Infos Sports of Monday, 17 August 2026

Source: www.camerounweb.com

CAN Féminine 2026 : Le sacre, le mépris et l’imposture — hold-up sur la gloire des joueuses camerounaises

Elles doivent rester les principales bénéficiaires de la reconnaissance liée à ce sacre historique Elles doivent rester les principales bénéficiaires de la reconnaissance liée à ce sacre historique

L’absence de Paul Biya et de Chantal Biya à la finale de la CAN Féminine 2026 est un manque de reconnaissance accordée aux joueuses au regard de leur exploit. Les Lionnes ont su transformer les tensions internes et les bouleversements de leur encadrement en une force collective. Elles doivent rester les principales bénéficiaires de la reconnaissance liée à ce sacre historique.


Chronique d'une indécence d'État et d'une captation de gloire intolérable : HISTOIRE D’UN EXPLOIT SANS HONNEURS ET D’UN TRAITEMENT À GÉOMÉTRIE VARIABLE

Le 16 août 2026, les Lionnes Indomptables sont entrées de plain-pied dans la légende en devenant, pour la toute première fois de leur histoire, championnes d'Afrique. Face à ce sacre arraché au prix des larmes et de la sueur! Face à un pays en liesse, qu'a offert le sommet de l'État ? Rien.

Pas de présence du président de la République. Pas même le déplacement physique de la Première Dame, Chantal Biya qui a été vue aux États-Unis alors que son époux était "en soins" dans une clinique Suisse.

En guise de considération, le Cameroun d'en bas a dû se contenter d'une délégation et d'un Premier ministre porteur d'un simple « message » par procuration.

Le contraste devient insoutenable, pour ne pas dire insultant, lorsqu'on rembobine le film de six semaines à peine.

En juillet 2026, la même Première Dame s'affichait tout sourire dans les tribunes VIP ultra-luxueuses du MetLife Stadium aux États-Unis, à quelques mètres de Samuel Eto'o, pour savourer une finale de Coupe du monde masculine qui ne concernait pourtant en rien le Cameroun.

D'un côté, le strass, les projecteurs du New Jersey et les caprices d'une pseudo « amoureuse du football », voyageant aux frais du contribuable pour son plaisir personnel.

De l'autre, le silence assourdissant de Rabat en ce 16 d'août 2026, théâtre de la finale continentale la plus cruciale de l'histoire de nos Lionnes — ces filles du pays sous-financées et royalement ignorées par les budgets officiels. Pour elles, pas d'avion présidentiel, pas de standing-ovation officielle. Juste un coup de fil tardif pour se donner bonne conscience. Il faut avoir un sens singulier, pour ne pas dire indécent, des priorités républicaines pour préférer les strapontins dorés d'un Mondial américain au triomphe historique de nos propres enfants au Maroc !

LA MASCARADE DU TÉLÉPHONE ET LE GRAND VIDE DU POUVOIR

Derrière cet appel téléphonique ridicule se cache une mise en scène grotesque. Samuel Eto’o, président de la Fécafoot, s’est empressé de multiplier les visioconférences avec l’équipe, s’érigeant en parrain omnipotent de cette épopée et laissant planer l'illusion d'un « couple présidentiel » en communion totale avec les joueuses. Cette rhétorique de la présence virtuelle est une imposture politique. Elle cherche à masquer le vide : Paul Biya n'a plus été vu en public depuis son départ de Yaoundé début juin 2026. Faut-il dire qu’il n’existe plus comme s’interrogent les médias les plus réputés de ce monde à l’instar de CNN, Le Figaro, et beaucoup d’autres?

Depuis plus de deux mois, le Cameroun est gouverné par la rumeur et les bruits de couloir d'une éternelle convalescence à Genève, que personne n'ose confirmer ni démentir. Les journaux et médias internationaux parlent même d’un silence mortifère face à cette situation exceptionnelle que traverse le Cameroun !

C'est l'image d'un pays en pilotage automatique, dont le sommet ne daigne interagir avec ses heroines nationales que par un prétendu appel téléphonique, transformant le protocole de la République en un banal standard de secrétariat de bureau!

L'INDÉCENCE DE LA CAPTATION : SAMUEL ETO'O OU L'ÉGOCENTRISME EN BANQUEROUTE

L'autre violence symbolique de ce sacre, c'est l'effacement programmé des véritables héroïnes de Rabat. Le récit national ne célèbre ni Michaely Bihina et ses arrêts dantesques en demi-finale, ni Marie Gisèle Ngah Manga (élue meilleure joueuse de la finale), ni Monique Ngock (meilleure joueuse du tournoi), Geneviève Ngo Mbeleck et encore moins Valentine Nguele et ses coéquipières.

Non, la presse courtisane proche du pouvoir sportif s'est empressée de titrer que le Cameroun s'est imposé « grâce à » Samuel Eto'o… et l’effervescence de ce titre faisant apologie de l’imposture s’est emparée d’une partie du peuple envoûté par la légèreté comportementale qui caractérise ces camerounais qui fustigent le roi Paul Biya tout en adulant son valet Samuel Eto’o!

Toute objectivité gardée, il faut dire qu’une partie croissante de l'opinion publique sature face à ce nombrilisme pathologique.

Depuis son élection en décembre 2021, le président de la fédération recycle instantanément chaque exploit collectif en capital politique personnel, alors même que cette équipe a été repêchée in extremis après un échec cuisant en qualifications directes.

Cette surexposition outrancière n'est pas qu'une affaire d'ego surdimensionné ; elle pose un problème institutionnel et éthique majeur :
L'opacité financière chronique : En juin 2025, des documents accablants ont révélé que les primes de matchs amicaux contre le Mexique et la Russie avaient été détournées vers un compte personnel de Samuel Eto'o plutôt que vers les caisses de la Fédération, une dérive balayée d'un revers de main par ses proches sous prétexte de « contraintes bancaires ».

Le passif disciplinaire et l'enquête éthique : Un collectif d’acteurs du football local a saisi le ministère des Sports, la FIFA et la CAF pour exiger sa suspension pour conflits d’intérêts, alors qu'il traîne déjà une amende de 200 000 dollars infligée par la CAF pour manquements graves à l’éthique.

La faillite managériale : Les états financiers de la Fécafoot sur cinq ans restent classés "secrets" malgré les sommations des journalistes, le nouveau siège de l'institution demeure un chantier inachevé malgré une inauguration de façade en grande pompe, et l'État a dû reprendre un temps la gestion financière directe des sélections nationales, ruiné par la défiance envers la gestion fédérale.

Comment un dirigeant embourbé dans de tels soupçons d'opacité peut-il s'ériger en visage unique du triomphe ?

En monopolisant la lumière, Samuel Eto'o commet un hold-up économique. Dans le football moderne, la valeur réside dans les droits d'image collectifs, les sponsors et le merchandising. En transformant le sacre des Lionnes en un feuilleton centré sur sa propre personne, il pousse les partenaires commerciaux à contracter avec l'icône individuelle plutôt qu'avec la marque fédérale. Résultat : la Fécafoot se voit spoliée de retombées financières vitales qui devraient normalement financer le football féminin à la base, la formation et nos infrastructures en ruine.

LE MÉPRIS COMME SYSTÈME DE GOUVERNANCE

Ce mélodrame met à nu une philosophie politique bien connue : celle où le symbole creux remplace la compétence. On nourrit le peuple camerounais d'images cadrées et de mots d'ordre pour économiser ce qui fait la dignité d'un État : la présence, le respect et la redevabilité.

Qui gère les affaires courantes du pays depuis deux mois ? Qui rend des comptes sur l'argent volatilisé du football ? Pendant que les masses trépignent et remercient à genoux une élite qui n'a fait que décrocher un téléphone, le système réalise son plus beau tour de magie : transmuter le génie et le sacrifice de femmes méritantes en une opération de communication pour des dirigeants en faillite.

Certes, les défenseurs du régime invoqueront le droit à la vie privée concernant la santé du chef de l'État, le fait qu'un télégramme officiel de félicitations a bien été signé, ou que les déplacements de la Première Dame n'enfreignent aucune loi. Mais ces arguments de juristes de cour ne dissimulent en rien le malaise général.

Les Camerounais n'exigent pas des miracles protocolaires ; ils exigent de la cohérence, du respect pour leurs athlètes et la garantie absolue que les institutions du football servent enfin ceux qui courent sur la pelouse, et non les monarques qui les regardent d'en haut tout en se parfumant à belles effluves des retombées de leurs sueurs laissées sur les pelouses de la victoire !

LE CHAOS COMME STRATÉGIE, LA SOLIDARITÉ COMME RÉPONSE : L'INATTENDU VERDICT DU TERRAIN

Pour s’adjuger ce titre continental, les Lionnes Indomptables ont dû surmonter un adversaire bien plus insidieux que leurs rivaux sur la pelouse : les turbulences structurelles orchestrées par le sommet de leur propre instance faîtière. À quelques semaines seulement du coup d'envoi du tournoi, la décision brutale de démettre de leurs fonctions des membres clés de l'encadrement technique est venue saboter une préparation déjà précaire. Ce bouleversement tardif de l'organigramme — une méthode managériale récurrente qui rappelle étrangement les déstabilisations subies par la sélection masculine senior ou, plus récemment, par l'équipe nationale féminine des moins de 17 ans (U17) — semblait presque programmée pour provoquer le même effondrement : un collectif fracturé, contraint de naviguer à vue et de se contenter d’une figuration minimale.

C'est pourtant ici que se noue le retournement dialectique majeur de cette épopée. Loin de briser la sérénité du groupe, cette adversité délibérée a agi comme un puissant catalyseur de cohésion. Les Lionnes ont transmuté l'instabilité ambiante en un carburant psychologique hautement performant. Dès leur entrée en lice, le premier match n'a pas seulement été remporté contre l'adversaire du jour, mais s'est érigé en une victoire symbolique éclatante contre les manigances narcissiques de l'exécutif de la Fécafoot. Une fois ce verrou psychologique sauté, la trajectoire vers les sommets devenait irréversible.

Dans cette dynamique de résistance, la justice républicaine impose également de saluer l'héroïsme invisible de celles qui ont choisi de s'éloigner dignement de la sélection pour ne pas alimenter un climat délétère. Leurs sacrifices, dictés par l'intérêt supérieur du drapeau, les installent au rang d'héroïnes légitimes de ce triomphe. Un triomphe qui échappe radicalement aux calculs d'un confiscateur de gloire, dont la pathologie politique semble interdire qu'un autre Camerounais que lui puisse briller au firmament du football national.

LOÏC KODJAY