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BBC Afrique of Thursday, 14 October 2021

Source: www.bbc.com

Cet homme est peut-être le plus dangereux du monde

AQ Khan AQ Khan

Le 11 décembre 2003, un groupe d'officiers de la CIA et du MI6 était sur le point d'embarquer dans un avion banalisé en Libye lorsqu'on leur a remis une pile d'une demi-douzaine d'enveloppes brunes.

L'équipe était au terme d'une mission clandestine impliquant des négociations tendues avec des responsables libyens.

Lorsqu'ils ont ouvert les enveloppes à bord de l'avion, ils ont découvert qu'ils avaient reçu la dernière pièce à conviction dont ils avaient besoin : à l'intérieur se trouvaient les plans d'une arme nucléaire.

Ces plans, ainsi que de nombreux composants d'un programme nucléaire standard, avaient été fournis par AQ Khan, qui vient de mourir à 85 ans.

Khan était l'une des figures les plus importantes de la sécurité mondiale du dernier demi-siècle, son histoire étant au cœur de la bataille pour la technologie la plus dangereuse du monde, entre ceux qui la possèdent et ceux qui la veulent.

L'ancien directeur de la CIA, George Tenet, décrit Khan comme étant "au moins aussi dangereux qu'Oussama ben Laden", ce qui n'est pas une mince comparaison quand on sait que ben Laden était à l'origine des attentats du 11 septembre.

Le fait que les espions occidentaux décrivent AQ Khan comme l'un des hommes les plus dangereux au monde, mais qu'il soit aussi considéré comme un héros dans son pays, en dit long non seulement sur la complexité de l'homme lui-même, mais aussi sur la façon dont le monde considère les armes nucléaires.

AQ Khan n'est pas venu en Europe en tant qu'espion nucléaire, mais il allait le devenir.

Il travaillait aux Pays-Bas dans les années 1970, au moment où son pays redoublait d'efforts pour fabriquer une bombe après sa défaite dans la guerre de 1971 et craignait les progrès nucléaires de l'Inde.

Khan travaillait dans une entreprise européenne spécialisée dans la construction de centrifugeuses destinées à enrichir l'uranium.

L'uranium enrichi peut être utilisé pour produire de l'énergie nucléaire ou, s'il est suffisamment enrichi, pour fabriquer une bombe.

Khan a pu simplement copier les modèles de centrifugeuses les plus avancés, puis rentrer chez lui. Il a ensuite construit un réseau clandestin, composé en grande partie d'hommes d'affaires européens, qui lui a fourni les composants essentiels.

Souvent décrit comme le "père" de la bombe nucléaire pakistanaise, il n'était en réalité qu'un des nombreux personnages clés.

Mais il a soigneusement cultivé sa propre mythologie qui a fait de lui un héros national, considéré comme ayant assuré la sécurité du Pakistan contre la menace indienne.

Ce qui a rendu Khan si important, c'est ce qu'il a fait d'autre. Il a orienté son réseau vers l'extérieur, passant de l'importation à l'exportation, devenant un personnage globe-trotter et concluant des accords avec toute une série de pays, dont beaucoup étaient considérés par l'Occident comme des "États voyous".

Le programme iranien de centrifugation à Natanz, source d'une intense diplomatie mondiale ces dernières années, a été construit en grande partie sur la base de modèles et de matériaux fournis par AQ Khan.

Lors d'une réunion, les représentants de Khan ont essentiellement proposé un menu assorti d'une liste de prix dans lequel les Iraniens pouvaient passer commande.

Khan a également effectué plus d'une douzaine de visites en Corée du Nord, où il aurait échangé de la technologie nucléaire contre une expertise en matière de technologie des missiles.

Dans ces affaires, l'un des principaux mystères a toujours été de savoir dans quelle mesure Khan agissait seul ou sous les ordres de son gouvernement.

En particulier, dans le cas de l'accord avec la Corée du Nord, tout porte à croire que les dirigeants n'étaient pas seulement au courant, mais qu'ils étaient étroitement impliqués.

Il a parfois été suggéré que Khan voulait simplement de l'argent. Ce n'était pas si simple.

En plus de travailler en étroite collaboration avec les dirigeants de son pays, il voulait briser le monopole occidental sur les armes nucléaires.

Pourquoi certains pays seraient-ils autorisés à conserver les armes pour leur sécurité et pas d'autres, s'interroge-t-il, critiquant ce qu'il considère comme l'hypocrisie de l'Occident. "Je ne suis pas un fou ou un cinglé", a-t-il affirmé un jour.

"Ils ne m'aiment pas et m'accusent de toutes sortes de mensonges non fondés et fabriqués parce que j'ai dérangé tous leurs plans stratégiques."

D'autres membres de son réseau, dont certains que j'ai rencontrés lors de l'écriture d'un livre sur Khan, semblaient plus intéressés par l'argent.

L'accord libyen, négocié dans les années 1990, a offert des récompenses mais a également accéléré leur chute

Le MI6 britannique et la CIA américaine avaient commencé à traquer Khan.

Ils ont observé ses déplacements, intercepté ses appels téléphoniques et pénétré son réseau, offrant de grosses sommes d'argent (au moins un million de dollars dans certains cas) pour que ses membres deviennent leurs agents et trahissent des secrets.

"Nous étions dans sa résidence, dans ses installations, dans ses chambres", dira un responsable de la CIA. Après les attentats du 11 septembre 2001, les craintes que des terroristes puissent mettre la main sur des armes de destruction massive se sont intensifiées, tout comme la complexité de traiter avec le Pakistan et de le persuader d'agir contre Khan.

En mars 2003, alors que les États-Unis et le Royaume-Uni envahissaient l'Irak à cause d'armes de destruction massive qui se sont avérées inexistantes, le colonel Kadhafi, leader de la Libye, a décidé qu'il devait se débarrasser de son programme.

Cela a conduit à la visite secrète de l'équipe de la CIA et du MI6 et, peu après, à l'annonce publique d'un accord. Cela a permis à Washington de faire pression sur le Pakistan pour qu'il prenne des mesures contre Khan.

Khan est placé en résidence surveillée et est même contraint de faire des aveux télévisés. Il vivra les dernières années de sa vie dans un étrange monde souterrain, ni libre ni vraiment confiné.

Le public pakistanais l'acclame toujours comme un héros pour lui avoir apporté la bombe, mais il ne peut ni voyager ni parler au monde extérieur. Ainsi, l'histoire complète de ce qu'il a fait - et pourquoi - ne sera peut-être jamais connue. .