Actualités of Wednesday, 8 April 2026

Source: www.camerounweb.com

L'après-Biya : un député RDPC dit tout

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Pendant que les parlementaires délibéraient sous les lambris du Palais des verres, une autre bataille se jouait dehors — dans la rue numérique, sur les réseaux sociaux, sur les plateformes en ligne où des dizaines de milliers de Camerounais ont choisi d'exprimer leur rejet de la révision constitutionnelle. C'est cette bataille parallèle, aussi révélatrice que le vote lui-même, que Jeune Afrique raconte dans son édition du 8 avril 2026 avec des chiffres et des faits qui donnent le vertige.


Dès la déclaration fracassante de Maurice Kamto qualifiant la révision constitutionnelle de «coup d'État constitutionnel et institutionnel», le président du MRC a lancé une pétition en ligne. Et ce qui s'est passé ensuite dépasse toutes les prévisions. Selon les révélations de Jeune Afrique, la plateforme a recueilli plus de 50 000 signatures en l'espace de vingt-quatre heures. Un chiffre colossal, sans précédent dans l'histoire de la mobilisation citoyenne numérique au Cameroun.

Ce score dit quelque chose d'essentiel que les résultats du vote parlementaire — 200 voix pour dans un Congrès acquis au RDPC — ne disent pas : il existe dans ce pays une opinion publique vaste, connectée et déterminée, qui refuse de se laisser marginaliser par la mécanique institutionnelle. 50 000 signatures en 24 heures, c'est 50 000 Camerounais qui ont pris le temps, en dehors de toute consigne partisane, de cliquer pour dire non.


Mais c'est la suite qui retient particulièrement l'attention de Jeune Afrique. La plateforme hébergeant la pétition a été attaquée par des hackers et est restée inaccessible pendant plusieurs heures. Une attaque dont les auteurs n'ont pas été officiellement identifiés, mais que le journal met en regard avec une formule lourde de sens : «Signe que rien ne pouvait entraver la volonté de Paul Biya ?»

Jeune Afrique ne désigne pas de coupable — ce n'est pas son rôle. Mais en posant la question de cette manière, dans ce contexte précis, le journal pointe une réalité que tout le monde perçoit : une pétition qui recueille 50 000 signatures en 24 heures et qui se retrouve hackée quelques heures après son lancement, dans un pays où les outils numériques de l'opposition sont régulièrement ciblés, n'est pas une coïncidence que l'on peut balayer d'un revers de main.
Ce piratage a, paradoxalement, produit l'effet inverse de celui recherché. Jeune Afrique le note implicitement : au lieu d'étouffer la mobilisation, l'attaque l'a amplifiée, transformant une pétition en symbole de résistance et offrant à Kamto la meilleure des publicités. Les Camerounais qui n'avaient pas encore signé ont afflué par solidarité, indignés par cette tentative d'étouffement numérique.

L'opposition dans tous ses états : du SDF au PCRN, les propositions rejetées
Jeune Afrique documente également avec précision les tentatives de l'opposition d'influer sur le contenu de la réforme depuis l'intérieur du Congrès. Joshua Osih, leader du SDF, a remis sur la table la vieille proposition de son parti d'un ticket présidentiel élu composé d'un représentant de l'ancien Cameroun occidental et d'un représentant de l'ancien Cameroun oriental — une formule qui aurait consacré constitutionnellement la dualité linguistique du pays.
Cabral Libii, du PCRN, a quant à lui présenté un mémorandum d'amendement disant «non à un poste de Vice-Président dont le mandat ne sera pas reçu du peuple camerounais», tout en proposant une limitation stricte du mandat présidentiel à sept ans renouvelable une fois. Deux propositions ambitieuses, deux rejets sans appel. Dans un Congrès verrouillé par le RDPC, l'opposition ne pouvait que parler pour l'histoire.

Peut-être la confidence la plus révélatrice de toute cette séquence est-elle celle que Jeune Afrique a recueillie auprès d'un député anonyme du RDPC, qui résume à lui seul l'état d'esprit de la majorité face à cette réforme : «Voilà des années qu'en interne comme en externe on se pose des questions sur l'après-Biya. Le président les a entendues et y a apporté une réponse. Cela ne résout peut-être pas tous les problèmes, mais au moins cela éclaire plusieurs zones d'ombre.»

Une phrase d'une lucidité désarmante, qui dit en creux ce que les discours officiels évitent soigneusement : tout le monde, au sein même du RDPC, savait que la question de la succession était urgente. Et que cette révision constitutionnelle, aussi précipitée et contestée soit-elle, est avant tout la réponse d'un homme de 92 ans à la question que tout son camp n'osait plus formuler à voix haute.

Le Cameroun a son Vice-Président en devenir. Il lui reste à apprendre son nom.