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Boxing News of Monday, 15 January 2018

Source: rfi.fr

Je n’ai plus peur d’aucun obstacle - Francis Ngannou

Francis Ngannou affronte l’Américain Stipe Miocic dans la nuit du 20 au 21 janvier 2018 à Boston, pour le titre de champion du monde des poids lourds de l’Ultimate Fighting Championship (UFC), la plus prestigieuse ligue d’arts martiaux mixtes (MMA). A 31 ans, le Camerounais est proche de la consécration après bien des épreuves. Entretien.

Francis Ngannou, ce combat face à l’Américain Stipe Miocic est-il le plus important de votre vie ?

Lorsque j’ai signé mon contrat avec l’UFC, j’ai accepté le fait que je devais mettre de côté mon rêve de devenir champion du monde de boxe anglaise. C’est le MMA qui me donne enfin cette opportunité d’être champion du monde.

Chaque combat est capital pour moi. Parce que chacun des combats que j’ai menés précédemment m’a amené jusqu’ici. Et ce combat-là me mènera vers un autre combat, encore plus grand, demain. Tout ça fonctionne en fait comme les maillions d’une chaîne. [...]

C’est vrai que, jusqu’ici, c’est le combat le plus important. Mais chaque combat, à son étape, a été le plus important.

Vous avez tout d’abord tenté de percer en boxe anglaise avant de vous lancer dans le MMA, en 2013. Il y a deux ans, vous sembliez avoir encore des regrets par rapport à votre carrière de boxeur. Est-ce que cette frustration, vous l’avez laissé derrière vous ?

Je n’ai pas eu de regrets. Un peu de frustration, oui. Parce que je n’ai pas eu d’opportunité dans cette boxe que j’aimais tant. Mais cette frustration, je l’ai laissé derrière moi. Surtout à partir du moment où j’ai compris que je pouvais encore revenir dans la partie en profitant d’une fusion entre la boxe et du MMA.

En août, il y a eu ce combat entre le boxeur légendaire Floyd Mayweather et un combattant de MMA Conor McGregor.

Je peux donc encore revenir à la boxe. Et ça, je garde un œil dessus.

Sentez-vous un gros engouement en Afrique, et notamment au Cameroun, au sujet de votre combat ? Avez-vous l’impression d’avoir aujourd’hui la même notoriété que d’autres sportifs ?

Oui, de plus en plus. Ça prend de plus en plus d’ampleur. Au départ, ce que je faisais n’était qu’un rêve personnel. Mais, sans le vouloir, je suis devenu le porte-drapeau de deux pays, le Cameroun et la France, mais aussi de tout un continent. Car aucun autre Africain n’a accédé à l’UFC. Les Africains s’affirment. Et la personne par laquelle ils vont s’affirmer, c’est moi. Parce que je suis un peu leur « représentant ».

Dans une émission de télévision, vous avez récemment déclaré que le MMA vous permet de « chasser les angoisses de votre jeunesse »...

(Il coupe) Je ne parlais pas du MMA ! Je parlais de cette ceinture de champion. Etre champion du monde serait l’occasion de mettre derrière moi la frustration de mon enfance, d’enterrer cette triste enfance. C’est en partie pour cela que ce rêve est né : se proclamer, se reconnaître, revendiquer sa place…

Ce combat est-il une sorte de thérapie par rapport à toutes vos souffrances passées ?

Ce n’est pas une thérapie. Mais lorsque j’étais enfant, je me suis parfois retrouvé dans des situations qui étaient la plupart du temps humiliantes. […]

Vos parents ont divorcé quand vous étiez petit. Vous avez ensuite été balloté de famille en famille. Enfant, vous avez dû travailler dans une sablière pour gagner votre vie. Plus tard, vous avez souffert d’une hépatite. Enfin, vous avez péniblement rejoint l’Europe et Paris où vous avez dormi dans la rue. Ce parcours a-t-il contribué à forger votre force mentale. Est-ce votre principal atout?

Je dis toujours que je n’ai pas eu l’occasion d’aller au bout de ma scolarité et de faire de grandes études. Mais la vie s’est chargée de me préparer à vivre ce que je vis actuellement.

La vie m’a renversé, bousculé, pour me permettre de faire face aux situations les plus extrêmes. Au point qu’aujourd’hui, je n’ai plus peur d’un obstacle. Car à chaque nouvelle épreuve, j’ai l’impression d’avoir déjà connu pire.

Lorsque je suis arrivé en France, j’ai vécu dans la rue. Ce n’était pas l’endroit où je préférais vivre… Mais c’était un bon départ parce que je me sentais enfin dans un lieu où j’avais l’opportunité de m’exprimer. C’est ce que j’avais toujours demandé. J’étais donc capable de faire quasiment abstraction de cette situation déplorable et de voir le positif.

Vous avez 31 ans. Votre carrière, commencée tard, sera peut-être plus courte que la moyenne. Est-ce que vous êtes déjà dans l’après-MMA ? Ou vous êtes focalisé sur le fait de rattraper le temps perdu ?

J’ai commencé le MMA et les sports de combat très tard. Commencer la boxe à 22 ans ou le MMA à 27 ans peut sembler tard. Mais je me suis rattrapé : combattre pour le championnat du monde à 31 ans, ce n’est pas tard. Certains font toute une carrière sans en arriver jusque-là.

L’UFC est moins implantée en Afrique que sur d’autres continents. Est-ce que vous le regrettez et est-ce que vous avez un rôle à jouer dans le développement du MMA sur le sol africain ?

Je n’ai pas de regrets à avoir par rapport au fait que l’UFC n’est pas implanté en Afrique. L’UFC n’est pas implantée en France [le MMA n’est pas autorisé en France, Ndlr] qui est pourtant une grande nation !

Le MMA est un sport très jeune et que beaucoup de personnes ne connaissent pas trop. Lorsque tu expliques aux gens ce que c’est, ils ont encore du mal à comprendre. Les choses prennent donc du temps pour le MMA mais elles vont se faire.

Et j’ai un très grand rôle à jouer dans le fait que l’UFC se développe en Afrique, en tant qu’Africain et de représentant du continent. Pour que la présence de l’UFC en Afrique soit légitime.