre et père de Mme Zoua (cette dernière a en fait été reconnue par le mari de sa mère alors qu’elle avait déjà 7 ans), qui a organisé l’enterrement rapide de la petite Madeleine Jade, pourtant reconnue par son père.

Les mêmes suspicions pèsent sur Mme Manga Agnès, l’épouse de M. Atangana Luc. La famille de M. Bengono estime que la justice est frileuse à l’égard de ces personnes et de leurs complices éventuels. La qualification des faits par le juge d’instruction, elle-même, suscite l’indignation chez les Bengono. Pour ce dernier, ses enfants ont été purement et simplement assassinés. C’est d’ailleurs l’infraction qu’il vise dans sa plainte déposée le 16 février 2018.

M. Bengono est convaincu qu’une main noire protège les adversaires de sa famille. Il dit craindre pour la sécurité de l’ainée de ses trois enfants, la seule encore en vie, qui est toujours entre les mains de ses grandsparents maternels. Le fait que les multiples procédures judiciaires engagées par lui, tantôt au sujet des actes supposés de sorcellerie sur ses enfants, tantôt pour les reconnaître et assumer leur garde, soient restées sans effet jusqu’ici, poussent à demander si l’Etat protège encore ses citoyens, surtout les plus jeunes.

Chose curieuse : la plainte déposée le 11 avril 2017 à la Police judiciaire a fait l’objet d’un rapport transmis au procureur de la République le… 21 février 2018, soit près d’une semaine après le décès des enfants. M. Bengono est convaincu que si sa plainte avait été traitée avec diligence, ses enfants auraient échappé à la mort…

Et selon les sources de Kalara, le rapport venu de la PJ, ne serait pas joint au dossier ouvert devant le juge d’instruction depuis la disparition des enfants. C’est pourtant cette procédure qui permet de savoir qu’il y a longtemps que le danger rode autour des enfants Bengono. Mais la police comme la justice n’ont jamais rien fait pour éviter le pire.