Infos Sports of Thursday, 20 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Samuel Eto’o : le pari d’un visionnaire, ou comment on fabrique un champion dans l’urgence.

La victoire historique des Lionnes Indomptables à la CAN féminine est le résultat d’un pari stratégique de Samuel Eto’o, président de la FECAFOOT. Malgré une préparation tardive et un contexte difficile, il aurait misé sur une nouvelle organisation technique dirigée par Valentine Nguele, soutenue par un staff renforcé.

Il y a des victoires qui se construisent pendant des années. Et puis il y a celles qui naissent d’un pari, d’une intuition, d’une décision prise au moment où tout semble encore incertain. Le sacre des Lionnes Indomptables au Maroc appartient à cette deuxième catégorie.

Le Cameroun vient de remporter, pour la première fois de son histoire, la Coupe d’Afrique des Nations féminine. En finale, les Lionnes ont dominé le Malawi 3-0 à Rabat, après avoir notamment éliminé le Nigeria, champion en titre, puis le pays hôte, le Maroc.

Derrière cette victoire, il faut évidemment saluer les joueuses, leur talent, leur courage et leur extraordinaire capacité de dépassement. Il faut saluer Valentine Nguele, première femme à diriger les Lionnes comme sélectionneure, ainsi que son staff. Mais il faut également avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître le rôle déterminant joué par Samuel Eto’o dans la mise en place de cette aventure.

Car le mérite d’un dirigeant ne consiste pas seulement à récolter les fruits d’un travail déjà accompli. Il consiste parfois à voir avant les autres ce qui est encore invisible.

Le pari dans l’urgence

Lorsque la possibilité de participer à la CAN marocaine s’est ouverte avec l’élargissement du tournoi à 16 équipes, le Cameroun se trouvait dans une situation pour le moins inconfortable.
Il fallait pratiquement repartir de zéro.

Pas de véritable continuité technique. Pas de groupe stabilisé. Pas de préparation idéale. Pas de temps à perdre.

Le 12 juin, la FECAFOOT nomme alors Valentine Nguele à la tête des Lionnes. À ses côtés, elle installe un dispositif technique comprenant notamment Dimitri Lipoff, chargé de la coordination, ainsi que des compétences spécifiques pour l’accompagnement des gardiennes et la préparation physique.

Autrement dit, il ne s'agissait pas simplement de trouver un entraîneur.
Il fallait construire une équipe en quelques semaines.

Et c'est précisément là que se trouve le premier mérite de Samuel Eto’o : avoir compris que l'urgence ne permettait pas l'improvisation. Il fallait rapidement identifier les compétences, structurer l'encadrement, donner une direction et, surtout, créer les conditions psychologiques permettant à un groupe nouveau de croire qu'il pouvait rivaliser avec les meilleures nations du continent.

Choisir une femme pour écrire une page d’histoire

Le choix de Valentine Nguele n'était pas anodin. Dans un environnement où les postes de responsabilité du football restent encore largement masculins, confier les destinées des Lionnes à une technicienne camerounaise constituait déjà un acte de confiance.

Nguele arrivait avec une expérience du football féminin camerounais et une connaissance du vivier local. Elle n'était pas une personnalité parachutée de l'extérieur pour une compétition ponctuelle. Elle connaissait le terrain, les joueuses et les réalités du football féminin national.

Eto’o lui a donc donné quelque chose qui, dans le football, vaut parfois plus que des mois de discours : une chance.
Et elle l'a transformée en victoire.

La victoire appartient aux Lionnes : le pari appartient à Eto’o

Il serait évidemment absurde de prétendre que Samuel Eto’o a marqué les buts, arrêté les penalties ou remporté les duels.
Ce sont les Lionnes qui ont joué.
C'est Valentine Nguele qui a dirigé.
C'est son staff qui a préparé.

Mais un président de fédération doit être jugé sur une autre échelle.
Il doit être jugé sur sa capacité à prendre les bonnes décisions lorsque les circonstances sont mauvaises.

Et c'est précisément ce qui donne à cette victoire une dimension particulière.

Samuel Eto’o n'a pas hérité d'une machine parfaitement huilée qu'il aurait simplement fallu mettre en marche. Il a pris une sélection qui devait presque être reconstruite dans l'urgence et a fait le pari qu'elle pouvait devenir compétitive.
Ce pari vient de se transformer en trophée continental.

L'intelligence consiste parfois à recomposer plutôt qu'à réparer
Il existe une erreur classique dans la gestion des organisations : vouloir réparer indéfiniment ce qui ne fonctionne plus.
Les grands dirigeants savent parfois qu'il faut faire autre chose.
Recomposer.
Changer les hommes.
Changer les méthodes.
Changer les responsabilités.
Changer le regard que l'organisation porte sur elle-même.
C'est peut-être ce qui s'est produit avec les Lionnes.

Au lieu de considérer la situation comme une fatalité - une équipe arrivée tardivement, sans préparation idéale et sans repères suffisamment consolidés - il fallait considérer cette contrainte comme une opportunité.
Et c'est là que la vision intervient. Parce que la vision, ce n'est pas prévoir exactement ce qui va se passer.

La vision, c'est oser investir dans ce qui n'offre encore aucune garantie de réussite.

De l'équipe repêchée à l'équipe championne

Le paradoxe est magnifique. Le Cameroun n'était pas censé arriver au Maroc dans les conditions d'un favori naturel. Le contexte de qualification et l'élargissement du tournoi avaient ouvert une porte. Mais entrer par une porte dérobée ne signifie pas qu'on est condamné à jouer les seconds rôles.

Les Lionnes ont progressivement transformé leur présence en ambition. Puis leur ambition en performance. Puis leur performance en exploit. Elles ont éliminé le Nigeria, géant historique du football féminin africain, avant de faire tomber le Maroc chez lui aux tirs au but. Et finalement, elles ont remporté la finale face au Malawi avec une autorité qui ne souffre aucune discussion : 3-0. Le Cameroun est devenu champion d'Afrique.

Le vrai leadership se mesure lorsque personne ne vous garantit la victoire

Samuel Eto’o connaît mieux que quiconque cette vérité du sport : on ne gagne pas parce que l'on est grand. On gagne parce qu'à un moment donné, quelqu'un accepte de croire que l'on peut le devenir. C'est peut-être précisément ce qui explique la singularité de cette aventure. Eto’o a pris un risque. Il a fait confiance à une nouvelle architecture technique. Il a placé Valentine Nguele dans une position historique. Il a entouré cette dernière de compétences complémentaires. Et il a laissé le terrain trancher. Le terrain a parlé. Il a parlé en faveur du Cameroun.

Un trophée qui dépasse le trophée

Cette CAN ne représente donc pas seulement une ligne supplémentaire dans le palmarès du football camerounais. Elle dit quelque chose de plus profond. Elle montre que le football féminin camerounais possède un réservoir de talents considérable. Elle démontre qu'une femme camerounaise peut conduire l'équipe nationale jusqu'au sommet du continent. Elle montre également qu'une décision prise dans l'urgence peut devenir, lorsqu'elle repose sur une vision cohérente, le point de départ d'une réussite historique.

C'est pourquoi il serait injuste de réduire cette victoire à une simple succession de résultats. Il faut aussi regarder l'architecture qui a rendu ces résultats possibles. Les joueuses ont écrit l'histoire avec leurs pieds. Valentine Nguele l'a écrite depuis le banc. Mais Samuel Eto’o, en tant que président de la FECAFOOT, a contribué à créer le cadre dans lequel cette histoire a pu s'écrire.

Voilà pourquoi ce trophée peut légitimement être considéré comme l'un des grands paris de son mandat. Pas parce qu'il en serait l'unique auteur. Mais parce qu'il a eu le courage de faire le pari avant que le résultat n'existe. Et c'est peut-être cela, au fond, le véritable leadership: avoir suffisamment de vision pour prendre une décision lorsque le succès n'est encore qu'une possibilité ; suffisamment de caractère pour l'assumer lorsque tout le monde doute ; et suffisamment d'humilité pour laisser ensuite ceux qui sont sur le terrain transformer cette vision en réalité.

Les Lionnes ont ramené la coupe au Cameroun. À Samuel Eto’o revient le mérite d'avoir, dans un moment où beaucoup auraient vu une impossibilité, aperçu une opportunité. Le reste appartient désormais à l'histoire.

JPD